Alors que les nouvelles mesures de déconfinement viennent d’être annoncées et que le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur la potentielle présence durable du virus Covid-19, une équipe de recherche et une start-up se sont penchés sur l’identification des compétences visant à faciliter la transformation culturelle en cours dans les entreprises. Par Andrés Dávila, Professeur de Management à l’ESCE, Psychologue.

Les Organisations Et La Transformation Culturelle


Le constat est sans appel, la pandémie interroge nos pratiques et modifiera nos schémas comportementaux. Pour tenter leur survie, certaines entreprises répondront par l’immobilisme, le gel des dépenses et de l’activité ; d’autres chercheront à assurer leur avenir en faisant preuve d’optimisme, de résilience et en prenant des risques.

La situation inédite que nous vivons apportera des remaniements profonds dans la culture des organisations. Pour assurer leur transformation, elles devront s’appuyer sur les efforts de chacun, notamment pour l’adoption de nouvelles habitudes (port de masques, limitation des interactions, renforcement du télétravail…).

Depuis début avril, une équipe internationale et la start-up Praditus ont mis à disposition du grand public une enquête grâce à une application mobile de connaissance de Soi. L’étude a permis de tirer quelques enseignements sur nos réactions et de proposer des comportements clefs pour réussir notre adaptation aux nouvelles conditions de travail.

Les 11000 répondants (69% de femmes) sont répartis sur une centaine de nationalités et quatre catégories socio-professionnelles : étudiants (39,3%), salariés (38,5%), sans-emplois (14,2%) et indépendants (8,0%).

Les premières observations des chercheurs nous renseignent sur l’inégalité de nos réponses face au Covid 19 et sur la nécessité d’agir sur les croyances que nous avons quant à l’efficacité des « bons comportements » plus que sur la peur. Enfin, les résultats permettent d’identifier des ressources psychologiques pour rebondir, qu’il convient de corréler avec la notion de transformation culturelle.

Nos Réactions Sont Inégales Face Au Covid 19

La première partie de l’étude publiée par Forbes le 17 avril montrait que, face à la menace, nous ne réagissons pas tous de la même manière d’un point de vue psychologique et comportemental. Le premier article sur l’étude décrit comment notre personnalité agit sur notre capacité à être autonome, à réagir face au stress généré par l’épidémie et à adopter des comportements attendus (adopter les gestes barrières, inciter les autres à adopter des comportements responsables, respecter les règles). L’autonomisation ou l’empowerment psychologique était présenté comme l’élément fondamental pour la mise en place de comportements protecteurs pour soi et pour les autres. C’est sur ce dernier élément que les dispositifs d’accompagnement pour la population doivent s’appuyer.

Se Concentrer Sur Les Croyances Vis-A-Vis Du Covid-19

Pour aller plus loin, dans un deuxième article publié le 12 Mai, les chercheurs ont exploré les facteurs clefs pour renforcer les comportements responsables.

Ainsi, les croyances de la population ont été étudiées au regard de plusieurs thèmes : la menace perçue face au Covid-19 et l’efficacité perçue des actions pour faire face au risque de contamination. Les comportements de protection à l’égard de la pandémie furent analysés : (1) respecter les obligations émises par les pouvoirs publics (2) prendre des précautions sanitaires (porter un masque, appliquer la distanciation sociale, se laver les mains et rester confiné-e), (3) inciter les gens à suivre les règles.

Les chercheurs concluent que le sentiment de vulnérabilité est un moyen peu efficace pour adopter les bons comportements. Pour avoir un impact, il convient de mieux informer, de créer de la confiance et d’aider à prendre les bonnes décisions en autonomie, en portant une attention accrue à sa propre santé.

Rapprocher L’adoption Des Nouveaux Comportements A La Notion De Transformation Culturelle

 

E. Schein décrit la culture d’entreprise comme “un ensemble de prémisses et de croyances partagées que le groupe a appris au fur et à mesure qu’il a résolu ses problèmes d’adaptation externe et d’intégration interne, qui a fonctionné suffisamment bien pour qu’il soit considéré valide, et par conséquent est enseigné aux nouveaux membres comme la manière appropriée de percevoir, de penser et de ressentir par rapport à ces problèmes”.

 

Pour que les nouveaux comportements suite à la crise Covid-19 soient appris et appliqués, il faudrait passer par une transformation des croyances et donc culturelle dans les organisations. Il est reconnu largement dans le domaine scientifique étudiant les transformations organisationnelles que, pour ce faire, celles-ci doivent être accompagnées et que cela requiert du temps et des efforts.

 

Ainsi, pour répondre à ce besoin urgent de transformation, un modèle sur 4 piliers a été proposé par les chercheurs à l’issue de leur étude et est testé par plusieurs entreprises, il intègre :

  • Un travail sur sa propre efficacité personnelle qui comprend : le fait d’assumer ses responsabilités, une bonne connaissance de soi et de ses réactions, la capacité à gérer la complexité, le stress, ses émotions et se sentir autonome et en confiance.
  • Des compétences de gestion de crise : communiquer efficacement, être disposé(e) à apprendre, faire preuve d’humilité et de courage, gérer l’ambiguïté.
  • Etre capable de se montrer solidaire et préserver le lien social : agir avec intégrité, faire preuve d’écoute et d’empathie, favoriser la durabilité et prendre soin des autres et de Soi.
  • Conserver une posture optimiste sur l’avenir : agir en entrepreneur, savoir rebondir (résilience), être proactif, faire preuve d’optimisme, provoquer l’innovation et rester curieux.

Andrés Dávila, Mathieu Molines, professeurs – chercheurs à l’ESCE et Maxime Regis doctorant, ont lancé cette étude dans le cadre de la nouvelle Chaire d’enseignement et de recherche sur les Transitions et Compétences Humaines – T.e.C.H