OPINION | Frappé de plein fouet depuis mars 2020 par la pandémie de covid-19 et les restrictions de voyage qui s’en sont suivis, le secteur aéronautique traverse la plus grave turbulence de son histoire. Une situation qui rappelle l’après 11 septembre où le trafic aérien avait été remis en cause avant de finalement repartir de plus belle. 

En dépit des critiques environnementales ravivées par ses détracteurs, la mobilité aérienne poursuit sa transition avec plusieurs levées de fonds d’importance, à hauteur de plus de 100 millions de dollars, réalisées par des start-up dans le domaine civil depuis le début de la pandémie. Pour n’en citer que quelques-unes : Joby (avion électrique – 580 M$ en janvier 2020), Lilium (mobilité aérienne urbaine – 240 M$ en mars 2020) et Eviation (avion électrique – $200M en juin 2020). A l’échelle mondiale observée par Starburst, l’intérêt pour les innovations technologiques de rupture développées par les start-ups dans le domaine aérien ne faiblit pas et présage d’une nouvelle révolution industrielle, accélérée par l’urgence environnementale et sanitaire.

Mais l’heure n’est pas à la fête pour les compagnies aériennes et les aéroports qui souffrent durement des restrictions qui découlent de la pandémie de Covid-19. La dernière crise d’une telle ampleur s’était produite juste après les attentats du 11 septembre 2001. On pensait alors que les visioconférences remplaceraient les voyages, mais les technologies n’étaient pas encore prêtes. Aujourd’hui, elles le sont et cela change tout. Nous réalisons que nous n’avons plus besoin de voyager tout le temps et nous savons désormais qu’il est possible de réduire nos déplacements professionnels. Il est toutefois peu probable que le besoin de voyager et de découvrir le monde disparaisse lorsque la crise se sera éloignée.

En effet les investissements dans l’innovation technologique en matière de mobilité aérienne n’ont pas faibli en 2020. Les acteurs historiques ne sont d’ailleurs plus les seuls à investir désormais puisque des constructeurs automobiles tels que Honda, Hyundai ou encore Porsche qui s’est associée avec Boeing depuis 2019, travaillent sur des concepts de plateformes de mobilité aérienne urbaine. Il y a en effet beaucoup plus d’espace disponible dans les airs et de nombreuses façons d’éliminer les embouteillages au sol, en redonnant par exemple la route aux piétons dans les villes.

La mobilité aérienne urbaine arrive enfin

Les déplacements dans l’espace aérien devraient s’accroître en premier lieu à l’échelle urbaine grâce aux progrès technologiques réalisés sur le stockage de l’énergie. Dans les grandes villes, nous aurons la possibilité de prendre de nouveaux types de voitures volantes de l’aéroport au centre-ville ou entre deux grands pôles d’une ville. C’est déjà le cas à Manille avec les services fournis par Ascent et bientôt à Singapour. Les avancées accomplies par une start-up comme EVA pour mettre en place les infrastructures nécessaires pour accueillir et permettre la recharge des batteries des drones avec une énergie verte (hydrogènes ou électrique) en milieu urbain sont particulièrement enthousiasmantes. Il y a aussi Skyways, qui développe des drones de livraison pour le moment, mais qui devrait étendre son champ d’action une fois que des batteries plus performantes seront prêtes. 

Actuellement les meilleurs véhicules volants peuvent voler trente minutes, tandis que les meilleurs à décollage vertical peuvent voler pendant quinze minutes. La clé de la mobilité aérienne urbaine et du transport électrique réside dans les moyens utilisés pour stocker l’énergie et, à l’heure actuelle, c’est par le biais de batteries. Elles sont cependant encore trop lourdes et prennent trop de place à l’intérieur des véhicules. Ce qui va vraiment changer l’autonomie de ces véhicules, c’est l’hydrogène et les piles à combustible. L’hydrogène a une densité énergétique bien meilleure qu’une batterie Li-Ion à masse égale. L’avenir sera aux réservoirs d’hydrogène combinés aux piles à combustible.

Des nouvelles offres et des carburant plus verts pour l’aviation régionale

Les transports régionaux devraient connaître des évolutions majeures pour devenir plus privés et plus flexibles pour un coût moindre. C’est déjà le cas en Californie où de nouvelles compagnies aériennes comme Surfair utilisent des aéroports régionaux sous-exploités. Une augmentation des offres d’abonnement mensuel pour des vols illimités se précise également. Autrefois réservé aux compagnies aériennes haut de gamme, nous assistons aujourd’hui à sa démocratisation en Chine sur les grandes compagnies aériennes.

Sur le plan technologique, l’émergence de plates-formes d’avions plus électriques comme Ampaire qui développe le premier avion régional hybride-électrique, actuellement déployé à Hawaï, présage d’importants changements pour le transport aérien régional. A suivre de tout aussi près, la start-up Zero-Avia est le premier constructeur d’avions qui a fait voler un avion à hydrogène. En Corée du Sud, Mobius Energy travaille sur des technologies de batteries plus efficaces qui devraient considérablement faire progresser le marché de l’aviation.

Le supersonique prépare son grand retour et les vols surborbitaux sont déjà à l’étude

A l’échelle internationale, les voyages supersoniques pour une clientèle d’affaire à un prix abordable devraient arriver très bientôt. La start-up américaine Boom est la plus avancée dans cette voie, mais n’est pas la seule à vouloir faire renaitre l’idéal du Concorde. D’autres acteurs veulent même développer des avions qui iront à Mach 5, soit des performances deux fois plus rapides que le Concorde. Virgin Galactic parle également de relier Londres à Tokyo en 90 minutes grâce à des vols suborbitaux. 

Ces projets de rupture posent évidemment la question de leur impact environnemental. L’enjeu actuel est de réduire la durée des voyages à un coût raisonnable, tout en trouvant un moyen de voler en utilisant des énergies plus vertes. Malgré toutes ces innovations, mettre à l’œuvre une aviation décarbonée est un défi considérable pour l’industrie qui signifie très concrètement remplacer des pistons ou des turbines par des moteurs électriques ou des batteries. Actuellement, 80% de l’électricité est produite à partir de combustibles fossiles. Également, 95% de l’hydrogène produit n’est pas de l’hydrogène vert et le processus de production génère énormément de CO2. Alors que l’hydrogène est un domaine d’intérêt clé qui arrivera à maturité dans les années à venir, la méthode de production de l’énergie doit être une préoccupation environnementale majeure pour que le secteur aéronautique soit en mesure de parachever sa révolution verte.

Tribune rédigée par François Chopard, Fondateur et directeur général de Starburst Aerospace

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