Venue défendre le film Les Intranquilles de Joachim Lafosse, un huis clos familial qui narre la douloureuse expérience de bipolarité d’un proche, l’inoubliable actrice de « Tout ce qui brille », Leïla Bekhti, s’est prêtée au jeu des questions pour Forbes. L’égérie L’Oréal Paris qui fête également une décennie de collaboration avec la griffe fait souffler un vent de glamour sur la Croisette. Interview sans filtre.

 

Comment vivez-vous ce Cannes pas comme les autres ?

Leïla Bekhti : J’aborde cette édition avec beaucoup d’excitation et beaucoup d’émotion aussi ! Nous avons vécu deux années particulières, alors je savoure le plaisir de renouer avec le Festival, de retrouver mes pairs et le public bien sûr. Mon métier premier, c’est quand même d’être actrice. Ce rôle, je l’endosse avec toujours la même passion. Je dois dire que j’ai été très émue de revivre une projection dans cette salle cannoise : tout me rappelle combien j’aime évoluer dans cet univers. Et puis, avec cette période qui nous malmène, c’était assez symbolique de monter les marches. Il est donc important pour moi d’accompagner à la fois le Festival et L’Oréal Paris en tant qu’égérie.

J’imagine qu’il y a doublement émotion avec votre mari, l’acteur Tahar Rahim, membre du jury, qui connaît une année incroyable notamment à Hollywood… 

L.B : Complètement, merci. C’est très fort !

 

 Leïla Bekhti
© Leïla Bekhti

 

On a envie de dire Cocorico !

L.B : Oui, c’est formidable. Je ne peux que me réjouir de tout ce qui arrive aux gens que j’aime. Mais, plus que cela, le simple fait d’être dans la même salle que Spike Lee qui soudain fait son apparition et, par la même occasion, détend tout le monde avec son costume rose, c’est juste mémorable. Ce jury est exceptionnel ! Que dire de Jodie Foster aussi ! D’ailleurs, c’est à elle que je rends hommage à travers ma tenue en costume blanc lors de ma première montée des marches.

Son discours était effectivement très puissant

L.B : Un discours authentique, à son image. Le cinéma, c’est l’émotion.

 

Ce 74ème Festival de Cannes est donc bien parti pour rester dans votre mémoire ?

L.B : Comme ceux d’avant.

 

Vous les mettez tous sur le même plan ?

L.B : Oui, bien sûr ! Chaque édition m’a fait grandir professionnellement. En dix ans, il s’est passé beaucoup de choses dans ma carrière et dans ma vie. Il y a aussi ma relation très spéciale avec L’Oréal Paris, partenaire historique de l’événement : la marque m’accompagne toujours dans mes films. Je me sens en confiance avec les équipes. Je tiens par ailleurs à remercier la directrice générale internationale, Delphine Viguier-Hovasse, qui a fait un aller-retour pour assister à la présentation de mon film Les intranquilles réalisé par Joachim Lafosse.

 

C’est-à-dire ?

L.B : L’Oréal Paris aiment profondément qui je suis ; ils ne m’ont jamais demandé de changer, ni  imposé quoi que ce soit. Difficile de rester fidèle à une marque s’il n’y avait pas une connexion sincère et partagée. Quand L’Oréal Paris est venu me chercher il y a plus d’une décennie, c’était dans l’idée de valoriser toutes les beautés, l’imperfection aussi. Je ne fais 1m90 et ne suis pas longiligne ! Je suis une femme avec ses failles, ses complexes. Certains matins, j’ai plus de mal à les assumer ! Comme bien des femmes au demeurant. Il y a donc un langage de vérité prôné par la griffe dans lequel je me reconnais. J’aime l’idée de se laisser traverser par ses émotions, de ne pas travestir les choses vis-à-vis du public, d’être tout simplement soi.

 

L’authenticité, une qualité essentielle à vos yeux ?

L.B : Oui, parce que moi aussi je suis consommatrice, de fait j’ai besoin de percevoir une certaine authenticité. Je ne peux qu’être fière d’être l’ambassadrice d’une telle entreprise.

 

 Leïla Bekhti
Sabah Kaddouri et Leïla Bekhti dans une suite-terrasse du Martinez Hôtel © SK

 

Cela fait cinquante ans justement que L’Oréal Paris affiche le slogan « Parce que je le vaux bien ! », on était dans le « body positif » avant l’heure, non ?

L.B : Ce slogan est tellement vrai ! Il nous parle, nous donne le pouvoir. Derrière, on se sent encouragé à prendre le chemin que nous voulons.

 

Les actrices ne sont donc pas condamner à incarner la perfection ?

L.B : Pour moi, oui. Lorsque je joue un personnage, j’ai besoin de l’incarner pleinement, de penser à lui avant moi.

 

Vous avez souvent répété le mot « imparfaite » durant l’interview. Pourquoi ?

L.B : D’abord, le terme « imparfaite », ne doit pas être connoté négativement. Je peux lire votre réaction quand j’insiste en tant qu’actrice sur ce mot…Ce qui me fait peur, c’est plutôt la perfection ! Lorsqu’une personnalité à l’instar d’Eva Longoria se filme chez elle en train de faire sa couleur pour cacher ses racines, c’est une belle manière de montrer son côté nature et authentique. Femmes ou actrices, on est pas forcément tous les jours glam’. Il y a des jours où l’on aspire à sortir le grand jeu parce qu’on est traversé par une envie, néanmoins être imparfaite ne devrait pas faire peur.

Dans le film que je présente en compétition, je joue sans maquillage du début à la fin. Ce n’était même pas un effort, j’avais envie de raconter cette histoire de cette manière parce que je sentais que c’était plus fort et plus crédible pour le rôle. Ainsi, dans ma vie personnelle comme professionnelle, je ne m’enferme aucunement dans cette quête de perfection. Et tant mieux !

 

Parlons de la place des femmes au cinéma, c’est un sujet souvent débattu. Quel est votre regard sur la question ?

L.B : Je trouve que la situation s’améliore, cependant il ne faut pas se contenter de ce qui se passe, il faut poursuivre la dynamique.

 

Votre rêve d’actrice ?

L.B : Tout simplement de continuer à tourner. C’est vraiment ce que je veux du fond du cœur. J’ai depuis toujours conscience de la violence de mon activité car tout peut s’arrêter du jour au lendemain, même si vous êtes au panthéon des stars ! Le métier d’acteur repose finalement sur le désir de l’autre. Combien d’acteurs talentueux ont arrêté de tourner en ce moment ? Du jour au lendemain ?! Le cinéma, c’est aussi une histoire de rencontres.

 

Vous êtes très désirée par les réalisateurs, et le public, mais vous nourrissez malgré tout cette crainte de disparaître des écrans ?

L.B : Malheureusement, tout peut s’arrêter brusquement. C’est la réalité des acteurs et actrices. Il faut donc constamment donner le meilleur de soi-même et vivre intensément sa passion. Rester humble, aussi.

 

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