C’était le grand rendez-vous économique de la rentrée. Du 24 au 26 août, les entrepreneurs de France se retrouvaient à l’Hippodrome de Longchamps pour la troisième édition des Universités d’été du MEDEF. Les menaces sur les libertés publiques, avec la crise sanitaire, et économiques, avec les tensions géopolitiques mondiales, étaient au cœur des deux journées de débats.


C’est sur le fond des paroles de la chanson de Georges Moustaki, « Ma liberté », que Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, choisit de placer sa rentrée 2021 sous le signe de la liberté. Intitulé « A l’air libre », la Rencontre des entrepreneurs de France 2021 multipliait pendant deux jours les débats pour défendre des libertés menacées. Car, pour le patron des patrons, « la liberté n’appartient à aucun camp ». Pass sanitaire ou vaccination obligatoire, liberté d’aller et venir, de commercer ou d’entreprendre, mais aussi liberté politique et nouvelles contraintes liées à l’écologie, toutes les formes de liberté seront interrogées dans un contexte troublé par la crise en Afghanistan. Geoffroy Roux de Bézieux l’avoue : « Si j’ai choisi le thème de la liberté pour la REF, c’est d’abord parce que cette idée a été largement pervertie depuis quelques mois par tous ceux qui s’en réclament, mais sans en assumer les exigences ». Une référence aux tensions sur le pass sanitaire qui fracturent le pays depuis la mi-juillet. Sur ce sujet, le patron du Medef veut remettre les pendules à l’heure : « La dictature c’est quand on n’a plus le droit de manifester. La dictature, c’est quand les femmes n’ont plus le droit de travailler ou de se promener seules dans la rue comme par exemple aujourd’hui à Kaboul », explique-t-il. Un message fort envoyé par le premier speaker de la REF, suivi d’un discours positif et porteur d’espoir du ministre de l’Économie. « Maintenant que nous avons des perspectives de croissance à 6 %. Le quoi qu’il en coûte c’est fini ! » C’est le grand message qu’est venu porter Bruno Le Maire au rendez-vous estival du Medef. Il assure que l’État continuera à aider ceux qui ont perdu des revenus en raison du pass sanitaire, « mais pour le reste, que l’économie soit libre, qu’elle crée des emplois et de la richesse sans le soutien de l’État ». « Nous ne sommes pas des entrepreneurs pour vivre des aides de l’État », a d’ailleurs confirmé Geoffroy Roux de Bézieux.

 

« À l’air libre »

Nombreux étaient les ministres présents pour défendre ce thème de liberté, si important en ces temps incertains. Bruno Le Maire, Eric Dupont-Moretti, Elisabeth Borne ou encore Barbara Pompili ont rencontré grands patrons, présidents d’institutions et activistes pour apporter des réponses aux problématiques contemporaines et actuelles, à l’instar de la transition écologique, de la sortie de crise tant attendue ou encore l’éthique du business. Deux jours intenses de partage d’idéologies dans la convivialité habituelle du rendez-vous économique incontournable de l’été, à l’ombre des tribunes du somptueux Hippodrome de Longchamp. À « l’air libre », des entrepreneurs venus des quatre coins de France venaient se rencontrer pour apporter, plus que jamais, leur pierre à l’édifice dans la relance des entreprises. Le soleil était au rendez-vous pour sublimer l’événement annuel, tenu en deux parties : une journée de REF francophone, avec des délégations venues de quatre continents, des chefs d’État, des chefs de gouvernement et des personnalités de premier plan pour sceller une communauté business francophone unique au monde. Puis deux jours de débats autour du thème de la liberté, sous des angles aussi divers que variés.

