Ce 22 septembre avait lieu à Paris, au Musée des Arts Forains, l’événement France Digitale Day. Une belle occasion de rassembler quelques figures de proue de cet écosystème français, certes, mais de plus en plus, européen. Les thématiques abordées par les tables rondes couvraient bien entendu les valorisations et levées de fonds du secteur, les tendances, mais aussi la notion de valeurs au sens large. En effet, nombreux acteurs ont évoqué la nécessité de développer un socle commun de valeurs pour relier et renforcer l’écosystème européen de la Tech, le rendre plus robuste et compétitif face aux écosystèmes chinois et américains.

 

Parmi les valeurs, l’impact environnemental et social a la part belle des considérations, même au sein des fonds d’investissement dont le discours intègre plus fréquemment ces thèmes. Les intègrent-ils pour autant dans leurs pratiques au même niveau que les promesses de gains et de rentabilité quand il s’agit de financer une société ? Pas à ce point, mais de l’aveu de chacun, il semble que ces critères dits « ESG » (Environnementaux, sociaux et de gouvernance) deviennent incontournables, a minima à titre d’information dans les due diligence. Effectivement, il semble admis désormais que ces valeurs constituent un facteur de réussite et de pérennité des entreprises. La tendance de fond est donc présente et semble s’ancrer chaque année davantage dans les pratiques.

Le sujet de la constitution d’un réel écosystème européen était inévitablement au cœur de nombreuses conversations. Fait rassurant, les souhaits des uns et des autres semblent tendre vers une vision partagée d’une Europe de la « Tech » qui rivalise d’ambition face aux écosystèmes performants d’Asie et d’Amérique dont le nombre de licornes est plus important au point que devenir une licorne n’est finalement qu’une (jeune) étape de développement. L’événement a de plus bénéficié de l’aura de levées de fonds records avec le jeu Sorare, l’éditeur Mirakl ou encore Vestiaire Collective qui dépassent à eux trois le milliard d’euros levés. De quoi gonfler les espoirs des start-up présentes sur le lieu et ayant pris leur lot de rendez-vous avec des venture capitalistes.

Au détour d’une conversation, Thomas Plantenga, le dirigeant de Vinted, regrettait que l’écosystème européen ne permette de nourrir davantage d’ambition de croissance des start-ups du continent. En effet, le jeu des tours de tables jusqu’ici pousse souvent les fondateurs à revendre leur entreprise à un acteur plus important du marché, souvent outre atlantique. Ce regret s’avère assez partagé dans l’écosystème qui cherche encore à trouver la recette d’une véritable accélération.

L’écosystème européen, comme français, se heurte encore à un plafond de verre insidieux où les fondateurs excellent dans le lancement de start-up, puis leur décollage, ou encore dans la démonstration d’une promesse de scalabilité… Mais dès que l’expansion opérationnelle de l’activité hors de ses frontières est envisagée, les entrepreneurs préfèrent encore laisser la main à d’autres, plus expérimentés, plus importants sur le marché, plutôt que de poursuivre le développement d’une entreprise à visée internationale par eux-mêmes. De ce fait les cessions de start-up se négocient à des valorisations encore basses (quelques millions) et ne permettent pas in fine de constituer ces géants européens dont nous rêvons tant, qui valent plusieurs milliards.

Cela pose alors un réel défi à cet écosystème qui a besoin d’acculturer les entrepreneurs, les investisseurs et la filière de soutien au développement de start-up dans sa globalité, à une vision plus ambitieuse et assumée de ce que peuvent devenir les jeunes pousses européennes et éviter si possible qu’elles passent sous pavillon extra continental.

La première étape serait peut-être, dans un premier temps, de reculer le moment où les fondateurs cèdent les rênes. Cela implique une volonté réelle de leur part de développer, dès le départ, une entreprise qui est en mesure de s’étendre à l’international, et un soutien indéfectible et durable des investisseurs européens qui accepteraient de ne pas récupérer trop rapidement leur plus-value.

La Tech européenne a aussi de beaux atouts en manche. Elle dispose de plus en plus de modèles d’entreprises de dimension européenne et internationale dont le développement peut inspirer l’écosystème, démontrant que c’est possible. Il existe par exemple Vinted.com et Booking.com qui ont tenu à marquer l’événement de leur présence pour nourrir à leur mesure cette ambition.

Pour finir, Marie Ekeland, figure du capital risque français et fondatrice du fonds 2050 dédié à bâtir la Tech, a également partagé sa vision de ce vers quoi devrait tendre l’Europe pour être à la hauteur des enjeux économiques et climatiques à horizon 2050. Elle a insisté par exemple sur l’absolue nécessité de construire et s’aligner sur une vision globale « minimum », fondée sur un socle de valeurs, des objectifs communs à l’échelle mondiale. Utopie ? A en croire Marie Ekeland, le défi est ardu du fait que les imaginaires des différents pays, quand il s’agit de se projeter dans le futur, n’empruntent pas nécessairement les mêmes voies, ni directions. L’Europe n’est-elle finalement pas le laboratoire où nous expérimentons le mieux la médiation entre acteurs, avec pour but de bâtir une vision d’avenir partagée ? Et si ce laboratoire, lui, était scalable ? Rêvons et tentons.

 

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