L’utilisation du smartphone, de ses applications et de ses services amènent de nouvelles formes de consommation et de nouveaux troubles. Si l’évolution des mentalités et des moyens mis à leur disposition via Internet et les applications mobiles font le bonheur des célibataires, il n’en reste pas moins que le revers de la médaille peut être difficile à digérer.

Selon une étude menée par l’IFOP pour Lacse, comparateur de sites de rencontre, les pratiques et les usages des Français sur les sites et applications de rencontre aurait des effets inattendus sur ceux qui les utilisent.


De la simple inscription à la consultation incontrôlée et aux réactions évoluant au gré des vues, des profils glissés à droite ou à gauche, des messages et autres flashs, la pente peut facilement devenir glissante. Parfois, l’envie de tomber amoureux flirte, pour certains, avec une chute vertigineuse dans l’addiction. Zoom sur la face cachée des sites de rencontre.

Sites et applications de rencontre : le jeu de l’offre et de la demande

En France, on compte plus de 2000 sites spécialisés dans la mise en relation entre hommes et femmes. Rencontre d’un soir, adultère ou relation durable, homos, hétéros, cougars… tout le monde y trouve son compte ! Et pour rester connecté lorsque l’on s’éloigne de son ordinateur, les applications prennent le relais, offrant tour à tour des outils permettant de profiter de la géolocalisation et de la communication en temps réel pour trouver l’âme sœur.

François Kraus, directeur des études politiques à l’IFOP, le confirme : une vingtaine d’années après l’apparition des premiers sites de rencontre, leur utilisation ne cesse d’évoluer. Aujourd’hui, c’est 1 Français sur 4 qui s’est déjà inscrit, soit plus du double par rapport au début des années 2010.

En outre, l’inscription sur les sites de rencontre n’est pas (ou n’est plus) l’apanage des jeunes ni d’un genre en particulier : l’usage chez les adultes de 18 à 69 ans a augmenté de 7 points entre 2011 et 2018, chez les hommes comme chez les femmes.

Parmi les raisons qui motivent les adultes à s’inscrire sur ces sites, la démocratisation d’Internet et la pénétration de la toile dans la sphère privée et professionnelle. Le smartphone, aujourd’hui largement utilisé par les Français, au même titre que les tablettes, contribuent également à ce phénomène. En outre, et il est important de le noter, l’évolution des mentalités a banalisé la recherche de l’amour en ligne. Admise socialement, les personnes se restreignent moins. 

Vite fait, bien fait : le côté fast-food des applications 

L’une des caractéristiques de la génération Y est de vouloir tout et tout de suite. Ainsi évoluent les mœurs… et les outils qui permettent désormais d’avoir accès à une autre personne facilement et rapidement. Les applications de rencontre permettent ainsi à tout un chacun de rencontrer quelqu’un, quel que soit l’endroit et quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. L’enquête IFOP fait état de 72% des hommes et 47% des femmes qui reconnaissent avoir eu une relation sexuelle d’un soir. Une pratique que certaines applications comme Tinder ou Badoo mettent en avant sans détour aucun. Le service à domicile existe également, puisque 61% des répondants affirment avoir eu accès à un partenaire qui s’est rendu chez eux dans le but de partager une relation sexuelle.

Sites de rencontre et relations simultanées : “Chéri(e), je rentrerai tard ce soir, ne m’attends pas” 

Se dire que les sites de rencontre n’intéressent que les célibataires équivaut à se voiler la face. L’enquête de l’IFOP est formelle : ces sites attirent tout le monde : marié, en couple ou non. Par crainte d’être coincé dans une relation affective médiocre, les personnes qui se connectent aux sites et applis de rencontre sont convaincues qu’elles peuvent trouver mieux ailleurs. Une perception sans cesse alimentée par les réseaux sociaux, par ailleurs.

Les chiffres sont formels : 41% des hommes ayant déjà rencontré quelqu’un sur un site avouent avoir continué à chercher un partenaire alors qu’ils étaient engagés dans une relation de couple. Les femmes, quant à elles, semblent plus sages, 22% d’entre elles reconnaissant avoir été voir ailleurs également alors qu’elles étaient engagées dans une relation.

