A l’heure où des scientifiques appellent désormais à la désobéissance civile face à l’urgence climatique, le slogan “Time for action” de la dernière COP25 n’a jamais autant résonné. Il est donc également « l’heure d’agir » pour deux domaines clés de l’économie : la finance et le numérique. Par Stéphane Distinguin, Fondateur et CEO de Fabernovel et Philippe Zaouati, Directeur Général de Mirova.

Ces domaines ont en commun d’être des leviers transverses pour les autres secteurs. Ils doivent jouer leur rôle et tenir leurs promesses dans l’identification et la mise en œuvre de solutions puis leur passage à l’échelle. Avoir le mandat de mettre en œuvre ces ambitions et de concevoir le futur, que ce soit en le finançant ou en les amplifiant par le numérique (participation, mesure d’impact, rapidité et universalité des solutions) est loin d’être anodin. C’est même vertigineux. 

Nous portons la responsabilité de contrer les réflexes court-termistes et généraliser les solutions durables. Pour paraphraser la loi de la relativité d’Einstein, la finance et le numérique « sont des outils puissants. L’usage qu’on en fait dépend de l’homme, pas de l’outil. »

Le numérique, souvent montré en exemple, ne l’est pas sur cet enjeu. Si les champions du secteur cherchent depuis longtemps à maîtriser leur empreinte environnementale, ils traversent aujourd’hui une crise de défiance de la part des utilisateurs. Accaparées par l’obligation de faire leurs preuves, les start-up n’ont quant à elles pas été en mesure de structurer une démarche RSE. Pourtant, nous devons aujourd’hui concevoir l’impact de la transformation numérique avec une approche intégrée, qui ne soit plus uniquement concentrée sur les bénéfices de l’utilisateur, à une réflexion élargie à l’humain (utilité, épanouissement), la société (qualité du lien social) et la planète (durabilité). 

Certains acteurs financiers ont déjà pris des engagements inédits (décarbonation, transparence sur leur bilan). Cela ne se reflète pourtant pas dans la transformation numérique qu’ils mettent en œuvre. Les objectifs prioritaires de la digitalisation du secteur financier sont l’adaptation aux standards de « centricité » client, se protéger de la concurrence née des solutions développées par les start-ups, répondre à l’évolution de la réglementation et diminuer les coûts. Les investissements technologiques en faveur de projets durables en représentent une part très marginale. On pourrait dès lors croire que le monde de la finance ne conçoit la technologie que comme un moyen de perpétuer un modèle qui s’essouffle, à coups de robo-advisors et de trading haute fréquence. Comme dans la chanson Le soleil a rendez-vous avec la lune, la lune n’est pas là et le soleil l’attend.

Un autre modèle est possible. C’est en opérant la rencontre du discours pro-climatique et de la transformation digitale que nous inventerons une finance nouvelle. Nous appelons les acteurs financiers à poser l’urgence climatique et sociale et adopter une approche écosystémique dans la conception de leurs solutions et services. La plupart des innovations en cours doivent intégrer ces enjeux pour éviter la sortie de route : traiter rapidement et avec pertinence des informations aujourd’hui complexes et diffuses au sein des outils de prise de décision, structurer les données pour mieux inclure les aspects environnementaux et sociaux, utiliser la centricité client pour inclure les personnes fragiles et prendre en compte les préférences sociales et environnementales des épargnants. Veiller enfin à la sobriété énergétique et numérique.

Lorsque le futur probable n’est pas souhaitable, lorsque nos choix passés nous conduisent collectivement vers la crise sociale et portent un risque pour la biodiversité, quand certains collapsologues estiment que nous pourrions devenir les prochaines victimes, être capable de s’affranchir des schémas existants pour imaginer l’avenir n’est pas seulement tentant mais vital. Dans cette époque de transformation, nous appelons les acteurs de la finance à investir massivement dans une technologie plus responsable, et les acteurs de la tech à les y accompagner.

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Par Stéphane Distinguin, Fondateur et CEO de Fabernovel et Philippe Zaouati,  Directeur Général de Mirova.