Selon des documents internes obtenus par The Wall Street Journal, Facebook aurait permis à près de six millions d’utilisateurs VIP de sa plateforme de contourner les règles en matière de modération en ligne, grâce à un programme baptisé « Crosscheck » ou « XCheck ».

 

Initialement, ce programme visait à aider Facebook à modérer les actions prises à l’encontre des utilisateurs les plus influents, comme les politiciens ou les célébrités. Ainsi, « Crosscheck » a permis à des utilisateurs influents d’enfreindre les conditions d’utilisation de Facebook sans la moindre conséquence (ou peu). Certains utilisateurs certifiés étaient exemptés de respecter la politique de la plateforme, tandis que les publications d’autres utilisateurs restaient en ligne en attendant un examen plus approfondi, même en cas d’infraction aux règles de Facebook.

Selon The Wall Street Journal, en 2019, ce programme a ainsi permis au footballeur brésilien Neymar de publier sur Instagram (filiale de Facebook également concernée par cette affaire) des photos d’une femme nue. Cette dernière l’accusait de viol, une accusation que Neymar a toujours niée. Le joueur a ensuite supprimé sa publication. Pour autant, selon le règlement d’Instagram sur le revenge-porn, le compte du joueur du PSG aurait dû être supprimé, ce qui ne fut pas le cas.

Les documents obtenus par The Wall Street Journal montrent également que des utilisateurs certifiés ont pu partager des informations erronées et des théories du complot sur la sécurité du vaccin, l’implication présumée d’Hillary Clinton dans un réseau mondial de trafic sexuel d’enfants et d’autres informations absurdes que les fact-checkers de Facebook avaient jugé fausses.

D’après un rapport interne confidentiel sur le programme réalisé en 2019, les pratiques de Facebook constituent « un abus de confiance » et ne sont pas « défendables publiquement. » Pour The Wall Street Journal, Facebook a minimisé l’importance du programme et son rôle dans la modération en ligne : la plateforme a déclaré à son conseil de surveillance en juin dernier que le programme « Crosscheck » n’était utilisé que dans « un petit nombre de cas. »

Facebook n’a pas souhaité répondre aux questions de Forbes.

« Nous ne faisons pas réellement ce que nous affirmons faire publiquement », peut-on lire dans le rapport confidentiel de 2019 obtenu par The Wall Street Journal. « Contrairement au reste de notre communauté, ces utilisateurs peuvent violer nos normes sans aucune conséquence. »

Au total, 5,8 millions de comptes sont concernés. Facebook compte plus de trois milliards d’utilisateurs.

Dans un communiqué envoyé au Wall Street Journal, Facebook a déclaré que le programme servait « d’outil supplémentaire » pour aide à modérer les contenus qui peuvent « nécessiter davantage d’interprétation. » Un représentant du groupe a affirmé que la plateforme travaillait à l’élimination progressive de ce système une fois les problèmes identifiés, qualifiant les documents obtenus par The Wall Street Journal « d’informations périmées assemblées pour inventer une histoire. »

Facebook a rencontré de nombreuses difficultés liées à la modération de contenus en ligne. L’année dernière, la plateforme a dû faire face au boycott de plus de 500 annonceurs tels que Target, Ford, Adidas ou Dunkin Donuts, en raison de sa politique laxiste en matière de discours haineux. En outre, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est opposé à l’étiquetage des publications digne d’intérêt d’utilisateurs très connus qui violaient les règles de la plateforme. Mark Zuckerberg a affirmé que cela comportait « un risque que les utilisateurs éditorialisent les contenus qu’ils n’aiment pas », avant de faire marche arrière après plusieurs jours de boycott. En juin dernier, Facebook a annoncé bannir de la plateforme l’ancien président Donald Trump pendant deux ans après que ce dernier a encouragé ses partisans à prendre d’assaut le Capitole américain en janvier.

Cette enquête sur le programme « Crosscheck » de Facebook n’est que le premier article d’une série de révélations sur la plateforme visant à montrer que Facebook « sait, de manière très détaillée, que ses différentes plateformes comportent de nombreux défauts qui peuvent engendrer des dommages, dont seul Facebook comprend la portée. »

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Carlie Porterfield

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