Un récent article de Forbes met en avant les différences de stratégies politiques face à la pandémie du coronavirus entre les pays dirigés par des hommes et ceux dirigés par des femmes. Comme signes distinctifs du leadership au féminin, l’article souligne notamment la transparence de la communication, la rapidité de la mise en place de mesures initiales destinées à limiter la propagation du virus en amont du confinement, l’originalité de certaines actions menées sur les réseaux sociaux ou auprès des enfants, ou encore l’approche empathique plutôt qu’autoritaire. Par Stéphanie Buisine, chercheuse au Cesi.

Au-delà de tout jugement sur l’efficacité de ces stratégies, cet article nous interroge sur les différences de leadership entre hommes et femmes. S’agit-il ici de surinterprétations de circonstances destinées à faire passer un message politique, ou sont-elles avérées ? Que dit la recherche à ce propos ?


Deux styles de leadership actif sont particulièrement étudiés : le style transformationnel, qui repose sur une vision à long terme et stimule des motivations intrinsèques (motivations dépendant de soi, du sens que l’on donne à l’action) et le style transactionnel, qui s’intéresse à des objectifs à plus court terme et délivre des motivateurs extrinsèques (récompenses ou sanctions, qui dépendent d’autrui). Le leader transformationnel tient son pouvoir de sa force de conviction, alors que le pouvoir du leader transactionnel vient de ce qu’il détient, les récompenses et les sanctions.

Une méta-analyse publiée en 2003* et faisant la synthèse de 17 ans de recherches sur ce sujet montre effectivement des différences significatives dans le style de leadership des hommes et des femmes. Il en ressort que les femmes développent davantage un style de leadership transformationnel que les hommes. Plus précisément, le style transformationnel se construit autour de quatre caractéristiques : idéalisme, inspiration, stimulation intellectuelle et considération. Le leader transformationnel incarne l’idéalisme, parce qu’il suscite l’admiration et la fierté. Il le transmet également à travers des valeurs et une vision, qui positionnent le collectif par rapport à la société, par rapport au monde. Il apporte aussi inspiration et motivation par une approche optimiste et enthousiaste du futur, à moyen ou long terme, ce qui aide à dépasser les difficultés et les aléas du présent. Le leader transformationnel est aussi capable de remettre en question les manières de faire et apporte des perspectives nouvelles sur la résolution de problèmes. Il se caractérise enfin par son écoute et son souci de faire progresser autrui.

Les travaux de recherche suggèrent donc que les femmes leaders adopteraient davantage un style transformationnel, et les hommes un style transactionnel. Le leadership transformationnel étant reconnu comme plus performant en termes de résultats sociaux et économiques, les femmes, en tant que dirigeantes, devraient donc obtenir de meilleures performances avec leurs équipes. Est-ce le cas ? Cette hypothèse n’a pas été testée dans le domaine politique mais elle a été vérifiée dans le monde de l’entreprise. Une méta-analyse rassemblant les données de plus de 117 000 organisations a été publiée en 2018** et confirme qu’un leadership féminin, en particulier à la tête de l’entreprise, aboutit à de meilleures performances financières. Cette étude nous apprend aussi que l’impact positif du leadership féminin sur la performance s’exprime mieux dans les pays de culture égalitaire vis-à-vis des genres.

Ce dernier résultat introduit la question de l’impact de la culture sur la féminisation du leadership. Les femmes dirigeantes citées dans l’article de Forbes représentent à la fois des pays dans lesquelles les inégalités de genres sont plutôt faibles (ex : Danemark, Finlande, Allemagne) et des pays dans lesquels ces inégalités sont plus marquées (ex : Taïwan, Nouvelle Zélande). A noter que sur cet aspect culturel, la France occupe une position intermédiaire, avec un égalitarisme de genre modérément ancré dans les valeurs culturelles mais néanmoins observé dans la pratique sociale.

En conclusion, les exemples de leadership féminin au sommet de l’État mis en avant dans l’article de Forbes sont représentatifs d’une tendance validée par des travaux de recherche récents : les femmes montrent des styles de leadership différents des hommes, et ces différences sont porteuses de bénéfices potentiels pour les organisations. La féminisation du management, phénomène d’actualité qui devrait se poursuivre dans l’avenir, doit donc être encouragée et accompagnée.

CESI, par ses activités de formation et de recherche, s’inscrit dans cette préoccupation de comprendre et d’accompagner les évolutions des entreprises, dans leur management, leur performance, leur progrès social et environnemental.

Pour aller plus loin :

Stéphanie Buisine (2017). Qu’est-ce qu’un leader transformationnel ? Capsule vidéo CESI École d’Ingénieurs. http://stephanie.buisine.free.fr/publis/Leader_transformationnel.mov

 

* Eagly, A. H., Johannesen-Schmidt, M. C., & Van Engen, M. L. (2003). Transformational, transactional, and laissez-faire leadership styles: A meta-analysis comparing women and men. Psychological Bulletin, 129(4), 569.

** Hoobler, J. M., Masterson, C. R., Nkomo, S. M., & Michel, E. J. (2018). The business case for women leaders: Meta-analysis, research critique, and path forward. Journal of Management, 44(6), 2473-2499.