L’Europe pourrait passer d’une position défensive à une position offensive dès l’élection du président US.

Notre Europe se sent de plus en plus frustrée par les communiqués officiels chinois vantant la force de leur modèle et dénigrant allègrement l’impréparation et l’indiscipline de nos démocraties occidentales. Alors que l’Europe, elle, reproche à la Chine son absence de prises de responsabilités mondiales. Depuis ces échanges houleux, l’Europe serait devenue aujourd’hui moins naïve. Et elle attendrait, semble-t-il, les élections américaines pour tenter d’inverser le rapport de force avec la Chine.


Car l’Europe n’est, semble-t-il, plus disposée à perdre son temps à espérer des progrès qui ne viennent jamais et a enfin compris que l’ouverture pour la Chine s’arrête toujours à sa frontière. Alors qu’elle attendait plus de réciprocité dans la coopération et surtout sur la protection des investissements.

Le déclencheur de ce changement de position est le fait que cette Chine qui aurait « bien » géré l’épidémie soit devenue beaucoup plus activiste, en intensifiant sa propagande. Une Chine devenue décomplexée pour ne pas dire offensive, une première dans son histoire depuis 1949.

Notre Europe est piégée par ce démocratique « temps court », ce qui la rend indécise. Elle est donc incapable d’appliquer rapidement des mesures tarifaires comme ont pu le faire les Américains face à cette Chine du « temps long » dont la stratégie vis-à-vis de l’Europe est essentiellement le maintien du statu quo agrémenté d’éternelles hésitations débouchant sur aucune décision

L’Europe a aussi pris conscience tardivement des contournements par les sociétés chinoises des restrictions à l’exportation. Celles-ci ont en effet implanté des industries manufacturières en Éthiopie, au Vietnam, et certainement en Italie, ce qui expliquerait la spontanéité de l’arrivée de la pandémie dans ce pays.

Pourquoi l’élection américaine devrait-elle être décisive ?

A cause ou grâce à l’imprévisible mais économiquement pragmatique Donald Trump, les hommes politiques occidentaux et certains asiatiques se sentent aujourd’hui obligés de suivre leurs opinions publiques très opposées à Trump. Et ces politiques participent à l’isolationnisme américain, un isolationnisme qui profite à la Chine.

La stratégie combative de l’original homme d’affaires Trump n’a fait qu’isoler les États-Unis.  Et cela offre de nombreuses opportunités aux Chinois qui en profitent pour accroître leur influence internationale, les opinions publiques et leurs dirigeants préférant critiquer Donald Trump que s’attaquer à notre harmonieuse vassalisation par la Chine.

Bien sûr, l’épidémie de coronavirus appelée virus chinois par Trump n’a fait que durcir le ton. La lutte pour être le premier à mettre sur le marché l’hypothétique vaccin n’a fait qu’envenimer les choses. Car, bien évidement, qui dit recherche stratégique dit espionnage. Les relations ne sont donc pas prêtes de s’améliorer.

Mais il doit être clair pour tous, quel que sera le président élu, Donald Trump ou Joe Biden, les relations des US avec la Chine ne peuvent que se dégrader, la Chine ayant pour objectif de supplanter les États-Unis et d’être la première puissance mondiale en 2049.   Mais si c’est Biden qui est élu, ce sera la fin du Trump Bashing et il sera facile pour Biden, plus attaché aux droits humains et aux valeurs démocratiques, de rallier de nombreuses démocraties modérées vis-à-vis de la Chine.

Où se situe la position de la France dans ce conflit ?

Cela se résumera dans un premier temps à sa position vis-à-vis du champion national Huawei. Bouygues et SFR utilisant déjà Huawei, la France se retrouve comme souvent dans une position ambiguë. Elle doit d’autre part faire à l’ambassadeur chinois nouvellement nommé en France, et ce n’est pas un hasard. Un ambassadeur de moins en moins diplomate qui était auparavant en poste au Canada et qui a donc eu à gérer le difficile dossier de Meng Wanzhou. La fille du créateur de Huawei est en résidence surveillée à Vancouver depuis décembre 2018. Les Américains reprochent à Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran et veulent son extradition pour la juger pour fraude aux USA.

La France souhaiterait, elle, limiter dans le temps les autorisations d’acquisitions de matériel pour ceux déjà équipés en Huawei. La Chine qui, avec cet épisode Covid a mesuré nos faiblesses, a clairement fait savoir que si des restrictions étaient imposées, elle prendrait des mesures de rétorsion. Sur ce dossier, il va être difficile de faire du « en même temps », conserver des relations décentes avec la Chine dont nous sommes dépendants technologiquement et en même temps ne pas froisser nos amis et clients américains.

En résumé, les Chinois sont, contrairement à ce que nombre de manichéens pensent, des supporteurs de Trump. Il y a de fortes chances que la France ait tôt ou tard à choisir entre ses intérêts à l’Est et ceux à l’Ouest. Quant à la Chine, qui est redevenue l’empire du Milieu, elle fait face à une démographie déclinante. La démographie étant le destin, elle se retrouve aujourd’hui devant la quasi-obligation de devenir impérialiste.

Le Vietnam, un cheval de Troie ? 

Enfin et ce n’est peut être pas un hasard, l’accord de libre échange entre le Vietnam et l’Union Européenne est entré en vigueur cette semaine. L’EVFTA prévoit de supprimer tous les droits de douane dans les dix ans. Les échanges entre l’UE avec le Vietnam se montent à 46 milliards d’euros par an. Question : ce pays au communisme autoritaire pourrait-il devenir le cheval de Troie des Chinois pour contourner une éventuelle intensification des restrictions ?

Et pour relativiser, se souvenir que nous avons aussi eu une guerre commerciale contre le Japon, il n’y a pas si longtemps.

Le 22 octobre 1982, Laurent Fabius, ministre du budget signe un arrêté pour obliger les importateurs à ne plus dédouaner leurs magnétoscopes dans les ports mais au centre de la France, à Poitiers. Une redevance similaire est appliquée aux téléviseurs et aux magnétoscopes.

Ces deux mesures, visant à limiter l’afflux des produits japonais et à protéger le secteur de l’industrie de l’électronique grand public française, ont un énorme écho. La presse parle d’une « bataille de Poitiers », faisant référence à celle de 732, quand les Francs et les Aquitains avaient arrêté les Sarrazins venant d’Espagne. Et bien sûr, le débat sur le « néoprotectionnisme » à la française est lancé. On a vu l’évolution depuis.

On retrouve beaucoup de parallèles (puissance industrielle, modernité, démographie déclinante ) entre le Japon des années 80 et la Chine d’aujourd’hui.