Après sa levée de fonds historique de 500 millions de dollars, Contentsquare devient la première capitalisation technologique française avec une valorisation de 2,8 milliards de dollars loin devant Blablacar (2 milliards) et Alan (1.7 milliard) ou Mirakl (1,3 milliard). Rencontre exclusive Jonathan Cherki, son fondateur et président qui a construit une stratégie de croissance intelligente et agile qui allient l’embauche de “pointures” venant de grands groupes, une politique de ventes agressives, l’ajout constant de services complémentaires et des acquisitions stratégiques qui lui ont permis de surclasser la concurrence.


Quelle est votre progression depuis 4 ans ?

Jonathan Cherki : La croissance moyenne annuelle de notre chiffre d’affaires récurrent de 121%, avec une répartition de 45% en Europe, 5% en Asie & USA 50%. Nous ne souhaitons pas communiquer sur nos chiffres mais nous sommes leader mondial.

Quels sont les prochains territoires à conquérir ?

J.C. : Continuer notre expansion dans les territoires où nous sommes déjà présents, notamment en Europe (France/ Benelux/ Italie/ Espagne) et aux États-Unis. Nous voulons aussi accélérer notre développement dans de nouveaux territoires, notamment en Asie avec le support de Softbank.

Hormis l’expansion géographique quels sont les autres leviers pour accroitre le CA ?

J.C. : A périmètre constant en complétant l’offre existante avec des services complémentaires, le marché du « content analytics » au niveau mondial c’est aujourd’hui 7 milliards de dollars. Compte tenu de l’accélération du E-commerce, le marché croit chaque année régulièrement, le marché devrait atteindre probablement 20 milliards d’ici 3 ans.

 

Existe-t-il de nombreux acteurs sur le marché ?

J.C. :  Le marché est très atomisé avec de nombreuses sociétés qui l’adresse. Mais Contentsquare est leader grâce à une gamme de solutions dédiées à « l’expérience analytics » qui nous permettent de comprendre et optimiser l’intégralité de l’expérience
digitale :

  • Identifier les difficultés et régler les points de friction
  • Améliorer la performance des sites
  • Aider les clients à innover
  • Rendre les sites / le contenu digital accessible à tous
  • La plateforme est conçue pour répondre aux besoins de nombreuses équipes, notamment : digitales, e-commerce, analystes, design et UX, opérations et IT
  • Elle peut être mise à jour sans avoir de connaissances techniques

 

Ces acquisitions en série représentent un vrai défi pour l’entreprise ?

J.C. : Oui mais nous avons en interne des personnes rodées à cette exercice hormis les habituelles due diligence nous possédons une équipe pour assurer l’intégration rapide des sociétés acquises. Nous scrutons les opportunités et en dernier ressort nous travaillons bien évidemment avec des banques conseils qui nous épaulent dans nos acquisitions. Accessoirement je passe une partie de mon temps à rencontrer des start-ups. On recherche n’importe quelle capacité « analytics » voix, vidéo, texte, image, performance site et en général. En clair tout ce qui peut influencer l’acte de d’achat.

 

Avec notre Fondation, l’objectif est de rendre le web plus accessible notamment au niveau de l’éducation, la tech et les entreprises. Il s’agit d’aider les élèves souffrant de troubles tels que la dyslexie ou de déficiences visuelles.

 

Cette levée de fonds de 500 millions va vous permettre une forte accélération ?

J.C. :  Nous avons un programme de recrutement massif de 1500 collaborateurs sur 3 ans nous sommes 800 aujourd’hui avec des centaines de postes à pourvoir à la R&D et aux produits.
Ces postes seront disponibles dans nos 8 bureaux de Paris, Munich, Londres, New York, San Francisco, Tokyo, Singapour et Tel Aviv et dans celui de Barcelone, que nous venons tout juste d’ouvrir il y a quelques jours. Mais aussi pour l’acquisition d’entreprises qui nous permettront d’accélérer sur des zones où nous sommes peu présents, d’attaquer de nouvelles industries comme le gaming, le social media, ou les segments de marché comme les petites et moyennes entreprises (marché en forte croissance) et les entreprises publiques aujourd’hui nos 750 clients à travers le monde ne sont que des grands comptes mais nous avons la capacité d’offrir un produit adapté au PME.
Le marché est en mutation, il est ultra rapide : nous cherchons à acheter de nouvelles technologies qui facilitent le travail de nos clients dans l’analyse de données. Nous avons déjà racheté Clicktale, Pricing assistant, Adapt my web, Dareboost et la dernière levée va permettre d’amplifier ce mouvement.

 

Quels sont tes objectifs dans les prochaines années ?

J.C. : Continuer de faire croître la valeur de la société, pour l’instant l’objectif et la positionner pour longtemps en numéro 1, grâce à l’innovation et l’ajout de nouveaux marchés, nouveaux territoires, nouvelles industries Acquérir de nouvelles compétences en accélérant par exemple le développement R&D sur l’intelligence artificielle. L’arrivée de Softbank nous permet de passer au stade supérieur. 

