La série Chernobyl, produite par HBO, suscite de nombreuses critiques, notamment de la part de Robert Gale, docteur en médecine éminent ayant soigné des patients victimes des radiations à Tchernobyl. Il estime que la représentation de la catastrophe et des effets des radiations sur la santé dans la série est inexacte et « dangereuse » .

Le médecin diplômé de UCLA explique dans The Cancer Letter, une revue hebdomadaire américaine que « La série Chernobyl montre les victimes comme radioactives et dangereuses, et c’est une erreur ».

Robert Gale est un expert mondialement réputé en greffe de moelle osseuse, une technique utilisée pour soigner les victimes de radiations qui existait déjà avant la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Après celle-ci, le médecin américain a contacté le Président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, qui demanda alors à Robert Gale de le rejoindre « immédiatement ».

« J’ai passé la majeure partie des deux années suivantes en URSS, où je travaillais à l’Institut de Biophysique et à l’hôpital pour m’occuper de plus de 200 personnes souffrant d’irradiation aiguë », explique le médecin. « Pendant 30 ans, j’ai travaillé sur de nombreuses études concernant les conséquences médicales à long terme de la catastrophe nucléaire, tout d’abord pour l’Union soviétique, puis pour la Fédération de Russie, l’Ukraine et la Biélorussie ».

En 1986, au moment de la catastrophe, Robert Gale travaille alors pour UCLA, et raconte que les pompiers qui souffraient du syndrome d’irradiation aiguë n’étaient pas contagieux comme ce que peut montrer la série produite par HBO.

« La plupart des contaminations radioactives étaient superficielles et donc plutôt faciles à traiter avec des interventions quotidiennes. Cela n’avait rien à voir avec l’accident nucléaire de Goiânia, au Brésil en 1987. Là-bas, les victimes ont été exposées à du césium 137 (provenant d’un ancien appareil médical de radiothérapie) et ont dû être isolées du personnel soignant ».

Robert Gale porte notamment un regard critique sur une scène de Chernobyl montrant le décès d’un nourrisson qui aurait été exposé à une quantité létale de radiations par son père mourant, un pompier mobilisé pour éteindre l’incendie. Le personnage de scientifique joué par Emily Watson explique dans la série : « Les radiations auraient dû tuer la mère, mais c’est l’enfant qui a absorbé les radiations à sa place ».

Cet événement serait décrit dans le récit La Supplication, résultat de plus de 500 entretiens avec des témoins de la catastrophe, compilés par Svetlana Aleksievitch. L’une des témoins déclare à propos de son enfant : « Elle avait l’air en bonne santé, mais en réalité elle avait une cirrhose du foie et celui-ci était exposé à des rayons gamma bien trop élevés. Elle avait également une cardiopathie congénitale. Quatre heures plus tard, on m’a annoncé son décès ».

Pour de nombreux lecteurs, ces quelques phrases sont très révélatrices, puisqu’elles prouveraient le décès d’un enfant du fait de radiations attribuées après autopsie à la catastrophe de Tchernobyl. Les résultats de l’autopsie n’auraient pas été communiqués publiquement, mais auraient été partagés avec la mère de l’enfant. Pourtant, il n’existe aucune trace indiquant que cet événement a bien eu lieu, et Robert Gale affirme que c’est impossible.

Le médecin émet d’autres doutes sur Chernobyl dans son article : « La série propose une représentation dangereuse des conséquences d’une exposition à des radiations, puisqu’elle suggère que l’épouse enceinte d’une victime radioactive mettait son enfant en danger en rendant visite à son mari à l’hôpital. Nous avons déjà établi que toutes les victimes n’étaient pas radioactives, et qu’elles souffraient surtout d’irradiation externe et non de contamination interne. Il faut également comprendre que les risques d’une telle exposition pour un fœtus sont infimes ».

Même des niveaux élevés de radiations ont peu de chances d’entraîner des malformations congénitales. Robert Gale poursuit : « Par exemple, parmi les centaines de femmes enceintes exposées au rayonnement des bombes atomiques, seuls 29 de leurs enfants ont présenté des troubles du développement. Ils ont tous été exposés aux radiations pendant le deuxième trimestre de la grossesse, quand les cellules de la crête neurale migrent vers le cerveau ».

Dans Chernobyl, les victimes de radiation sont terrifiantes et ressemblent plus à des monstres ou à des zombies qu’à des humains. Pour le médecin américain : « Les faits sont représentés comme terribles et inimaginables. Cette représentation est erronée ».

Robert Gale note également que la politique de la peur menée à cette époque a poussé de nombreuses femmes à mettre fin à leur grossesse. « Les médecins ont donné des conseils erronés à la population quant à la corrélation entre une exposition de la mère aux radiations et d’éventuelles malformations congénitales. Ainsi, plus d’un million d’avortements injustifiés ont été pratiqués en Union soviétique et en Europe. L’ignorance est un réel danger »..

La plupart des victimes de radiations ont survécu, souligne Robert Gale. « Sur les 204 victimes dont je me suis occupé, 29 sont décédées, mais nous avons pu en sauver 175 (soit 86 % de taux de survie). En comptant les deux décès sur place le jour de la catastrophe, alors le nombre de décès monte à 31 ».

« Je suis vraiment étonné que les producteurs de la série n’aient pas été conseillés par des spécialistes en radioprotection ou par des radiobiologistes, plutôt que de baser une grande partie de leur scénario sur un livre (La Supplication).

Pour finir, Robert Gale conclut que : « bien que les 31 décès survenus immédiatement après la catastrophe soient tragiques, le nombre de morts est bien plus faible que pour d’autres accidents, tels que la catastrophe minière de Benxihu survenue en Chine en 1942 et qui a fait plus de 1500 morts, ou encore la rupture du barrage de Banqiao en 1975, en Chine toujours, qui a coûté la vie à plus de 200 000 personnes ».