Développée par Charles Boes, 27 ans, et ses trois associés, l’application Foodvisor permet, par une seule prise de photo avec votre smartphone, de « scanner » intégralement le contenu de votre assiette, vous offrant ainsi, en temps réel, les principales informations nutritionnelles de votre repas. La jeune pousse, forte de ses 700 000 téléchargements en quelques mois, est résolument décidée à passer à la vitesse supérieure avec une levée de fonds de 1 million d’euros notamment auprès de Kima Ventures, le fonds d’investissement de Xavier Niel. 

Impossible d’échapper au phénomène. Depuis maintenant quelques années, le premier « réflexe » en recevant son plat au restaurant est, non plus d’y goûter, mais de le prendre en photo, pour le partager sur les réseaux sociaux et en faire « profiter » sa communauté. Twitter et surtout Instagram ont largement contribué à ce qui est désormais une seconde nature chez tout un chacun. Une habitude à laquelle la start-up Foodvisor a décidé d’adjoindre une « tonalité » informative au service de la santé des « photographes amateurs » et donc utilisateurs potentiels, ne se cantonnant pas à l’aspect purement esthétique du met proposé. « Notre application permet simplement de noter tout ce que l’on consomme (calories, glucides, protéines, etc ) en prenant une simple photo. Il s’agit d’un coach culinaire de poche », nous racontait il y a quelques mois Charles Boes, l’un des maîtres d’œuvre de cette ambitieuse application aux côtés de ses associés, Gabriel Samain (27 ans), Yann Giret, mais également Aurore Tran (26 ans, Essec). L’application est sortie de terre à l’occasion d’un projet d’étude lors de leur dernière année à Centrale Paris.


Si la circonspection domine de prime abord – certaines applications similaires brillant davantage par leur manque de constance et de précision -, force est de constater que Foodvisor, grâce au retour d’expérience continu de ses utilisateurs, est rapidement monté en gamme, améliorant de mois en mois la qualité des algorithmes développés par ses soins. Un travail permanent. « Au début, nous pensions qu’en deux mois nous arrivions à toucher du doigt notre produit final mais cela fait maintenant deux ans que nous ne cessons d’améliorer et affiner notre technologie », concède Charles Boes. L’entrepreneur reconnaît encore certains petits ajustements comme le café qui, selon qu’il soit décaféiné ou non, peut troubler le résultat. « On se focalise énormément sur le fait de savoir comment les gens vont utiliser notre application pour pouvoir en corriger les petits défauts le plus rapidement possible », poursuit-il.

Xavier Niel séduit 

Car les études sont formelles. Suivre son alimentation en surveillant ce que l’on consomme multiplie par 2 la perte de poids dans le cadre d’un régime.  L’engouement pour ses applications “Food Tracker” ne date pas d’hier et est très en vogue de l’autre côté de l’Atlantique. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que l’un des associés, Yann Giret, alors en poste chez Withings (pépite française rachetée par Nokia, ndlr) a pu prendre la mesure de cette tendance. Avec une nuance de taille tout de même.  Ces applications sont, en effet, très populaires aux USA avec plus de 200 millions d’utilisateurs… mais elles nécessitent une entrée manuelle de tous les aliments et de tous les repas. “Le processus est donc rébarbatif et chronophage », souligne Charles Boes. FoodVisor, à l’inverse, a su trouver la parade pour ne pas lasser ses usagers. 

Hormis ces petites anicroches, le modus operandi de la start-up, pour mettre sur orbite cette application particulièrement novatrice, est sans fausse note majeure.  « Nous développons une technologie basée sur l’intelligence artificielle et le deep-learning. Nous développons à partir de cela nos propres algorithmes qui sont spécifiques à la reconnaissance de nourriture, ce qui les rend particulièrement performants », souligne l’entrepreneur.  Dès lors, une fois la photographie prise, les données récoltées vont être enregistrées dans le « journal alimentaire » de l’application.  « Le nombre de calories consommées dans ce repas va ainsi s’ajouter au nombre de calories déjà consommées dans la journée. Ce qui permet, avec l’aide de l’application santé d’Apple par exemple, d’obtenir la balance entre les calories consommées dans la journée (via Foodvisor) et celles brûlées durant les activités sportives », précise le dirigeant.

Allemagne, Espagne, Italie… puis Etats-Unis 

Un postulat qui a su séduire Xavier Niel, et son fonds Kima Ventures, qui a officiellement rejoint l’aventure, il y a une semaine, aux côtés d’autres business angels de renom, sans oublier Bpifrance, pour un montant total de 1 million d’euros.  ” Nous souhaitons que Foodvisor devienne un véritable nutritionniste de poche pour toutes les personnes souhaitant adopter de bonnes habitudes alimentaires et avoir une meilleure hygiène de vie. Cette levée de fonds permettra à notre start-up de continuer son développement et de faire de Foodvisor le journal alimentaire le plus simple, innovant et personnalisé du marché “, développe Charles Boes.  Outre étoffer ses équipes  et mettre sur orbite une version premium proposant des programmes alimentaires spécifiques (végétarien, Low Carb, sans gluten, prise de masse…), des recettes, des conseils quotidiens personnalisés et un Chat avec des diététiciens et dont l’abonnement oscille entre 4,99 et 9,99€ par mois (en fonction de la durée de l’abonnement), Foodvisor veut également déployer ses ailes à l’international.

La start-up a déjà participé au « FoodTech Lab » en juin 2017, un programme lancé par Business France.  Celui-ci, dirigé par Wassila Satouri, directrice de la division Food pour l’Amérique du Nord, propose d’accueillir pendant une semaine une dizaine de start-up hexagonales désireuses de conquérir les Etats-Unis pour les initier aux us et coutumes de la « FoodTech locale » et les mettre dans les meilleures dispositions pour aborder ce marché. « Nous avons pu, à cette occasion, discuter avec des investisseurs américains mais également échanger avec différents mentors locaux pour avoir leur point de vue sur notre application. Nous en avons profité pour nouer quelques contacts que nous comptons activer le jour où nous ouvrirons un bureau à New York. Ce programme est la façon idoine de préparer une installation potentielle aux Etats-Unis ». Outre cette expérience, c’est davantage vers le Vieux Continent que les équipes de Foodvisor envisagent de poser le pied dans un premier temps avec des lancements “courant 2019” Au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Avant de s’étendre outre Atlantique. Grâce à Foodvisor, prendre la photo de son repas n’est plus un acte cosmétique. Le salut du « mieux manger » en restant « tendance » est à ce prix.