La start-up Comet surfe sur la vague du freelancing en proposant aux entreprises des profils ultra spécialisés en tech et data. Une manière de faire le pont entre des sociétés parfois dépassées sur ces thématiques, et des travailleurs indépendants toujours à la recherche de nouvelles missions.

C’est un « marché fragmenté », avec de la sous-traitance « en cascade » que décrit Valentin Cordier. Un marché que le jeune entrepreneur a souhaité simplifier. Ce responsable des opérations est cofondateur de Comet, une start-up qui depuis 2016 met en relation les travailleurs indépendants en recherche de nouvelles missions et les entreprises en quête d’un professionnel de la tech et de la data pour les épauler sur un projet. L’idée de cette plate-forme est venue de sa propre expérience, et de celle de son associé, Charles Thomas.


Les deux entrepreneurs se rencontrent en école d’ingénieur aéronautique. Et se font embaucher dans la même entreprise, une société de service. « Nous avons découvert le monde de la data et de l’it, et l’augmentation des besoins de freelance », raconte Valentin Cordier qui travaillait alors dans les domaines de la sécurité informatique et de l’IT pour des clients tels que Safran. « L’opacité, la fragmentation du marché et la sous-traitance en cascade couplé à l’essor du freelancing » parviennent à convaincre les deux jeunes diplômés qu’une place est à prendre dans la « disruption d’un secteur qui n’a pas changé depuis trop longtemps ».

Et puis, « les nouvelles générations ont un rapport différent au travail », ajoute Valentin dans les locaux au décor industriel de Comet. « Les jeunes diplômés cherchent des contrats de freelance plutôt qu’un poste dans une société de service ou de conseil », assure-t-il.

 

Ils ne sont pas les seuls à avoir renifler la tendance. Des start-up telles que Malt (anciennement Hopwork) facilitent également la mise en relation des indépendants et des sociétés. Si Malt accueille tous types de travailleurs indépendants, Comet se concentre sur les profils très spécialisés – et très recherchés – de tech et data.

Gamification et monnaie virtuelle

Le monde de recrutement se veut direct et ludique, adapté à ces profils souvent qualifiés de « geek ». Le freelance s’inscrit via LinkedIn Connect, ce qui permet de voir quel est le parcours et les expériences du candidat. Celui-ci passe ensuite plusieurs étapes avec notamment la validation, lors d’un appel, de ses softskills, ces compétences douces et indispensables. Pendant cet appel, cinq souhaits seront émis par le freelance. « Souvent, en société de service, les consultants sont toujours envoyés sur les mêmes types de missions », déplore Valentin Cordier. Comet offre la possibilité à l’indépendant de choisir s’il veut travailler en start-up ou/et grand groupe, en plein ou mi-temps…

Vient la qualification des hard skills tech et data. Comet ne prend pas de profils chefs de projets ou designer car elle automatise la qualification des compétences grâce à un bot sur Slack pour challenger la communauté sur des questions très pointues. « Chaque semaine, le bot va envoyer un challenge à la communauté des freelances qui leur permet d’empocher des deniers en monnaie virtuelle. » La communauté est appelée à son tour à produire des challenges, mais aussi à organiser des rencontres dans l’idée de casser la solitude du freelance.

Libérer et sécuriser le statut de freelance

Une gamification qui ne va pas sans sécurisation. « Nous essayons de faire un hybride entre le freelancing et le salariat en sécurisant l’indépendant », explique Valentin Cordier dont l’entreprise a noué de nombreux partenariats pour accompagner le travailleur. De plus, le freelance est payé dès réception de la facture. Un soulagement pour nombre d’indépendants habitués à courir après les payeurs tardifs et autres mauvais payeurs.

Avec pour objectif de libérer et sécuriser le statut de freelance, la start-up a déjà séduit des milliers d’indépendants, dont 1 500 sont qualifiés (validés) sur la plate-forme. Côté entreprise, une centaine, dont 50 très actifs (et 80% dans le Cac40) cherchent des profils de développeurs, data scientists, etc.

Comet prend 10% de commission sur l’entreprise, et a réalisé une levée de fonds en février 2017 de 2 millions d’euros auprès d’Otium Capital et Kima Ventures. Objectif pour 2019 : se propulser au Royaume-Uni et en Allemagne, deux pays très gourmands en freelances.