Tribune par Sébastien Fabre, Directeur général de SITA FOR AIRCRAFT

 

L’année 2020 est entrée dans l’histoire comme la pire année pour le transport aérien. Si le nombre de passagers a rebondi depuis le début de la pandémie, la reprise est encore loin d’être totale. Malgré les efforts déployés au niveau mondial en matière de vaccination et de programmes de dépistage, les volumes de voyages aériens ne devraient pas retrouver leur niveau d’avant la pandémie avant la fin de 2023.

Ainsi, alors que la reprise continue de s’accélérer, la pression reste sur les compagnies aériennes. Elles ont dû redéfinir leurs priorités en matière de dépenses technologiques afin de poursuivre leurs activités pendant la pandémie, en faisant plus avec moins pour compenser les pertes financières liées à la diminution du nombre de passagers.

Pour toute compagnie aérienne, la flotte est de loin la plus grosse dépense d’investissement. Leur principale préoccupation est de savoir comment maximiser l’investissement dans leur flotte étant donné que le nombre de passagers et de voyages d’affaires reste inférieur à ce qu’il était avant la pandémie, en particulier sur les lignes long-courriers.

Aujourd’hui, les compagnies aériennes doivent également faire face à la hausse du prix du carburant, qui n’a jamais été aussi élevé. Le Jet Fuel Monitor de l’IATA montre que le prix moyen du kérosène a augmenté d’environ 70 % par rapport à l’année précédente en août, ce qui représente un coût supplémentaire de 46,4 milliards de dollars pour le secteur. 

Parallèlement aux pressions financières, la pandémie a considérablement accru l’attention portée à l’aviation pour qu’elle soit plus respectueuse de l’environnement.

L’efficacité opérationnelle est la clé de la durabilité des compagnies aériennes

Il est plus important que jamais pour les compagnies aériennes de fonctionner de manière plus durable sur le plan financier et environnemental. Le carburant est l’une des dépenses les plus importantes pour une compagnie aérienne. D’un point de vue environnemental, la plupart des émissions de l’aviation proviennent des avions, notamment de la consommation de carburant.

Si les nouveaux avions à émission zéro et les carburants d’aviation durables sont deux mesures identifiées par l’industrie pour réduire les émissions de carbone et la dépendance aux combustibles fossiles, aucune compagnie aérienne ne peut adopter pleinement ces mesures aujourd’hui. Cependant, les mesures visant à améliorer les opérations (y compris les « procédures efficaces et les mesures de réduction du poids ») et les infrastructures (avions et « infrastructures associées, y compris les aéroports et les trajectoires de vol ») représentent les meilleures opportunités pour les compagnies aériennes aujourd’hui.

Adopter la transformation numérique pour réaliser des économies de coûts et de carbone

Les compagnies aériennes demandent de plus en plus à bénéficier de solutions numériques pour exploiter leurs données afin d’obtenir des informations leur permettant de travailler plus efficacement. Cette transformation numérique doit être accélérée. De nouveaux outils permettent aux parties prenantes de se connecter, de collaborer, et fournissent une connaissance complète de la situation pour une prise de décision plus rapide et meilleure, soutenir la résilience dans des conditions changeantes et des perturbations, et réduire les coûts de la manière la plus durable.

En tant que fournisseur de technologies, le groupe SITA dont toutes les compagnies ariennes du monde sont clientes a adapté son portefeuille et introduit des solutions nouvelles ou complémentaire qui aident les compagnies à réduire leur consommation de carburant et leur empreinte carbone aujourd’hui, tant au sol — avec des solutions qui optimisent les trajectoires de vol, offrent des délais d’exécution plus rapides et limitent les temps de roulage sur piste — que dans les airs — grâce à une planification de vol flexible et une évaluation précise du carburant. Les résultats sont immédiats et concrets.

Le numérique est une des clés de l’aviation durable

Nous avons établi un partenariat avec la start-up Safety Line, que nous avons récemment acquise, afin de renforcer notre portefeuille d’aviation durable. L’intégration de la solution de technologie verte OptiFlight à notre application eWAS Pilot permettra aux compagnies de gagner en efficacité. Grâce à des modèles de performance d’apprentissage automatique, à des prévisions météorologiques 4D précises et à des recommandations personnalisées émises à l’intention des pilotes pour chaque vol, ces solutions de guidage faciles à utiliser permettent d’éviter les conditions météorologiques défavorables, de réduire la consommation de carburant et de limiter les émissions de CO2 de l’avion aux étapes clés du vol.

