L’ISR une tendance de fond depuis une dizaine d’années

Les années 1970 et 1980 ont été influencées par les théories du prix Nobel d’économie Milton Friedman pour qui le seul objectif d’une entreprise était de maximiser sur le long terme le profit de ses actionnaires. L’économiste, aujourd’hui battu en brèche, assimilait la responsabilité sociale à une aberration économique absolue. L’été dernier, il a été contredit par ses anciens plus grands supporteurs : les grands patrons américains. Presque 200 représentants de grands groupes, réunis dans la Business Roundtable, ont en effet signé en août un manifeste déclarant que les entreprises devaient agir en tenant compte de l’intérêt de toutes leurs parties prenantes, et en priorité du climat.


Cette réflexion sur la responsabilité sociale des entreprises s’est peu à peu, ces dernières années, invitée dans le monde de la finance. Pour schématiser, auparavant, les banquiers, investisseurs… considéraient que leur rôle était simplement de financer l’économie réelle. Lors de la COP21 en 2015 à Paris, le gouverneur de la banque centrale de Grande-Bretagne, Mark Carney, qui était aussi à l’époque le président du conseil de stabilité financière, a secoué le secteur en affirmant que le climat représentait un risque systémique potentiel pour la finance. A partir de là, des réflexions autour des investissements socialement responsables (ISR) se sont développées dans tous les groupes. Cette prise de conscience des acteurs financiers de leurs responsabilités a aussi été accélérée par les nouveaux textes réglementaires comme la loi Pacte de mai 2019 qui consacre le concept d’intérêt social.

Elle rejoint enfin l’intérêt des épargnants, qui cherchent de plus en plus à donner du sens à leurs placements. Les particuliers sont d’autant plus sensibles à l’attrait de l’ISR qu‘il affiche des performances qui ne sont pas moins bonnes que les autres stratégies*. Les critères du développement durable ont ainsi fait leur preuve en termes de capacité à sélectionner des entreprises sur le long terme, soulignent les experts de la société de gestion DNCA. L’enjeu est aussi de mieux anticiper les risques (controverses, scandale de réputation, ressources humaines…) en exploitant le vivier d’information que constitue la responsabilité d’entreprise (RSE). En résumé, l’ambition est de proposer aux épargnants une démarche innovante et de conviction pour sélectionner les valeurs qui bénéficient d’une exposition aux enjeux de demain.

 

Quand les fonds ISR permettent de mesurer l’impact de ses placements

Il est possible d’évaluer l’impact des investissements ISR via des indicateurs concrets. DNCA a par exemple mis en place un système de simulateur afin de mesurer l’impact d’un placement en termes de génération d’énergie renouvelable ou de patients soignés. Un tel exercice repose sur une très forte exigence de transparence de la société de gestion. Mirova, société de gestion dédiée à l’investissement durable, a de son côté développé des indicateurs d’impact physique de ses expertises en termes d’empreinte carbone, création d’emplois ou encore de promotion des femmes. La société s’engage par exemple à ce que l’ensemble de ses stratégies s’inscrivent dans une trajectoire de réchauffement climatique de 2°, en ligne avec les Accords de Paris de 2015.

Hervé Guez, Directeur Recherche Investissement Responsable chez Mirova et Léa Dunant-Chatelet, Responsable du pôle Investissement Responsable chez DNCA

 

Retrouvez toutes les perspectives sur le site « Placements financiers : Quelles opportunités en 2020 ? ».

Propos recueillis entre le 25 et le 29 novembre 2019.

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