Au cours des deux derniers mois, Facebook a eu recours à l’intelligence artificielle (IA) et à des modérateurs pour enrayer le flot de théories conspirationnistes QAnon et corona-sceptiques qui se multiplient sur ses plateformes. Toutefois, le réseau social peine à maintenir cet engagement. Ce mois-ci, Facebook a été obligé de supprimer un hashtag de sa propre plateforme ainsi qu’un autre sur Instagram. Ce hashtag était très populaire parmi les conspirationnistes QAnon et les corona-sceptiques. Cette action intervient après que Forbes a alerté le réseau social.

 

Le hashtag qui posait problème sur Facebook était #DarkToLight (« De l’ombre à la lumière »). Pas moins de 30 000 personnes ont utilisé ce hashtag avant sa suppression la semaine dernière. Parmi elles, nombreuses sont celles adeptes des théories QAnon. Selon ces théories, il existerait un « État souterrain », composé de super-riches et d’hyperpuissants, qui tenterait de contrôler les masses par de nombreuses machinations ou encore qui aurait mis en place un réseau de trafic d’enfants. Un utilisateur de Facebook a même publié une image d’un homme en costume avec une corde autour du cou accompagnée de la phrase « La justice est en marche », le tout avec une légende explicite : « La tendance cabale 2021 ». Après que Forbes a alerté la plateforme, Facebook a annoncé avoir supprimé la majorité des publications avec le hashtag #DarkToLight.

Sur Instagram, Facebook a supprimé le hashtag #Scamdemic (« Coronarnaque »). Le 19 février, ce hashtag n’était plus accessible sur Facebook, toutefois les utilisateurs d’Instagram pouvaient encore le trouver. À 15 h 30 (heure de Paris) ce jour-là, 112 000 publications sur Instagram reprenaient ce hashtag. Cependant, Forbes a demandé au réseau social pourquoi le hashtag était bloqué sur une plateforme et pas sur l’autre, une sollicitation qui est restée sans réponse de la part de Facebook. Le 23 février, #Scandemic n’était plus disponible sur Instagram, car « la communauté a signalé certains contenus contraires à la politique de la plateforme ».

Ce ne sont pas les premiers hashtags à être bloqués par Facebook. Récemment, le réseau social a banni les hashtags suivants : #digitalsoldier (« soldat du numérique »), #trusttheplan (« faites confiance au plan »), #greatawakening (« grand réveil »), #wwg1wga (where we go one, we go all, « où l’on va, nous allons tous ») et #NothingCanStopWhatIsComing (« Personne ne peut empêcher ce qui se prépare »). Tous ces hashtags sont liés à des théories conspirationnistes QAnon.

Pour autant, d’autres hashtags au contenu douteux restent accessibles. Il suffit de quelques clics sur Facebook pour trouver tous les hashtags liés à des théories conspirationnistes. Par exemple, sous le hashtag #TheGreatReset (« La Grande Réinitialisation ») l’on retrouve de nombreuses publications qui reprennent des théories conspirationnistes sur la pandémie de covid-19. Selon ces théories, la covid-19 serait une machination mondiale montée de toute pièce par les élites pour contrôler la population par le biais de la peur et des vaccins, certaines publications allant même jusqu’à incriminer Bill Gates dans cette cabale mondiale. Un utilisateur de Facebook suggère aux parents de retirer leurs enfants de l’école avant qu’ils ne soient vaccinés, tandis qu’un autre qualifie la covid-19 d’escroquerie avec le hashtag #Scamdemic (toujours visible sur certaines publications malgré l’interdiction). Pas moins de 17 000 personnes ont posté une publication avec le hashtag #TheGreatReset. À l’origine, il s’agit d’un concept développé par le Forum économique mondial pour repenser le capitalisme pendant la crise sanitaire. Néanmoins, il a été repris par des conspirationnistes qui considèrent que c’est une machination pour prendre le contrôle de la population.

De nombreux autres utilisateurs ont posté des publications concernant l’Action 21 (plan d’action mondial pour le développement durable) et le Programme de développement durable à l’horizon 2030, deux initiatives de l’ONU. Selon les conspirationnistes, ces deux plans d’action en faveur du développement durable sont des complotes supplémentaires de la dictature mondiale. Les messages reprennent également de nombreuses théories sur la pandémie, suggérant qu’elle a été créée ou exagérée afin de forcer la population à recevoir un vaccin qui n’est pas nécessaire ou qui sera utilisé pour contrôler ceux qui se feront vacciner.

Facebook a réagi par le biais de l’un de ses porte-paroles : « Cela fait des années que nous travaillons pour endiguer la désinformation sur notre plateforme. Nous fournissons au plus grand nombre d’utilisateurs possible des informations précises sur les vaccins, nous supprimons les contenus qui vont à l’encontre de nos règles et nous réduisons la diffusion d’informations fausses. Depuis 2016, nous travaillons avec des organismes indépendants de vérifications des faits afin de réduire et d’identifier la désinformation liée à la santé sur notre plateforme. Nous avons interdit les publicités incitant la population à ne pas se faire vacciner et nous avons redoublé nos efforts pour supprimer les groupes, les pages et les comptes qui continuent de diffuser des informations fausses au sujet de la covid-19 et des vaccins sur Facebook et Instagram ». Par ailleurs, Facebook a annoncé avoir retiré les contenus violents reliés aux hashtags identifiés par Forbes.

 

Facebook et la lutte contre la désinformation

Le réseau social Facebook s’est engagé à retirer les contenus QAnon et anti-vaccins en ayant recours à l’IA et à des modérateurs. En décembre, la plateforme a mis à jour sa politique pour garantir la suppression des informations fausses au sujet de la covid-19 et des vaccins sur Facebook et Instagram.

Malgré ces nombreux efforts, les utilisateurs peuvent aisément créer de nouveaux hashtags et contourner les tentatives de la plateforme de réprimer la désinformation. Par ailleurs, certains hashtags, bien qu’adoptés par les théoriciens du complot, seront difficiles à supprimer. C’est le cas notamment de #WakeUp (« Réveillez-vous »). Ce hashtag est tellement général qu’il englobe toutes sortes de publications, et pas uniquement des théories conspirationnistes.

Même si ce n’est pas le cas actuellement, l’IA de Facebook sera un jour en mesure de comprendre la nuance. « Nous nous efforçons d’améliorer l’IA et de comprendre le contexte dans lequel les mots sont employés dans différentes langues, cultures et régions. Nous faisons des progrès et nous ne nous arrêterons pas », a déclaré Mike Schroepfer, directeur technique de Facebook, lors d’une réunion d’information avec les journalistes au début du mois.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Thomas Brewster

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