Désireux de rendre accessible le bon au quotidien, les entrepreneurs Julia Bijaoui et Quentin Vacher s’évertuent, fort de ce postulat, à proposer chaque jour, des menus riches et variés et des produits de qualités à des tarifs abordables avec, en toile de fond, une exigence poussée à son paroxysme. Portée par l’enthousiasme de ses clients, Frichti annonce ce mardi 23 mai une levée de fonds de 30 millions d’euros. Objectif : devenir l’un des leaders mondiaux de la Foodtech.

Paver le chemin du retour aux sources vers le bon, 3 fois par jour, 365 jours par an. Tel est le sacerdoce de Frichti et de sa cofondatrice, Julia Bijaoui. Passionnée par l’univers « food » et sensibilisée très tôt aux « bonnes pratiques » du bien manger, à savoir la parfaite osmose entre qualité et équilibre, la jeune entrepreneure qui œuvrait avant la naissance de Frichti au lancement d’un restaurant, a rapidement perçu « le désir » naissant chez moult personnes de renouer avec une cuisine de qualité, reléguant aux calendes grecques fast-food et autres offres industriels. « Nous répondons à une profonde tendance de société:  les gens ont de plus en plus envie de bien manger, ils starifient les chefs et il existe un véritable engouement pour la cuisine. Mais au quotidien, on n’a pas forcément le temps de faire les courses, d’aller au marché, encore moins le temps de cuisiner, on a tous des petites cuisines des vies et bien remplies », abonde Julia Bijaoui.  Un constat empreint de lucidité que l’entrepreneure a, elle-même, éprouvé au quotidien. « Quentin et moi étions entrepreneurs et nous travaillions énormément et nous éprouvions toute les peines du monde à concilier notre rythme de vie professionnelle avec le fait de bien manger et cela se finissait toujours en plat de pâtes à 23H », sourit la jeune femme.


Un sentiment qui engendre une véritable frustration. « Notre vie est imprégnée par le digital et nous avons l’habitude d’avoir le moindre service au bout de notre pouce », souligne Julia Bijaoui. Dès lors, la volonté de mettre la technologie au service du bon prend corps dans l’esprit des deux entrepreneurs. Un coup de maître, une fois de plus, qui trouve sa source dans une expérience personnelle. Avec, dès les prémices, une condition sine qua non : celle de la qualité qui doit véritablement faire office de boussole à « la fusée Frichti ». Comment, dès lors, une fois ces jalons posés, transformer l’essai et réussir le prodige de proposer « du bon » à un rapport qualité / prix exceptionnel ? Grâce au modèle « pleinement intégré ». « Nous y sommes parvenus en y intégrant toute la chaine de valeur. Quand vous faites tout vous-même vous n’avez pas d’intermédiaire et, au bout d’un moment, si vous avez suffisamment de volume, vous avez mutualisé un certain nombre de coûts et vous pouvez rendre tout cela au consommateur », développe Julia Bijaoui.

Débuts fulgurants

Chose suffisamment rare pour être soulignée, même le service de livraison est pleinement intégré « au cœur du réacteur » Frichti. « Nous créons nos recettes, nous les cuisinons nous-mêmes on a nos propres cuisines, on les vend, on a toute équipe comme dans un site de commerce traditionnel et on les livre. La majorité de nos livreurs sont embauchés. Ce qui nous permet de maitriser totalement l’expérience client. Nous sommes ainsi responsables de A à Z de la qualité du service qu’on délivre ». Et cela marche…le tout sans la moindre débauche d’énergie – et de moyens – publicitaires. « Notre vision reposait sur le fait que la qualité du produit que nous proposions soit tellement extraordinaire qu’il parle de lui-même. Conséquence :  les gens reviennent et deviennent nos ambassadeurs et la boîte ne s’est d’ailleurs développée qu’à partir du bouche à oreille », explique l’entrepreneure. Et quel développement ! « Nous avons eu l’idée en mars 2015, on a commencé à travailler dessus en avril et le 8 juin 2015 nous servions notre premier plat », souligne les yeux emplis de fierté la jeune femme.  Aujourd’hui Frichti emploie plus de 300 personnes, grâce notamment à deux levées de fonds successives de 1 puis de 12 millions respectivement en septembre 2015 et avril 2016.

Mais rapidité d’exécution ne signifie pas précipitation. D’ailleurs l’innovation, occupe une place prépondérante, dans la mécanique Frichti. « Nous avons inventé le système de livraison en tournée. La livraison coute 1,50 €. Comme tout part d’un seul et même point, il est possible d’être livré en même temps que son voisin ». Et de filer la métaphore. « c’est comme si vous étiez dis ‘ce serait génial d’avoir un chef à domicile,  de faire les courses, d’acheter les meilleurs produits à Rungis afin qu’il cuisine pour moi ’ Mais mon voisin de palier a peut-être la même envie et celui du dessus aussi ». Un argumentaire sans anicroche. « Je me mutualise donc avec tous les voisins de l’immeuble et, tous ensemble, nous avons les moyens de nous payer quelqu’un qui va cuisiner pour 20 familles. Et nous livrer au même endroit ». Un « modus operandi » que Frichti exerce non pas à l’échelle d’un immeuble mais dans tout Paris.

