La réforme en cours de l’apprentissage, au-delà des débats suscités par les mesures relatives à la mise en œuvre des dispositifs, redonne ses vraies lettres de noblesse à un mode de formation qui assure une forte employabilité. Une raison pour ne plus le limiter à certains métiers et le généraliser à toutes les filières, notamment celles qui sont génératrices d’entrepreneurs.

L’expérience accompagne toutes les réussites, c’est une certitude. L’actuelle réforme de l’apprentissage m’incite aujourd’hui à plaider pour sa généralisation à toutes les filières et à tous les métiers – ingénierie, gestion/marketing/commerce, conception industrielle, mais aussi sciences humaines et sociales ou encore lettres, enseignement, politique, etc. L’objectif est de confronter les savoirs appris ou acquis à la réalité du monde et de les enrichir et de les densifier grâce aux retours d’expérience.

Serial entrepreneuse, j’ai constaté la force de l’expérimentation et de l’expérience terrain au fil de mes différents projets de sociétés. Si j’avais été confrontée à la réalité du métier d’entrepreneur dès mes plus jeunes années, alors j’aurais eu davantage de clés et de repères pour transformer mes projets en succès.

Autre élément qui me convainc que c’est une voie indispensable à suivre : l’image d’excellence de certains métiers, médecins en tête, pour lesquels l’apprentissage par le pratique est essentiel. Qui se laisserait opérer par un chirurgien qui n’aurait pas fait son internat ? Qui imaginerait un cursus de médecine sans entraînement quasi-quotidien à l’exercice des gestes et soins élémentaires ? Leur internat n’est plus ni moins qu’un apprentissage qui porte un autre nom.

C’est aussi le cas de nombreux artisans qui, avec le temps, la pratique et l’expérience, gagnent en compétence et en savoir-faire. Sans compter tous ceux qui, pour exercer, doivent avoir au préalable obtenu un “certificat” validant leur aptitude à exercer leur métier : coiffeur, comptable, etc.

Pour autant, on continue en France à distinguer métier manuels et intellectuels. Il est plus que temps d’arrêter de ranger les gens dans ce type de cases. Sans apprentissage et sans audace, Franck Provost ne serait pas devenu le coiffeur entrepreneur qu’il est aujourd’hui.

A l’ère de la flexibilité, de la fin des carrières longues, de la mise en avant des compétences, il apparaît nécessaire de laisser sa chance à tous et que tous aient une expérience du métier qu’ils visent avant d’intégrer une organisation ou de prendre des décisions professionnelles. Quoi que l’on veuille faire comme métier, sans apprentissage, impossible de savoir de quoi on parle et si ça nous convient.

Il est d’ailleurs étonnant que cela n’ait pas été envisagé plus tôt, étant donné la cote dont bénéficient ceux qui affichent « l’avantage de l’avoir déjà fait ». Ils sont parmi les profils les plus recherchés sur le marché du travail. On le lit d’ailleurs entre les lignes des offres d’emploi : beaucoup d’entreprises cherchent des « moutons à 5 pattes », ces jeunes fraîchement diplômés mais qui affichent déjà des expériences professionnelles significatives.

Le XXIème siècle valorise les compétences autant que les savoirs. Surtout, il impose à tous d’être professionnellement adaptable tout au long de sa vie. Pour ne plus subir le monde dans lequel on vit mais au contraire pour y trouver une place, pour affronter sereinement les défis qui seront ceux de demain, rien ne vaudra l’expérience faite par soi-même et celle reçue des autres. Pour cela, il faut offrir à tous la possibilité d’accéder à cette expérience. Vive l’apprentissage pour tous !