 

Contensquare a créé une fondation quelle en est sa vocation ?

J.C. :  L’objectif est de rendre le web plus accessible notamment au niveau de l’éducation, la tech et les entreprises. Il s’agit d’aider les élèves souffrant de troubles tels que la dyslexie ou de déficiences visuelles. Notre fondation développe également des partenariats avec des universités pour intégrer l’accessibilité numérique dans les formations en informatique. Cette fondation fonctionne grâce à notre contribution financière, nos moyens généraux et des salariés qui travaillent pro bono. 

Parallèlement nous avons créé un incubateur d’entreprises.

J.C. : On a déjà incubé et accéléré en France 10 entreprises sans prise de participation. Notre contribution se limitant à la mise à disposition des ressources humaines internes, les logiciels, les relations clients et l’espace. C’est une manière pour moi de redonner ce que l’ESSEC m’avait apporté en nous incubant en son sein. L’objectif est aussi de créer un écosystème autour de Contentsquare qui soit mutuellement profitable tant à nous qu’aux « incubés ».

 

Une IPO ? On le fera (ou pas) en fonction et des opportunités d’investissement mais certainement pas avant 24 à 36 mois.

 

Sur quoi porte la R&D ?

J.C. : On a 11 brevets et 28 en cours d’homologation. D’abord les acquisitions que nous avons menées étaient pour intégrer des compétences & des technologies que nous n’avions pas, mais surtout c’est le cas pour Clicktale On va lancer en 2023 une solution d’analyse E marchandising pour de la recommandations interactives (benchmark, scoring, recommandations automatiques) Grace aux données que nous collectons nous sommes en mesure d’acquérir une expérience qui aide nos clients à doper dynamiquement leurs ventes. Notre système permet d’analyser l’impact des changements faits sur le site sur les ventes de se comparer à ceux de son secteur. On fait du data learning, grâce à l’analyse de plus de 1.5 milliard $/jour de montant de transaction sur le site. On a déterminé préalablement les critères de décisions d’achats grâce à l’interaction utilisateur (analyse des parcours et des contenus) prix, erreur, temps de chargement, accessibilité etc.

Cette solution permet d’avoir compréhension fine du comportement utilisateur. Quels sont les nouveaux enjeux à traiter pour vous ?

J.C. : Un des piliers fondateurs de la vie digitale de demain est le respect de la vie privée par rapport à la collecte de données. On vient d’annoncer une version sans cookie de l’application, ce qui intéresse CS c’est le comportement de l’utilisateur pas son identité. On pense que cette donnée est précieuse et que les équipes doivent être à même de créer des expériences personnalisées à partir des comportements et objectifs des utilisateurs, sans avoir besoin de cookies.

 

Qu’est ce qui  vous incite à construire une entreprise si grande ? Qu’est ce qui  vous anime ?J.C. : Je ne cherche pas à créer une des plus grandes entreprise de software au monde, mais quand on atteint une certaine taille on a un rôle à jouer dans la société dans laquelle on vit (sociale, vie privée et l’accessibilité), et plus nous grossissons, plus nous sommes  impactants. On offre déjà notre solution à des associations pour les aider à se développer au niveau digital. En ce qui me concerne après la dernière levée de fonds je reste le plus gros actionnaire de Contensquare et je compte le rester un moment. Par ailleurs, l’intégralité des salariés ont des stock-options ce qui permet d’avoir une implication et une fidélité optimum.

Un des gros chantiers pour nous est l’intelligence artificielle ?

J.C. : C’est un axe de développement difficile mais essentielle et nous prévoyons un plan pour faire des acquisitions dans le domaine, un système pour de la formation en interne et en externe, cabinets de conseil pour faire progresser nos équipes et de les retenir. L’IA est entrain de disrupter tous les secteurs, c’est un enjeu considérable pour des sociétés comme la nôtre et un vecteur de croissance assuré pour quelques années à condition de trouver les bons collaborateurs.

A quand l’IPO ?

L’IPO est un des moyens possible. On le fera (ou pas) en fonction et des opportunités d’investissement mais certainement pas avant 24 à 36 mois. A ce stade, nous n’avons pas de pression de nos investisseurs et au vu de la progression de la capitalisation, ils ne sont pas forcément pressés de sortir tout de suite. Les cycles d’investissement sont généralement de 8 à 10 ans dans l’industrie et mes premiers investisseurs sont entrés en 2016 donc ça nous laisse encore un peu de temps.


Contentsquare est le leader mondial de l’expérience analytics, qui permet aux sites E-commerce de booster les ventes grâce à une meilleure connaissance du comportement des utilisateurs sur leurs sites. Sa technologie analyse des milliards de mouvements de souris et d’interactions mobiles, afin de mieux comprendre le parcours des utilisateurs, de mesurer la performance des contenus et de comparer l’impact des prix et la pertinence des produits. La société compte de nombreux clients à travers le monde avec qui elle coopère depuis plusieurs années tels que Disney, Walmart, Sephora, Carrefour, Microsoft, Accor, BMW.

 

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