Les Européens et Américains fortunés affluent dans les Caraïbes, mais pas pour les raisons météorologiques habituelles. Par ailleurs, de plus en plus de personnes voyagent plus longtemps cette année. Explications dans cet article.

Les associations, les organismes gouvernementaux et les promoteurs immobiliers affirment avoir constaté une augmentation rapide des affaires au cours des derniers mois. Même les hôtels de luxe indiquent que des clients réservent des chambres pour des séjours de longue durée.

Ils constatent que l’augmentation du nombre d’arrivées concerne en majorité les touristes américains. Mohammed Asaria, cofondateur de Range Developments, qui travaille sur un nouveau centre de villégiature Six Senses, affirme que les Américains voyagent pour « se cacher ». Il explique : « Tout d’abord, les élections présidentielles arrivent. Et puis le Covid-19 est passé par là et certaines régions des États-Unis en ont beaucoup souffert. D’autres de nos clients viennent aux Caraïbes pour travailler à distance ».

Les demandes américaines pour des villas résidentielles à Secret Bay, sur l’île caribéenne de Dominique, ont notamment bondi de 66 %. Gregor Nessief, fondateur de l’endroit, raconte : « C’est la première fois que les États-Unis traversent une période comme celle-ci, et ce n’est pas seulement à cause du Covid-19. C’est lié la crainte de ce à quoi pourrait ressembler un résultat extrême à gauche ou à droite après l’élection présidentielle ».

D’autres Américains cherchent à s’échapper grâce aux nouvelles libertés que confère le télétravail. Pour Petra Roach, responsable des marchés mondiaux pour Visit Barbados : « Le nomadisme numérique n’est pas nouveau. Mais avant, on n’y pensait pas vraiment ». Au mois de juillet, la Barbade a lancé un nouveau visa de 12 mois visant à attirer les travailleurs à distance sur l’île. Depuis son lancement, on compte environ 1 100 demandes, dont 42 % proviennent de citoyens américains, britanniques et canadiens.

 

Pénurie de chambres

Les nouveaux résidents temporaires de la Barbade logent souvent dans des Airbnb pendant que les agents immobiliers se précipitent pour leur trouver des propriétés à louer. Les hôtels proposent même des séjours de longue durée, comme le Hilton et le Marriott, qui ont introduit un nouveau forfait d’un mois.

Mais les clients les plus fortunés désirent plus qu’une simple chambre d’hôtel, et nombreux sont ceux qui souhaitent obtenir la nationalité de l’île où ils séjournent. Ce n’est pas possible à la Barbade, mais c’est en revanche le cas pour la Grenade, la Dominique et d’autres pays des Caraïbes.

La citoyenneté par l’investissement (de son nom anglais Citizenship By Investment, ou CBI) a vu le jour à Saint-Christophe-et-Niévès en 1984. Elle attire traditionnellement les investisseurs en provenance de Chine et du Moyen-Orient qui veulent un passeport offrant plus de libertés de voyage.

Mais ces derniers mois, la CBI a également connu une augmentation des demandes américaines. « Nous avons constaté une augmentation des demandes provenant des États-Unis pour les personnes qui souhaitent un passeport alternatif », déclare Les Khan, directeur général de l’unité CBI de Saint-Christophe-et-Niévès.

En général, le pays distribue des passeports aux investisseurs qui ne visitent jamais leur pays. Mais cette année, les choses ont changé : ses nouveaux citoyens veulent venir vivre une partie de l’année sur l’île, et certains veulent même y rester.

Cette situation met à rude épreuve l’offre de projets immobiliers approuvés par le gouvernement, qui remplissent les conditions requises pour obtenir la citoyenneté. Ainsi, un minimum de 200 000 $ doit être dépensé en immobilier pour accéder à la citoyenneté, mais actuellement, seuls les projets immobiliers approuvés comptent, et la plupart sont dans le domaine hôtelier.

Les Khan explique : « Nous cherchons des alternatives autres que nos hôtels. Les personnes recherchent des opportunités en dehors de l’hôtellerie et accèdent à notre citoyenneté par le biais de biens privés. C’est une piste que nous explorons ».

Il poursuit, précisant que ceci est dû en grande partie à un changement de mode de vie : « Les personnes qui viennent des États-Unis font une demande de passeport à Saint-Christophe-et-Niévès pour venir changer leur mode de vie et vivre sur l’île ».

La Grenade doit également trouver plus de place pour ces investisseurs d’un nouveau genre. Le resort Range Developments Six Senses comprendra un complexe résidentiel de marque sur l’île aux épices. Mohammed Asaria, en charge du projet, souligne : « Les gens veulent une deuxième ou troisième maison dans un endroit où ils ne seront pas affectés par tout cela si une deuxième ou troisième vague devait arriver ».

 

De plus en plus d’Américains renoncent à leur citoyenneté

Mais l’immobilier n’est pas la seule voie vers la citoyenneté caribéenne. Les îles de Saint-Christophe-et-Niévès, de la Dominique et de la Grenade acceptent également comme investissement une contribution à un fonds souverain, qui constitue une voie moins coûteuse. Des passeports des Caraïbes sont notamment vendus, car ils offrent une grande liberté de déplacement sans visa.

Par ailleurs, de plus en plus d’Américains avec une double nationalité renoncent à leur citoyenneté américaine. Au total, 5 816 Américains ont renoncé à leur citoyenneté au cours du premier semestre de cette année, soit un bond de 1 210 % par rapport aux six mois précédents, et plus du double du total en 2019, selon Bambridge Accountants.

Alistair Bambridge, associé chez Bambridge Accountants New York, déclare : « L’énorme augmentation du nombre d’expatriés américains renonçant à leur nationalité est liée à la pandémie actuelle, qui a donné aux individus le temps de revoir leurs liens avec les États-Unis et de décider que le climat politique actuel et les déclarations fiscales annuelles sont tout simplement trop lourds à supporter ».

Les déclarations fiscales jouent un rôle important à cet égard : nos voisins outre-Atlantique sont les seuls à exiger de leurs citoyens qu’ils paient des impôts, quel que soit leur lieu de résidence. La plupart de ceux qui renoncent à leur nationalité ont souvent déménagé à l’étranger depuis déjà plusieurs années avant de prendre cette décision. Cependant, certains, désormais munis d’un passeport des Caraïbes et étant en capacité de travailler où ils veulent, décident aussi de sauter le pas avant même de s’être installés dans ces paysages paradisiaques.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Ollie Williams

 

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