Le « social calling », c’est le « déclic pour agir ». La journaliste Emilie Vidaud est partie à la rencontre des entrepreneurs qui portent un engagement et dont la société a un impact social. Dans son ouvrage Social calling, et si comme eux vous aviez un déclic pour agir ? (Ed. Fayard, 2017), elle revient sur ce moment fondateur et sur l’émergence d’une social tech à la française.  

Et si ? Et si les entreprises n’avaient plus pour seul objectif le profit. Et si, les nouvelles technologies pouvaient changer le monde. Ce qui est aujourd’hui vu comme une formule éculée a été à l’origine des créations des premières entreprises de la Silicon Valley. En cours de route, l’entrepreneuriat semble s’être perdu en faisant de la traction et de les levées de fonds l’unique horizon. La journaliste Emilie Vidaud a enquêté 18 mois à la recherche de ce qu’elle appelle le « social calling », le « déclic pour agir qui définit cet appel à l’action lancé par toute une génération qui veut aider à changer le monde et redonner du sens à sa vie en s’engageant dans une action bénéfique pour la société ».


Elle donne rendez-vous au bar d’un hôtel du 3ème arrondissement. Souriante et spontanée, la jeune femme, journaliste éco depuis quinze ans, raconte son déclic. « En 2016, j’ai vu le succès du film Demain, le baromètre de l’ESS qui indiquait que l’économie sociale représentait 10% du PIB, le classement des Under 30 européens qui met en avant de jeunes entrepreneurs à impact social, etc. » La journaliste se lance, convaincue que les générations Z et Y veulent quitter leurs “bullshit job” et « avoir un job qui a du sens », et que « les GAFA qui devaient créer un monde meilleur » ont certes changé le monde, mais surtout « fait de l’argent ».

« En France, le social a une mauvaise image et il est encore mal vu de faire de l’argent dans le social », constate Emilie Vidaud. Elle est donc parti à la rencontre de ces nouveaux entrepreneurs qui se donnent une mission sociale. Objectif : montrer des modèles, prouver qu’une « social tech » est possible et souhaitable.

Optimiam, Kokoroe, Gojob, Fluicity, Learn Enjoy, Alan, Sigfox, BlueBees et Station F. Tous à leur manière contribuent à changer la tech. « C’est un livre qui s’adresse à cette génération en quête de sens », ajoute Emilie Vidaud de son regard azur.

Jacques-Antoine Granjon, social masqué

Fil rouge, Jacques-Antoine Granjon, promoteur d’un temple de la surconsommation avec vente-privee, son site à créer de nouvelles « envies ». Un fil rouge qui paraît surprenant au premier abord, mais se dessine au fur et à mesure de ce qui pourrait être un portrait en filigrane comme une compréhension du bonhomme et une cohésion avec le sujet. Premier indice, la rencontre entre le fondateur de Vente-privée et Raodath Aminou, la jeune créatrice d’OptiMiam, une application qui permet de réduire le gaspillage. Ne rien perdre, réutiliser, passer à son prochain. A leur manière, Vente-privée et Optimiam le font. L’une en assumant le « business », l’autre en assumant le social.

Et puis, « JAG » serait un entrepreneur social qui se cache : « dans ses entrepôts il y a des assistantes sociales qui épaulent ses collaborateurs », « des professeurs* sont présents pour aider les enfants de ses employés dans leurs devoirs et leur orientation », « la fondation vente-privee agit en Seine Saint-Denis pour aider à améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants », raconte Emilie Vidaud dans son ouvrage. Pour la journaliste, s’il ne dit pas qu’il est un entrepreneur social, c’est parce que « pour lui, c’est la normalité ». « C’est le sens d’une entreprise d’avoir une implication sociale et sociétale ». Le premier à l’avoir dit, nous rappelle l’autrice, c’est Antoine Riboud, ancien PDG de Danone. En décembre dernier, c’est Nicolas Hulot, qui lors du One-Planet Summit avait émis l’idée de modifier le code civil pour faire en sorte que « les principes de l’économie sociale et solidaire deviennent désormais la norme et non plus l’exception ».  

Les entrepreneurs rencontrés par Emilie Vidaud ont tous eu un déclic, qui l’annonce du cancer d’un proche, qui la découverte de prix cassés en fin de journée plutôt que de jeter… Mais des déclics qui ont tous un écho avec une histoire personnelle, des valeurs, une ambition.

Et si la société dans son ensemble était prête pour son social calling ? Pour la journaliste, les changements se voient dans les effets d’annonces et les signaux d’une société en quête de sens. Et elle nous donne ici quelques beaux modèles à suivre. 

*vente-privee précise ce 27 mars que contrairement à ce qui est indiqué dans l’ouvrage Social calling, vente-privee n’a pas de professeurs, mais “des aides”.