 

La transition écologique toujours au cœur des débats

Après l’introduction de Geoffroy Roux de Bézieux et celle de Bruno Le Maire, place à la première table ronde de cette troisième édition de la Rencontre des Entrepreneurs de France. Patrick Pouyanné, CEO de TotalÉnergies, Eva Sadoun, coprésidente du Mouvement Impact France et Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, débattaient sur l’éthique du business et ces entreprises responsables qui se doivent de concilier balance commerciale et droits de l’Homme. C’est un débat on ne peut plus sérieux qui suit le prolongement de cette journée, au cours duquel Elisabeth Borne, ministre du travail, Anne-Claude Crémieux, infectiologue ou encore Laurent Mignon, président du groupe BPCE, exprimaient leur vision sur le grand enfermement engendré par la crise de Covid-19 et ses conséquences générationnelles et libertaires. « C’est la première fois que l’on suit une épidémie à la trace, ce qui nous trouble beaucoup. Nous devons donc être très humbles vis à vis de cela. Mais nos dirigeants ont appris à gouverner dans l’incertitude », décryptait Anne-Claude Crémieux. « Nous devons être admiratifs de la façon dont les Français se sont adaptés à cette crise ». Le dernier débat de cette première journée ciblait la transition écologique et ses « contraintes » en suivant un fil rouge : le changement climatique serait-il devenu l’ennemi de la liberté ? Travel ban, viande bashing, fin de la voiture, assigné à manger local… Est-on condamné à restreindre nos libertés pour préserver la planète ? Pour Barbara Pompili, ministre de la Transition Écologique, la question ne pose pas. « La transition écologique ne doit pas se traduire par une opposition entre écologie et économie. La question que l’on doit se poser, c’est quelles sont les libertés que l’on va perdre si on ne fait rien ». Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, n’a aucun doute sur la légitimité et la nécessité d’une économie plus responsable : « Pour moi, l’écologie est un moteur et non un frein. La transition énergétique doit faire face à trois défis : décarboner l’énergie, s’assurer d’un approvisionnement à cette énergie et en maîtriser les coûts, et enfin s’assurer de l’acceptabilité de cette transition. »

 

Lutter pour les libertés fondamentales, plus que jamais

Si la deuxième journée de débat débordait de sujets brûlants d’actualité, à travers l’apogée de la « woke culture » et son possible cheminement vers une restriction des libertés d’expression, la laïcité et les dérives de la religion, ou encore les potentiels dangers de l’influence des réseaux sociaux, le cœur de tous ceux présents dans les tribunes de l’Hippodrome battait pour le discours poignant de Chékéba Hachemi, présidente de l’association Afghanistan Libre. Car après seulement quelques jours de la reprise du pays par les Talibans, c’est un véritable cataclysme qui s’abat sur les droits et les libertés des femmes. Contre l’oppression, l’obscurantisme, pour l’égalité des droits, le combat des femmes est encore une longue marche. « Pendant 20 ans, nous avons eu toute une fenêtre d’espoir… Aujourd’hui que vont devenir toutes ces femmes et ces filles que nous avions réussi à éduquer ? Nous savons aujourd’hui que nous livrons l’Afghanistan aux mains des terroristes les plus radicaux et demain, cela concernera le monde entier. Où est la véritable implication des nations occidentales pour l’Afghanistan ? », s’insurge l’activiste franco-afghane, au lendemain du rappel des troupes américaines par le président américain Joe Biden.

 

De belles perspectives pour la France

Pour clôturer la Rencontre des Entrepreneurs de France, de nombreux médaillés olympiques étaient présents sur scène, célébrant un retour triomphant des Jeux de Tokyo à la veille du début des Jeux Paralympiques. Un magnifique bilan dressé par nos bleus victorieux portés par Matthieu Androdias et Hugo Boucheron, médaillés d’or en aviron ou encore Valériane Vukosavljevic, médaillée de bronze au basket. Au programme de ce débat : la passation de l’organisation, de Tokyo à Paris. La France se prépare à devenir le plus grand terrain de sport du monde, entre la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et les Jeux Olympiques en 2024. Responsables sportifs, athlètes et jeunes espoirs du sport tricolore racontaient leurs expériences et leurs espoirs à l’aube des plus grands événements mondiaux que s’apprêtent à accueillir la capitale.

 

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