Depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC, les propos et communiqués de presse des ambassadeurs ont toujours été d’un ton harmonieux. Cela faisait partie de la stratégie chinoise qui ne voulait pas répéter l’erreur des Soviétiques qui voulaient faire de nous des clones. La Chine, ayant appris sa leçon, se contentait de vouloir faire de nous ses vassaux économiques. Mais depuis le Covid, tout a changé. La plupart des communiqués aujourd’hui vantent la force du modèle chinois et dénigrent assez allègrement l’impréparation et l’indiscipline de nos démocraties occidentales.

Une Chine qui aurait a priori dominé cette pandémie


Il est bon de rappeler que le régime connaissait l’existence du virus et sa morbidité dès fin novembre 2019. Bon de rappeler aussi que la Chine exporte pour 2 500 milliards de dollars par an, dont une partie très significative avant les vacances du Nouvel An chinois qui, cette année, tombait le 25 janvier. Il était donc inimaginable, après une année 2019 économiquement morose, de sacrifier les exportations avant ce Nouvel An chinois pour sauver des vies.

Cette dissimulation fut le déclencheur de la fin de la communication harmonieuse. La Chine ayant assimilé le fait que la meilleure défense c’est l’attaque, il devint décisif pour elle d’exploiter sa pseudo réussite de la gestion de l’épidémie pour tenter de faire oublier ses dissimulations. Et c’est là qu’apparurent les premières communications offensives, pour ne pas dire offensantes. Cela afin d’imposer des éléments de langage dans les débats publics occidentaux. Et surtout afin de montrer à sa dynamique diaspora souvent assez conservatrice que son pays de résidence avaient de nombreuses leçons à recevoir de la “démocrature” communiste chinoise.

Où en est le rapport de force aujourd’hui ?

Si la Chine n’a pas copié les Soviétiques dans leur stratégie de faire de nous des clones, elle a néanmoins copié le modèle de la diplomatie soviétique, dont la première stratégie était le rapport de force permanent.
Et l’on peut dire que cela a fonctionné, car cette Chine toujours communiste est devenue au fils des ans incontournable au sein de nombreuses institutions internationales dont l’OMS, la FAO, l’OACI, etc. La prochaine étape décidée en 2019 fut donc d’occuper l’espace médiatique mondial, en critiquant le prétendu suprémacisme blanc agrémenté d’un égoïsme occidental. Un message encore ciblé sur cette invisible et discrète mais influente diaspora chinoise souvent victime de racisme.

Une guerre de propagande pour détourner des faiblesses de la Chine.

Les commentateurs analysant souvent les statistiques du passé ont à ce jour peu produit d’articles sur le début d’essoufflement de la Chine en 2019 et sur l’impact économique du coronavirus. Car n’ayons aucun doute, il y a aujourd’hui en Chine des millions ou dizaines de millions de jeunes et de travailleurs migrants ou mingongs sans emploi. Et c’est aussi devenu aujourd’hui l’enfer pour ces mingongs ou petites mains rurales qui, dès la fin du Nouvel An chinois, venaient dans les grandes villes et trouvaient immédiatement un travail. Officiellement, le taux de chômage global serait de 6% et celui des jeunes de 14 %. Mais si on lit les rapports des agences financières, le taux global se situerait plutôt autour de 20 %.  Enfin, lorsque ceux-ci trouvent un emploi, celui-ci est toujours précaire, sans aucune couverture maladie et avec des baisses de salaire pouvant aller jusqu’à 80 %.

La reprise économique n’est donc toujours pas là. D’autre part, des études récentes démontreraient que des dizaines de millions de salariés d’hôtels, de restaurants, de commerces de détail et du BTP auraient perdu au minimum la moitié de leurs salaires en février et mars. Alors qu’aujourd’hui la consommation domestique contribue à plus de la moitié au PIB, la croissance ne devrait pas cette année, et pour la première fois depuis la révolution culturelle, et d’après la banque mondiale, être positive. La Chine dont l’objectif était de devenir la première puissance mondiale en 2049, pour le centenaire de la révolution d’octobre 1949, risque donc de « perdre la face » au regard de  cet objectif.

Enfin, vu l’endettement du pays et de ses acteurs privés très supérieur en pourcentage à celui de l’Europe ou des USA, on imagine mal un plan de relance de près de 13% du PIB comme lors de la crise de 2008. La Chine, qui s’est suréquipée depuis cette crise en infrastructures, autoroutes, TGV, immobilier, etc, va certainement maintenant investir massivement dans la 5G et favoriser son fleuron mondial, la société Huawei.

Un malheur n’arrivant jamais seul, cette pandémie, qui arrive après la guerre commerciale américaine, incite de nombreuses entreprises étrangères, dont les japonaises très présentes, à quitter le pays. Enfin, la récente prise de conscience par Israël de cette dépendance industrielle va aussi freiner les collaborations en innovations techniques entamées en 2018 par Alibaba, Baidu, Fosun, Haier, Huawei, Lenovo, et Xiaomi, etc.  Toutes ces délocalisations et retraits vont, bien sûr, inquiéter les consommateurs chinois qui vont être tentés d’épargner beaucoup plus.

La question reste donc, compte tenu de tous ces éléments, de savoir si les ambassadeurs chinois ont raison d’être de moins en moins diplomates. Si on regarde les progrès, dont la hausse du niveau de vie, la forte baisse de la pauvreté et la modernisation de ce pays depuis 30 ans, on serait tenté de dire que la Chine peut aujourd’hui cesser d’être suiveuse et peut donc s’affirmer comme un leader mondial. On pourrait aussi dire oui si on la comparait à l’Inde toujours sous-équipée en infrastructures et qui est loin d’avoir gagné son pari contre l’extrême pauvreté. On pourrait encore dire oui si l’on comparait cette assez facile acceptation de discipline productiviste par le peuple, alors que dans nos pays occidentaux on a de la peine a passer un semestre sans émeutes violentes.

En résumé, attendons donc 2049 pour constater qui sort vainqueur de ce bras de fer entre cette démocrature capitaliste adepte du temps long et, nos démocraties adeptes du temps court, mal armées pour affronter les crises et qui doivent trop souvent sauver les situations à la dernière minute.