Du 30 juin au 2 juillet prochains, Paris accueillera le Forum Génération Egalité, vingt-six ans après l’édition de Pékin. L’événement, organisé par ONU Femmes et co-présidé par la France et le Mexique, est particulièrement suivi par le président de la République Emmanuel Macron. Désignée Ambassadrice et secrétaire générale du forum, Delphine O nous explique – en exclusivité – les ressorts et les enjeux de ce rendez-vous à portée mondiale et générationnelle.  

Delphine O : Le Forum Génération Egalité, que nous aurons le plaisir d’accueillir à Paris du 30 juin au 2 juillet prochains, sera le rassemblement féministe mondial le plus important des vingt-six dernières années. Cela fait un quart de siècle – depuis la Conférence de Pékin en 1995, qui a marqué un tournant historique pour les droits des femmes –  que la communauté internationale ne s’est pas réunie pour s’engager à faire progresser l’égalité femmes-hommes dans le monde. Après un report d’un an dû à la pandémie mondiale, il était temps que l’ensemble des acteurs concernés se retrouvent à Mexico d’abord, puis à Paris, dans un contexte de montée des conservatismes et de remise en cause de certains acquis.
Nous savons que la crise de la Covid-19 a touché de façon disproportionnée les femmes, qui ont été en première ligne de la lutte contre la pandémie. La crise a touché des secteurs d’activité dans lesquels les femmes étaient majoritaires, comme le secteur du care, elle a aussi restreint leur accès aux soins, notamment sexuels et reproductifs.
Le niveau de violences contre les femmes a augmenté de manière catastrophique et de nombreuses petites filles pourraient ne plus retourner à l’école à la suite des mesures de confinement dans plusieurs régions du monde.
Il est donc plus que jamais urgent et nécessaire d’agir collectivement. A l’image d’une COP pour lutter contre le changement climatique, le Forum Génération Egalité réunira des Etats, des organisations internationales, mais aussi la société civile et le secteur privé qui s’engageront, ensemble, dans des ‘coalitions d’actions’. Chaque coalition prendra des engagements concrets pour les cinq prochaines années. L’objectif est de s’inscrire dans un nouveau multilatéralisme des actes que le Président de la République Emmanuel Macron a appelé de ses vœux lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies : la participation au Forum est conditionnée non pas à une simple déclaration d’intention, mais bien à un engagement financier, législatif ou programmatique qui sera évalué à l’issue des cinq années.
Nous avons organisé les coalitions autour de six thématiques prioritaires : les violences basées sur le genre, les droits et la santé sexuels et reproductifs, les droits et la justice économiques, l’action féministe pour la justice climatique, les technologies et l’innovation au service de l’égalité entre les femmes et les hommes et enfin le leadership et les mouvements féministes. Sans oublier le lancement d’un mécanisme de suivi de l’agenda « Femmes, Paix, Sécurité et Action humanitaire » et la présentation d’initiatives dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture et du sport… L’égalité femmes-hommes est un enjeu transversal qui concerne chacun et chacune d’entre nous !

 

Aujourd’hui, où en est la dynamique de collaboration entre les différentes parties prenantes (Etats, société civile, entreprises privées) ? 

D.O. : Cette collaboration est l’essence même du Forum Génération Egalité : les différents acteurs participent à l’élaboration des engagements au sein des coalitions d’action, mais aussi à la gouvernance du Forum. Un acteur était absent de la conférence de Pékin et a rejoint les parties prenantes au Forum, c’est le secteur privé. Ce dernier a beaucoup à apporter. Au-delà de leur capacité de financement, les entreprises constituent un moteur de l’innovation et nombreuses sont celles à s’engager d’ores et déjà fortement pour faire progresser l’égalité, en interne et en externe.
La jeunesse fait également son entrée au sein de la gouvernance pour faire entendre sa voix dans l’organisation du Forum : nous ne pouvons pas construire la Génération de l’égalité sans les jeunes ! Au-delà de la nature des parties prenantes, une attention toute particulière est portée à la représentation géographique des acteurs pour assurer une pleine et égale participation au Nord comme au Sud. A l’image de nos sociétés, la représentation de tous les âges et de la diversité en général est au cœur de nos préoccupations. Nous espérons pouvoir montrer la voie d’un nouveau mode de fonctionnement à l’échelle internationale : pour faire avancer une cause, tous les acteurs (public, privé, associatif) doivent travailler ensemble ! Si ce modèle se pérennise pour d’autres causes et pour l’organisation d’autres conférences mondiales, il s’agira d’un véritable succès. 