À titre d’exemple, pour un Boeing B777, nous pouvons réaliser des économies de carburant et d’émissions de carbone estimées à 234 kg par montée, avec une réduction de 214 tonnes de CO2 par an et par queue d’avion. Sur un mois, les économies de coûts et de CO2 sont significatives. La sécurité et le service sont également améliorés.

FlightFolder est une autre solution que nous avons introduite sur le marché cette année, qui numérise les briefings des pilotes et améliore la connaissance de la situation. Cela signifie moins de retards et une prise de décision plus rapide par rapport à l’attente des mises à jour traditionnelles sur papier. Lorsqu’ils sont intégrés à des outils complémentaires comme notre application eWAS Pilot, les pilotes bénéficient d’un niveau supérieur de connaissance de la situation pour prendre des décisions encore meilleures et plus rapides en matière d’économie de carbone et de carburant.

Collaboration air-sol en temps réel – économies de temps, de coûts et de carburant

La collaboration air-sol en temps réel est un domaine dans lequel l’efficacité des opérations aériennes peut être considérablement améliorée.

Aujourd’hui, le flux d’informations entre un avion qui approche d’un aéroport, le centre de contrôle des opérations, l’aire de trafic, la porte d’embarquement et le contrôle de la maintenance n’est pas optimal. Les processus sont complexes et prennent du temps. Les multiples intervenants au sol travaillent souvent en silos organisationnels sur différents sites aéroportuaires et, dans le cas des répartiteurs, parfois même depuis leur domicile.

Nous avons vu une opportunité, en travaillant avec Microsoft, de développer notre application Mission Control. Utilisant la plateforme Teams, que de nombreux employés connaissent déjà, elle facilite la collaboration en temps réel entre le personnel du cockpit, du contrôle au sol, des portes d’embarquement et des aires de trafic. Elle aide les compagnies aériennes à mieux gérer la variabilité opérationnelle, à optimiser les rotations tout en minimisant la consommation de carburant et, en fin de compte, les émissions de carbone.

Grâce à cet outil, un pilote confronté à un changement d’itinéraire, par exemple, peut informer le ravitailleur de l’avion qu’il a besoin de moins de carburant qu’initialement prévu pour le processus de ravitaillement à venir. Cela permet d’éviter de transporter du carburant inutile pour le prochain vol et d’optimiser le processus de ravitaillement, ce qui permet non seulement de réduire les coûts pour la compagnie aérienne, mais aussi d’utiliser le carburant de manière plus durable.

Décongestionner le ciel

Un autre domaine clé où nous pensons que la technologie peut avoir un impact majeur est le vol. Avant l’apparition de COVID-19, le véritable problème de congestion ne se posait pas au sol mais dans l’espace aérien au sens large. Des organisations telles qu’Eurocontrol cherchent depuis longtemps des moyens d’alléger la pression sur l’espace aérien.

C’est là que la prochaine génération de services de contrôle du trafic aérien (ATC), comme les opérations basées sur la trajectoire (TBO), offre un moyen plus optimal de gérer le trafic aérien et de prévenir la congestion. Le secteur discute depuis longtemps de techniques d’exploitation des avions telles que les opérations de descente continue (CDO), qui permettent d’adopter des trajectoires de vol plus optimales en réduisant la puissance des moteurs, ce qui permet de réduire le bruit et la consommation de carburant et, par conséquent, les émissions de CO2 et les coûts.

Le paysage technologique global qui permettra ces nouvelles applications de gestion du trafic aérien est en cours de développement. Dans un avenir pas trop lointain, des solutions telles que le LDACS (système de communications aéronautiques numériques en bande L) permettront aux aéronefs d’envoyer à l’ATC des données en temps réel basées sur la trajectoire, afin de faciliter la prise de décision concernant les flux et les mouvements des aéronefs. L’impact positif sur le carburant et les émissions de carbone sera immédiat.

Une réelle opportunité

Le COVID-19 a entraîné une énorme demande de la part de l’industrie du transport aérien – et même de beaucoup d’autres industries – pour réduire les coûts, faire plus avec moins et rationaliser les opérations. C’est aussi une réelle opportunité pour réaliser simultanément des gains de rentabilité tout en progressant dans la réduction des émissions de carbone à court terme.

En attendant la prochaine génération d’avions, nous disposons aujourd’hui de la technologie nécessaire pour aider le secteur à atteindre ses objectifs de durabilité et à réduire son empreinte carbone grâce à des trajectoires de vol plus efficaces, une gestion plus précise du carburant, des rotations plus rapides et une meilleure gestion de l’espace aérien. Et les résultats sont immédiats et concrets.

 

Par Sébastien Fabre, Directeur général de SITA FOR AIRCRAFT