Forbes poursuit sa série consacrée à Instagram, la plateforme devenue quasiment média. A l’aube de 2022, les influenceurs sont à présent interpellés sur leur rôle sociétal car, en pleine pandémie, l’heure est au selfie conscient. Authenticité, reconnexion au réel et appels à cultiver la bienveillance ont conduit à l’émergence du nouveau phénomène, “ les Genuinfluenceurs”. Avec son million de followers, l’instagrameur Youssef Chreiba se joue des codes en mixant légèreté et sérieux. Le bloggeur marocain a d’ailleurs conçu des filtres à l’effigie de drapeaux pour faire passer des messages, amenant au passage Instagram à revoir sa politique trop policée. Entretien. 

 

Vous vous inscrivez dans le mouvement des “Genuinfluenceurs », ce terme a été récemment conceptualisé par WGSN, une société de prévision de tendances marketing qui a rapproché « genuine » (authentique) et influenceur. Pensez-vous que l’ère des instagrameurs irréels, désengagés soient terminée ? 

Youssef Chreiba : Aujourd’hui, les gens sont clairement plus conscients et éduqués aux réseaux sociaux si bien qu’ils se détournent de ce qui n’a aucune résonance avec leur vie quotidienne. Les internautes recherchent les contenus promouvant la positivité calquée sur l’expérience réelle, donc proche d’eux. Il est à présent question de chercher des conseils, de confronter les points de vue dans tous les domaines, en particulier la santé, le bien-être, la beauté, l’art de vivre. L’authenticité (‘genuine’, en anglais) est plus que jamais au centre de la matrice. Par ailleurs, la crise sanitaire que nous traversons n’encourage pas le storytelling autour d’une existence supposément parfaite, déconnectée de la marche du monde. Les influenceurs qui ne l’ont toujours pas compris deviennent hors jeu. 

 

Votre notoriété a explosé avec l’invention des masques à selfies à l’effigie de pays. Vous avez réussi à convaincre le réseau social Instagram d’intégrer ces filtres à la plateforme dans un esprit de solidarité. Ce n’était pourtant pas gagné. 

Y.C : Effectivement ! Il a fallu convaincre Instagram du bien-fondé de ma démarche. Le réseau social est très précautionneux sur ces sujets. Quand la crise sanitaire a plongé le monde dans la peur et l’incertitude, certains pays étaient déjà plus vulnérables que les autres. Je pense à de nombreuses nations arabes traversées par des crises multiples. J’ai donc vu dans le symbole du drapeau un moyen d’interpeller sur la solidarité et sur la responsabilité en incitant à adopter le port du masque. L’idée de créer des filtres à l’effigie de drapeaux allait déclencher une vague, un mouvement positif. Au-delà des mots, j’ai senti que cela ferait écho chez les gens. Ainsi, le masque marocain et le masque algérien avaient vocation à rappeler la nécessité de porter le masque, d’acculturer les gens à cette nouvelle réalité. Aujourd’hui, ces filtres Instagram font le pont entre ces deux pays frontaliers “en froid” : mais sur le terrain, il en est autrement puisque la fraternité entre ces deux peuples est toujours aussi palpable.

J’ai lancé le filtre spécial Liban suite aux événements dramatiques qui frappent ce pays. C’est aussi une manière pour les personnes – de toute provenance géographique – d’exprimer leur solidarité alors que des milliers de kilomètres nous séparent.

 

Vous êtes également le concepteur du filtre « Barbie Freaks », testé par près d’un milliard d’utilisateurs… Cette-fois, vous n’avez eu aucune difficulté à convaincre Instagram. 

Y.C : Instagram véhicule une esthétique précise qui valorise le lifestyle et la beauté dans un large éventail. Les filtres à drapeaux sont donc trop connotés, d’autant que là il était question d’une certaine région du monde. J’ai néanmoins réussi à faire évoluer la position d’Instagram. En tant qu’influenceur, il est indispensable de promouvoir des messages d’espoir, de ne pas céder à la peur et à la négativité. La pandémie a été plus que jamais l’occasion de réinitialiser son logiciel de pensée. 

 

© Youssef Chreiba

 

Indépendamment de ces initiatives, vous multipliez les collaborations et les projets. Parlez-nous de votre nouvelle plateforme de mise en relation entre célébrités et marques ? 

Y.C : Je suis sollicité sur différents projets artistiques mais je m’investis particulièrement sur le lancement d’une plateforme spécialisée dans l’influence et l’événementiel. Il s’agit de mettre en relation des célébrités avec les marques pour des opérations virales. Je serai en mesure de partager plus de détails cet automne… sur Instagram forcément ! Quoi qu’il en soit, je suis fier de mon nouveau “bébé” qui consacre des années de travail. 

 

Pour ceux qui débutent sur Instagram, comment réussir à percer dans cet océan de bloggeurs ? 

Y.C : N’importe qui peut se lancer dans les médias sociaux et y réussir, à la condition de proposer un contenu qui vous ressemble, qui vous inspire. De cette manière, vous serez toujours créatif et passionné. Il est aussi nécessaire de tisser des liens avec sa communauté en interagissant avec elle. Et puis, Instagram consolide chaque année son modèle, c’est donc un espace parfait pour grandir, expérimenter et faire entendre sa voix.

 

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