 

L’exigence au cœur

Venons-en maintenant à l’essence même de Frichti : la nourriture. Que trouve-t-on au sein de la carte ? Des plats variés, riches, équilibrés mais surtout une carte en perpétuelle évolution. « Ce n’est pas une carte de restaurant. Elle a été créée comme une carte du quotidien. Vous n’avez pas envie de manger au restaurant tous les jours mais notre objectif est que vous ayez envie de manger Frichti matin, midi, et soir, un peu comme si vous aviez cuisiné vous-même », développe Julia Bijaoui. Le tout à des prix résolument abordables : entre 10 et 12 euros pour un repas complet.  Avec un processus de sélection de recettes particulièrement exigeant – doux euphémisme. « L’exigence est la base de toute notre offre. Notre cuisine, pilotée par la chef Lucille Valentin, passée notamment par le Royal Monceau et le Faust, est scindée en deux pôles : R&D et création des recettes. Pour ce second volet, nous récoltons les idées de tous nos collaborateurs. Nous nous inspirons également des réseaux sociaux et chaque mois nous décidons quelles vont être les recettes sur lesquelles nous allons travailler sur le mois suivant ». Une phase baptisée Comité 0.

Ensuite, toute une équipe de R&D va « plancher » chaque semaine sur un quart des recettes sélectionnées pour le mois et les présenter en comité 1. Si ladite recette obtient une note de 4/5, elle passe en comité 2. Produite en 40 exemplaires, les collaborateurs de l’entreprise (en cuisine ou au siège) s’inscrivent autour d’une session de dégustation et goutent les recettes en les notant de manière anonyme et individuel. « Ils ne peuvent pas en parler entre eux », précise Julia Bijaoui. Même cas de figure : si elle n’obtient pas la note de 4 sur 5, la recette ne sort pas auprès du client. Une fois « ces fourches caudines » franchies, le plat est lancé à la vente, en peu d’exemplaire pour la première fois, et un questionnaire est soumis aux clients, ne dernier ne sachant pas qu’il s’agit d’un « galop d’essai ». Idem si la note n’est pas de 4/5, la recette est retravaillée voire carrément retirée. « Nous faisons de la veille sur l’intégralité de nos recettes », souligne l’entrepreneure. En moyenne, le « laps de temps » entre la proposition initiale et la mise en vente n’excède pas 4 semaines.

Nouvelle levée de fonds

Mais l’ambition de Frichti de devenir un « accompagnateur » au quotidien ne s’arrête pas à la « sainte trinité » matin-midi-soir. La FoodTech à propose également une carte des vins déjà particulièrement étoffée, une large gamme de fromages ainsi que de la charcuterie, une offre pour le petit-déjeuner, le brunch, le goûter ou encore une gamme épicerie fine « Frichti peut répondre aux besoins du quotidien et peut même servir à remplir les placards », développe sa cofondatrice. Portée par l’enthousiasme de ses clients, Frichti a annoncé ce mardi 23 mai une levée de fonds de 30 millions d’euros. Un tour de table absolument inédit pour une société de moins de deux ans, réalisé auprès des fonds d’investissement Verlinvest et Felix Capital et des actionnaires historiques de Frichti, Alven Capital et Idinvest Partners. Julia Bijaoui s’en réjouit :

« Nous sommes profondément heureux de cette nouvelle étape pour Frichti, qui récompense le travail phénoménal de nos équipes. Grâce à la confiance de nos investisseurs, nous allons emmener Frichti à la prochaine étape. Nous sommes convaincus que Frichti va devenir un leader du secteur de l’alimentation. » Avec ce développement fulgurant, Frichti pourrait davantage titiller la grande distribution que d’autres plateformes FoodTech et autres restaurant de quartier dont le modèle est aux antipodes du cercle vertueux prôné par un groupe en quête perpétuelle de nouveaux challenges. « Nous aimerions ‘ouvrir’ une autre ville en France », concède, du bout des lèvres, Julia Bijaoui…le regard déjà tourné vers la « phase d’après » à savoir déployer ses ailes au-delà des frontières hexagonales.

« Ce sera probablement Londres », évoque l’entrepreneure. D’autant qu’aucune proposition similaire n’existe outre-Manche. « Dans cette perspective, la « French Touch » sera clairement un atout même si nous n’allons pas nous lancer avec la même carte qu’à Paris, le but de la manœuvre étant de faire une carte du quotidien, en l’occurrence une adaptation très locale de Frichti avec un sourcing tout aussi local ». Et ainsi « surfer » sur la crédibilité et de la qualité de la gastronomie française. Le chemin du « retour aux sources vers le bon » est pavé d’exigence et d’ambition. Mais aussi de talent.