On peut toujours trouver mieux ailleurs 

Les relations sentimentales entre individus suivraient-elles les mêmes règles que celles qui gèrent les produits de consommation ? Devant une pléthore de possibilités, certains inscrits ont l’embarras du choix. Lorsque les demandes arrivent en nombre, elles flattent l’égo des utilisateurs. A tel point, d’ailleurs que leurs exigences augmentent en parallèle : 63% des Français se disent ainsi plus pointilleux quant à l’apparence physique de leurs prétendants via les sites et les applis que dans la vraie vie.

Exit les incertitudes, la peur de ne pas plaire et le manque de confiance en soi : les moyens technologiques permettant de passer à l’action dans la réalité sont à la portée de tous, solutionnant ainsi de nombreux problèmes. 52% des hommes interrogés et 46% des femmes pensent ainsi que, sur les sites et les applis de rencontre, il est toujours possible de trouver quelqu’un de mieux en continuant à chercher.

Addiction aux sites de rencontre : un phénomène sérieux 

Online dating anxiety disorder (ODAD) ou trouble anxieux de la rencontre en ligne : outre-Atlantique, le problème est reconnu par les professionnels de santé comme une réelle forme de stress. Bien qu’il ne soit pas reconnu comme une pathologie clinique, il est associé à ceux et celles qui sont sous la coupe d’une forme d’addiction aux sites de rencontre. Des hommes et des femmes qui ne se sentent appréciés qu’en se connectant en ligne pour savoir qui a glissé leur photo vers la droite et qui a consulté leur profil. L’addiction va jusqu’à retirer le plaisir qu’ils ont de rencontrer quelqu’un, les faisant espérer qu’il y a certainement mieux ailleurs, à un ou deux clics près.

Conscients du fait que les sites et applications de rencontre ouvrent les portes bien plus facilement et plus rapidement que dans la vraie vie, les utilisateurs sont nombreux à se rendre compte du phénomène addictif lié à leur démarche. Selon l’étude IFOP pour Lacse, ce sont 30% des répondants qui avouent avoir ressenti une forme d’addiction de manière directe ou indirecte, plus particulièrement les jeunes hommes âgés de 20 à 35 ans.

Les addicts de la rencontre en ligne sont également, pour 28% d’entre eux, des individus appartenant à des classes moyennes inférieures, des bisexuels (39%) et des personnes dotées d’un niveau de diplôme équivalant au bac (24%) ou à un diplôme d’études supérieures de premier cycle (26%).

application de rencontre en ligne

Une guérison envisageable ? 

Si les conséquences engendrées par l’addiction des hommes et des femmes aux sites de rencontre en ligne sont conséquentes, il est tout à fait possible d’en venir à bout. Lorsqu’elle se fait ressentir et que l’utilisateur prend conscience de son besoin de se connecter et de la satisfaction qu’il obtient en observant les résultats, une simple pause, une promenade ou une sortie au cinéma peut être un bon moyen de se détourner du besoin. Le portable reste à la maison, bien entendu.

Ceux et celles qui seraient tentés, un tant soit peu, de s’emparer de leur téléphone portable alors qu’ils sont assis en face d’une personne récemment rencontrée sur Meetic, Tinder et autres Parship, doivent se raviser. Une étude menée par Match, aux Etats-Unis en 2017, intitulée « The 7th Annual Singles in America Study » (7e étude annuelle sur les célibataires en Amérique) montre que 75% des célibataires réagissent négativement au fait que leur nouvelle rencontre réponde au téléphone au moment d’un rendez-vous ; 66% n’apprécient pas non plus la lecture ou la rédaction d’un SMS.

Au moment d’une première rencontre, la règle est donc simple : pas de portable ! Les relations les plus solides et les plus durables sont celles où chacun des partenaires accepte de retirer son profil du ou des sites sur lesquels il est inscrit. Un véritable témoignage de fidélité, lorsque l’on a trouvé l’âme sœur. Et un bon moyen de se débarrasser de son addiction, une fois pour toutes.