 

A travers l’implication du président Emmanuel Macron, nous comprenons que la France entend se poser comme locomotive. Doit-on s’attendre à des déclarations et des mesures fortes ? 

D.O. : Ces dernières années, la France a gagné sa place parmi les pays champions de l’égalité femmes-hommes. Le Président de la République en a fait la grande cause de son quinquennat, traduite sur le volet international par la diplomatie féministe adoptée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. La France veille à l’inscription de l’égalité entre les femmes et les hommes à l’agenda des différentes instances multilatérales et en a fait l’un des critères de son aide publique au développement.
En co-présidant le Forum Génération Egalité et en dédiant des ressources importantes à cet événement de portée mondiale, la France fait un pas supplémentaire dans son engagement. Nous sommes plus particulièrement investis dans la coalition d’action sur l’autonomie corporelle et les droits et la santé sexuels et reproductifs, aux côtés d’autres pays comme l’Argentine, le Burkina Faso, le Danemark…
La France dévoilera ses engagements à Paris. Ils porteront sur l’universalisation de l’accès aux produits contraceptifs, le renforcement de l’éducation complète à la sexualité et l’accès sûr, légal et médicalisé à l’IVG. Ces droits, que l’on croyait acquis, sont aujourd’hui attaqués partout dans le monde par des forces conservatrices, et je suis particulièrement fière de l’engagement de la France à cet égard. Les contraintes sanitaires ont diminué l’accès des femmes aux services publics de santé, notamment de santé sexuelle et reproductive : selon l’ONU, 7 millions de grossesses non désirées supplémentaires pourraient survenir cette année en l’absence d’accès aux mesures de planning familial.
Beaucoup de progrès restent à faire pour assurer aux femmes et aux filles le droit de disposer librement de leur corps et de leur sexualité. La France est par ailleurs engagée dans l’ensemble des initiatives qui seront lancées à Paris, notamment la santé et l’éducation.

 

Delphine O : Nous venons de vivre une année inédite, difficile à bien des égards et nous devons désormais reconstruire nos sociétés de façon plus juste. Nous ne pouvons pas manquer cette opportunité de faire progresser durablement l’égalité et nous assurer qu’à la prochaine crise, les droits des femmes ne seront plus remis en cause

 

L’Ambassadrice secrétaire générale Delphine O © Forum Génération Egalité 2021

 

Les experts s’accordent pour dire qu’à ce rythme il faudra près d’un siècle pour atteindre l’égalité hommes / femmes… Réalistement, quelles avancées sont possibles pour la prochaine génération ? 

D.O. : Nous avons besoin de grands rassemblements comme le Forum Génération Egalité, d’abord pour donner un coup de projecteur mondial sur ce sujet, ensuite pour « catalyser » de nouveaux engagements et accélérer les progrès. Le travail d’information qui est fait actuellement, avec l’appui indispensable d’études et de nouvelles données sensibles au genre, contribue à changer les mentalités et à faire comprendre qu’assurer aux femmes l’exercice plein et entier de leurs droits et une meilleure participation à la prise de décision est bénéfique pour l’ensemble de la société. L’action des femmes a fait progresser la justice climatique, et leur participation aux négociations est synonyme d’une paix plus durable.
Les lois sont de puissants outils du changement et des engagements législatifs peuvent accélérer les avancées à une vitesse spectaculaire. Prenez la loi Copé-Zimmermann voté en 2011 en France et qui a fait passer la représentation des femmes au sein des conseils d’administration et de surveillance des entreprises de 20 à 45%. Pour réaliser une pleine égalité, les recettes sont connues : il manque la volonté politique et les financements ! C’est pourquoi nous avons besoin de la mobilisation de toutes et de tous. Nos sociétés ne peuvent pas attendre encore un siècle… La société civile et les jeunes féministes nous poussent à aller plus loin ; leur mobilisation pour l’obtention de leurs droits et leur combat contre les stéréotypes de genre est remarquable. La Génération Egalité passe par elles ! 

 

Le mot de la fin  

D.O. : Nous venons de vivre une année inédite, difficile à bien des égards et nous devons désormais reconstruire nos sociétés de façon plus juste. Nous ne pouvons pas manquer cette opportunité de faire progresser durablement l’égalité et nous assurer qu’à la prochaine crise, les droits des femmes ne seront plus remis en cause. Je vous invite donc toutes et tous à nous rejoindre à Paris du 30 juin au 2 juillet pour le Forum Génération Egalité !

© Getty Images

 

Pour aller plus loin :

Forum Génération Egalité

www.forum.generationequality.org/fr

 

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