De la responsabilisation en Suède aux confinements extrêmes comme en Chine, les réponses adoptées varient fortement d’un pays à l’autre. Quelle est la meilleure méthode ? Par Andrés Dávila, Mathieu Molines et Maxime Regis.

Dans le contexte où les nouvelles mesures pour protéger les Français durant le déconfinement viennent d’être annoncées, une équipe de chercheurs a lancé début avril une étude à grande échelle pour chercher à comprendre les clés pour renforcer les comportements responsables.


Une étude internationale sur l’adoption des bons comportements

Plusieurs pays, dont la France, ont mis en œuvre des mesures drastiques comme le confinement à domicile, la distanciation sociale, le télétravail ou encore la fermeture des commerces. Au-delà de ces mesures, les individus sont fortement encouragés à adopter des comportements spécifiques pour limiter les risques de contamination.
Dans ce contexte, une équipe internationale et la start-up Praditus ont mis à disposition du grand public une enquête grâce à une application mobile de connaissance de soi. Le but est de comprendre les mécanismes qui facilitent les comportements de protection face au COVID-19 pour mieux accompagner la population pendant et après la crise.

Les 8200 répondants (69% de femmes) sont répartis sur une centaine de nationalités et quatre catégories socio-professionnelles : étudiants (39,3%), salariés (38,5%), sans-emplois (14,2%) et indépendants (8,0%).

Se concentrer sur les croyances vis-à-vis du Covid-19

Le succès des campagnes de santé publique (par exemple dans la prévention liée au dépistage du VIH) s’explique en partie par la capacité des pouvoirs publics à influencer les croyances des individus quant à l’efficacité des « bons comportements ». Ainsi, les croyances de la population ont été étudiées au regard de plusieurs thèmes : la menace perçue face au Covid-19 et l’efficacité perçue des actions pour faire face au risque de contamination. Les comportements de protection à l’égard de la pandémie sont analysés : (1) respecter les obligations émises par les pouvoirs publics (2) prendre des précautions sanitaires (porter un masque, appliquer la distanciation sociale, se laver les mains et rester confiné-e), (3) inciter les gens à suivre les règles.

Le Covid-19, une menace perçue comme grave

La menace perçue réside dans la croyance des individus en leur potentielle contamination par le Covid-19 (ex de question : indiquez votre niveau d’acquiescement sur la phrase « Les personnes comme moi n’attrapent pas le Covid-19 »). Elle est évaluée sous l’axe de la gravité perçue et la sévérité physique estimée en terme de conséquences sur sa propre santé. La vulnérabilité fait référence au risque de développer un problème majeur de santé. Selon l’étude, la menace est réelle pour environ 70% des personnes dans toutes les catégories socio-professionnelles avec une intensité plus marquée pour les sans-emploi, les indépendants et les femmes.

Alors que la mortalité constatée serait, à date, supérieure chez les hommes, l’étude fait ressortir un sentiment de vulnérabilité inférieur des hommes par rapport aux femmes. Les salariés se sentent plus vulnérables que toutes les autres catégories étudiées.

Pour autant, malgré ces différences, l’étude montre que la menace perçue n’influence pas le fait de suivre les règles. Elle agit faiblement sur le suivi des recommandations données par les pouvoirs publics. Concrètement, une stratégie centrée sur la peur et qui s’appuierait sur la vulnérabilité et la gravité perçue ne permet donc pas de renforcer efficacement les comportements de protection au niveau de toutes les catégories de la population.

L’efficacité des mesures de prévention

Les personnes croient plus ou moins à l’efficacité des comportements de prévention comme se laver les mains, porter un masque ou être confiné. Cette étude montre que si elles estiment qu’un comportement permet de réduire la gravité d’un problème de santé, alors elles adoptent ce comportement. La croyance dans l’efficacité des actions que l’on met en place pour protéger sa santé est ainsi un meilleur levier d’adoption que la vulnérabilité ou la dangerosité de la maladie. De cette façon, croire en l’efficacité des gestes barrières facilite leur adoption. Les plus disciplinés sont ici les salariés. Les étudiants en revanche se montrent moins réceptifs aux mesures préventives.

Les chercheurs concluent que le sentiment de vulnérabilité est un moyen peu efficace pour adopter les bons comportements. Dire « nous sommes en guerre, en guerre sanitaire » ou encore « personne n’est invulnérable y compris les plus jeunes » (Emmanuel Macron, 16 mars 2020) ne permet pas d’améliorer de manière significative les conduites responsables. Pour avoir un impact, il convient de mieux informer, de créer de la confiance et d’aider à prendre les bonnes décisions en autonomie en portant une attention accrue à sa propre santé. Cette approche responsabilisante est pratiquée avec succès dans des pays pourtant moins restrictifs comme la Suède ou l’Allemagne.

Andrés Dávila, Mathieu Molines, professeurs – chercheurs à l’ESCE (INSEEC U.) et Maxime Regis, doctorant, ont lancé cette étude dans le cadre de la nouvelle Chaire d’enseignement et de recherche T.e.C.H (Transition et Compétences Humaines).