Ce qui est peu cité, c’est qu’en 2019 déjà avant l’épidémie de coronavirus, la Chine avait enregistré son plus bas taux de croissance depuis 30 ans. D’autre part, elle enregistrait alors 10,5 naissances seulement pour 1000 habitants, un taux jamais vu depuis la création du régime communiste il y a 70 ans.

La démographie c’est le destin


Demain, à cause de ce très faible taux de naissance, ce pays, qui a aujourd’hui un avantage économique considérable avec 70 % de sa population d’âge actif (15-59 ans), rejoindra le Japon où seulement 54% de la population est d’âge actif.

Après demain, la population déclinera, malgré la règle de l’enfant unique modifiée en 2016. Cela s’explique par le coût élevé d’un enfant. L’accès à l’éducation, aux soins et aux activités périscolaires est devenu inabordable pour une classe moyenne qui a avant tout envie de profiter de la vie.

Coronavirus, le Black Swan que personne n’a vu venir

La première question à se poser aujourd’hui est donc : le coronavirus est-il le Black Swan que personne n’a vu venir.  La 2e question est tout aussi inquiétante : la Chine du XXIe siècle sera-t-elle vieillissante et cancéreuse avant d’avoir réussi à dépasser les États-Unis, ce qui était planifié pour 2049.

Une dette galopante dans un pays qui n’arrive toujours pas à se réformer

Comment expliquer cet essoufflement de l’économie ? Face à une surchauffe et confrontée à une dette de plus en plus ingérable, Beijing s’est attaquée à assainissement de son secteur financier. Pour cela, le gouvernement a renforcé la réglementation bancaire, et ces restrictions sur le crédit ont affaibli la demande des consommateurs, grands utilisateurs de plateformes de prêts.

Les autorités chinoises, ayant pris conscience que la prévention des risques financiers devait être une priorité, ont aussi réduit fortement les crédits aux PME et PMI qui n’ont pas accès aux financements offerts par les grandes banques publiques chinoises.

Enfin; autre faiblesse, les réformes structurelles ont sans cesse été reportées dans ce pays qui avait planifié de doubler son PNB entre 2010 et 2020.

L’échec économique prédictible en cette année 2020 sera-t-il le déclencheur de cette « Perte de Face » tant redoutée du parti communiste chinois ?

Trente ans après la révolte de Tiananmen, les dysfonctionnements de ce régime discipliné et autoritaire qui, au début de l’épidémie de coronavirus a tenté de cacher cette mauvaise nouvelle, sont-ils l’épreuve politique ultime, après les événements de Hong Kong ?

Quelles régions de cette Chine devenue 1ère puissance mondiale en PIB PPA seront les plus touchées ?

Depuis son entrée dans l’OMC en 1999, la Chine est devenue la première puissance exportatrice du monde. Elle représente à ce jour 11% du commerce mondial de marchandise, ce qui génère à peu près un quart du transport maritime mondial.

Il faut savoir que les provinces et villes touchées par le coronavirus, Hubei, Guangdong, Zhejiang, et Hunan, représentent 50% du PIB chinois. La province de Guangdong, chef-lieu : Canton (Guangzhou), est la plus commerçante du pays grâce à sa proximité avec les ports de Hong Kong Shenzhen et Canton d’où partent un quart des exportations du pays.  

Secteurs les plus sensibles

Les secteurs les plus sensibles qui ont été bouleversés par cette prolongation des congés de Nouvel An chinois sont les produits informatiques et électroniques, la chimie, la pharmacie, les matériels de transport, les métaux et minerais, le textile, l’habillement et le papier.

Et celui des terres rares ; la Chine en produit actuellement 80% (ses stocks sont en train de s’épuiser). Terres rares indispensables aux smartphones et aux alliages nécessaires aux batteries électriques.

 Wuhan, le détroit chinois, le cœur du secteur automobile, le thermomètre de la santé économique d’un pays

En 2020, il était déjà prévu que le marché automobile se contracterait pour la 3ème année consécutive. Cela fait suite à une chute de plus de 8% en 2019 et de près de 3% en 2018. Les constructeurs d’entrée et de milieu de gamme, déjà les plus touchés par la baisse des facilités de crédit, avaient déjà réduit leurs capacités de production et licencié du personnel. Certains d’entre eux devraient maintenant rencontrer de grosses difficultés après une chute catastrophique des ventes du 1er trimestre 2020. Les véhicules électriques devraient être aussi touchés par la crise ; Tesla a dû suspendre la production dans sa nouvelle usine de Shanghai.

Les haut de gamme et luxes allemand et japonais pourraient être, eux, épargnés.

Autre secteur important, la 5G et son leader mondial, Huawei

Il est à noter que seul Huawei a obtenu l’autorisation de continuer à faire tourner ses usines, et cela malgré les restrictions de circulation imposées par les autorités qui bloquent les accès aux ports et aux aéroports.

Un Huawei qui aurait résisté aux sanctions américaines avec un niveau de ventes en 2019 en hausse de 18% par rapport à 2018, une année déjà record, le nationalisme chinois ayant boosté les ventes.  Un Huawei qui a déjà dépassé Nokia et qui se retrouve en position numéro deux sur les contrats 5G, derrière Ericsson.

Conclusion :

La Chine de 2019 nous rappelait un peu le Japon de 1989. La spéculation avait alors atteint des proportions telles que les autorités financières arrivaient mal à maîtriser les risques d’inflation. L’augmentation à cinq reprises du taux d’escompte provoqua une gigantesque déflation d’actifs quasiment jamais parvenue à son terme depuis.  

Et si on met en parallèle la rupture de l’année 2020 en Chine au retournement de 1990 au Japon, on note que ce retournement a enclenché un cercle vicieux de contraction du crédit, faillites, et ventes d’actifs immobiliers qui ont contribué à leur tour à la baisse des prix, qui a entraîné une longue stagnation dont le Japon n’est jamais sorti !  

<<< À lire également : Compétitivité : La France Coincée Entre La Chine Et Les US >>>