Régions qui rient, Paris qui pleure ! En matière de tourisme, la crise sanitaire a rebattu les cartes cette année. Les chiffres de la saison touristique ne sont pas encore définitifs mais des tendances fortes se dessinent déjà. Voici les régions gagnantes et les perdantes.

Ce n’est pas une surprise. Les grandes gagnantes de l’été sont les zones littorales du grand Ouest, la Bretagne, la Normandie et la Nouvelle Aquitaine ainsi que les grands espaces dans des départements plus « verts », comme les Vosges, la Lozère ou le Jura.
Parmi les 10 destinations les plus demandées cet été sur la plateforme Airbnb, 7 sont des départements ruraux ou montagneux : réservations en hausse par rapport à l’été 2019 de + 110 % pour les Vosges, + 90 % pour la Dordogne, + 80 % pour le Jura, la Savoie, les Hautes-Pyrénées et l’Ardèche.

Autant de régions qui proposent des activités de plein air très en vogue cet été, comme le vélo. Le Comité régional du tourisme du Val de Loire a ainsi enregistré une hausse de 27 % de passages pour la Loire à vélo en juillet.

Mais le carton de l’été reste pour la montagne. Dans les Hautes-Alpes, les pros du tourisme parlent déjà d’un été “exceptionnel” avec une progression de 11 % de l’activité touristique par rapport à 2019. 11,59 millions de nuitées ont été enregistrées (+8 % chez les hébergeurs professionnels et +15 % côté résidences secondaires) et le chiffre d’affaires grimpe à 366 millions d’euros. Les taux d’occupation ont été plus importants en août (64,5 % en moyenne entre le 1er et le 22 août) et des pics de fréquentation inédits ont été relevés avec plus de 300 000 visiteurs journaliers, un palier jusqu’alors jamais atteint.
Le taux d’occupation prévisionnel des stations de montagne s’établit à +3,8 points en août 2020 par rapport à la même période de l’année dernière selon les chiffres communiqués par l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM), qui parle d’un taux d’occupation prévisionnel qui atteint près de 70 % pour la semaine du 8 au 15 août. Ce taux grimperait même « jusqu’à +5,6 points pour la dernière semaine d’août ».

Côté hébergements, les Français ont utilisé massivement les résidences secondaires mais également les locations d’appartements et de maisons et effectué des réservations de dernière minute pour les campings. En juillet, les Gîtes de France ont ainsi relevé un taux moyen d’occupation de 71,5 %, contre 66 % en 2019. Et de 77 % en août, versus 75 % un an plus tôt.

À l’inverse, l’hôtellerie est à la peine avec une sous-occupation de l’hôtellerie. Selon MKG Consulting, le taux d’occupation moyen est à 53 % sur juillet, en baisse de 30 % par rapport à 2019. Les deux régions qui s’en sortent le mieux sont la Bretagne et la région PACA avec des taux d’occupation respectifs de 64,2 % et 64,3 %.

À Paris, en revanche, la situation est toute autre. Les dégâts sur l’activité touristique en Ile-de-France au cours du 1er semestre 2020 sont considérables : 14,3 millions de touristes de moins par rapport au 1er semestre 2019 (9,4 millions contre 23,7 millions) et un manque à gagner de 6,4 milliards d’euros (3,8 milliards d’euros de consommation contre 10,2). L’année 2020 sera une année de triste record de baisse de la fréquentation.
Après un début d’année prometteur malgré le début de la crise sanitaire et la poursuite des mouvements sociaux en France, l’activité touristique s’est arrêtée à partir de la mi-mars.
La baisse est plus marquée au niveau de la clientèle internationale avec une chute au 1er semestre de 68 % de séjours contre un recul de 54 % pour la clientèle française. En termes de volumes, cela représente un repli quasi identique de 7 millions de touristes.
Le manque à gagner engendré par l’absence des touristes internationaux est chiffré à 4,6 milliards d’euros, contre -1,8 milliards d’euros pour les touristes français.

Sur l’ensemble du 1er semestre 2020, les nuitées hôtelières reculent de 61 % par rapport au 1er semestre 2019 alors que pour les locations et meublés saisonnières, la baisse est plus modérée (-47 %).

La fréquentation des musées et monuments a été à son tour fortement diminuée au cours du 1er semestre, avec des baisses comprises entre 60 % et 80 %. Le musée du Louvre, par exemple, annonce une baisse de 64 % de sa fréquentation et le domaine de Versailles de 77 % par rapport à la même période de l’année 2019.
Une reprise progressive a été constatée à partir du 11 mai, date de fin du confinement en France, surtout pour la clientèle française et à partir de la mi-juin pour la clientèle internationale de proximité notamment en juillet et sur les premières semaines du mois d’août. Les clientèles les plus présentes sont les Allemands, les Britanniques, les Néerlandais, les Belges et les Espagnols.
Le rebond de la fréquentation de ces clientèles entre juin et juillet est notable allant de + 76% pour la clientèle espagnole à près de + 130% pour les Néerlandais (source Orange, connexion en roaming de téléphones mobiles étrangers).
Malgré tout, les niveaux de fréquentation touristique de la période estivale restent encore largement en dessous de ceux des périodes « normales », de l’ordre de 50 à 60 %. Les professionnels estiment les pertes de leur chiffre d’affaires à plus de 60 % au cours des mois de juillet et d’août.
Pour Eric Jeunemaître, Président du Comité Régional du Tourisme Paris Ile-de-France : « La 1ère destination touristique mondiale vient de subir une crise inédite avec des conséquences dramatiques pour les acteurs du tourisme francilien. Le CRT, aux côtés de tous les professionnels du tourisme, se mobilise pour que la destination retrouve ses visiteurs le plus rapidement possible ».