A l’occasion du salon Autonomy, événement annuel pour repenser la mobilité urbaine qui se tient du 18 au 20 octobre à la Grande halle de La Villette à Paris, nous avons rencontré son fondateur, Ross Douglas. Ingénieur de formation, cet entrepreneur sud-africain a choisi Paris et la France pour lancer son business. Il s’étonne encore de cette culture très française, du manque de diversité, et de la solidité des infrastructures françaises.

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer sur le secteur de la mobilité urbaine, et pourquoi à Paris ?

Ross Douglas : En Inde, j’ai réalisé qu’il est impossible de se déplacer. La combinaison de la croissance urbaine et de la croissance démographique vont rendre le déplacement en ville infernal. La culture doit donc changer et c’est ainsi que j’ai pensé à développer une plate-forme multimodale sur la mobilité.

Les véhicules électriques, l’utilisation du smartphone et le fait que les jeunes préfèrent l’expérience à l’achat, sont trois éléments qui vont profondément transformer la ville. En faisant des recherches comparatives, j’ai trouvé que la Paris était la ville des transports et j’ai décidé de me lancer ici.

Il est pourtant fréquent d’entendre les utilisateurs de transports publics, les automobilistes et les cyclistes se plaindre de problématiques liées aux déplacements dans la capitale et en région parisienne. Pouvez-vous préciser les raisons pour lesquelles vous qualifiez Paris de « ville des transports » ?

Il est pourtant fréquent d’entendre les utilisateurs de transports publics, les automobilistes et les cyclistes se plaindre de problématiques liées aux déplacements dans la capitale et en région parisienne. Pouvez-vous préciser les raisons pour lesquelles vous qualifiez Paris de « ville des transports » ?

R.D. : Paris regroupe des écoles d’ingénieurs d’excellence ainsi que les grandes entreprises du secteur. La mairie est actuellement très impliquée sur les questions environnementales et de mobilité. De plus, je pensais qu’avec le Brexit, Londres allait chuter tandis que Paris prendrait le chemin inverse.

Paris est aussi une ville très dense ce qui est passionnant en terme de mobilité. Sur les nouvelles mobilités, la ville a d’ailleurs été parmi les « early adopter » avec les vélib et les autolib ou même aujourd’hui avec les city scoot, mais souvent ça ne suit pas.

A l’époque de leur mise en place, Velib et Autolib représentaient le changement vers la mobilité du futur. La ville ne fera plus ce qu’elle a fait avec Bolloré, à savoir donner l’exclusivité pendant plus de dix ans à un seul et unique opérateur. On le voit, avec le changement d’opérateur pour les Velib, Paris a rapidement donné des licences aux sociétés qui proposent du « free floating » [en libre-service, mais sans borne, NDLR] car elle sait que les consommateurs ont besoin de flexibilité.

Les parisiens sont mécontents, mais la mobilité est bonne ! Les services de la RATP ne sont pas chers (regardez le prix d’un ticket de métro à Londres !), et sont efficients. Il faut toujours comparer avec d’autres très grandes villes pour se rendre compte que Paris est efficient sur le plan des transports !

Vous êtes sud-africain, et vous avez décidé de lancer Autonomy en France. Est-ce simple pour un entrepreneur étranger de s’implanter ici ?

R.D. : C’est très simple de lancer son entreprise en France ! L’électricité fonctionne, La Poste fonctionne, les infrastructures sont solides. Tout fonctionne ! Là encore, comparez avec d’autres pays, comme l’Afrique du Sud par exemple où les coupures d’électricité sont fréquentes.

Mais le problème de la France est que tout est très lent et très cher. Par exemple pour enregistrer une société ou après avoir embauché un salarié il faut qu’il passe une visite médicale devant un médecin spécialisé, pas un généraliste. Pour ouvrir un compte en banque, j’ai dû recueillir des lettres de recommandations. Ce genre de détails sont vraiment irritants pour les étrangers. Et cela envoie un mauvais message.

Autre bizarrerie : à Paris, tout est très français ! A Londres, à San Francisco… les villes sont diverses, en France, il n’y a pas vraiment de diversité, il est donc difficile en arrivant de se faire un réseau. Regardez le Cac40, il est essentiellement composé d’hommes blancs de plus de 50 ans. Et puis en France, il y a cette tendance à donner beaucoup trop d’importance à l’école dans laquelle on est allé, c’est selon moi un frein à la créativité.

Les gens pensent que l’entrepreneuriat change en France, mais je ne connais pas d’autres entrepreneurs étrangers à Paris !

Les grandes entreprises aiment venir à Paris ouvrir des branches ou des laboratoires en raison de la qualité des ingénieurs, mais très peu d’entrepreneurs étrangers se lancent ici car ils ont notamment peur des charges sociales, de la langue… Le gouvernement prétend vouloir des entrepreneurs étrangers, mais je n’en suis pas certains, car ces derniers pourraient « disrupter » le système établi. Les Français aiment construire des talents français. Or, les étrangers, et notamment les anglosaxons, peuvent apporter à la France, un pays fort, une manière nouvelle de communiquer.