Aujourd’hui, peu d’individus ont la certitude  de poursuivre une carrière  linéaire dans la même entreprise. En effet, bien qu’il existe encore des carrières entières passées au sein d’un même métier, d’une même profession ou d’une même organisation, bien des personnes ont des parcours professionnels variés marqués par des virages importants, voire des ruptures.

Les parcours individuels se diversifient, les transitions se multiplient et les profils s’hybrident par la valorisation nouvelle de la pluriactivité, une appétence à développer ses compétences et construire son propre parcours pour y retrouver du sens, de la motivation.

La situation d’emploi est davantage menacée par des périodes d’inactivité et de mobilité externe plus nombreuses. La flexibilité et la compétitivité, nécessaires à la survie d’une entreprise, dans une économie instable et mondialisée, ont balayé le modèle de l’évolution interne, linéaire et hiérarchique des carrières.

Les rythmes de travail, la circulation de l’information, les effets disruptifs du numérique s’accélèrent. Les projections sont plus difficiles, leur pertinence est davantage limitée dans le temps. C’est au niveau individuel que se cristallisent les mutations et leurs effets ; être performant impose de contribuer à sa propre obsolescence, c’est-à-dire participer à définir des manières de produire radicalement différentes, qui entraînent potentiellement la destruction de son propre emploi.

Dans un monde guetté par la dispersion permanente et la surenchère des effets, on exhorte à fragmenter ses programmes en compétences techniques reproductibles pour subir les contraintes de l’employabilité. La culture du flux emporte l’individu qui ne contrôle plus son attention et devient incapable de se fixer sur un objet qui ne l’aliène pas – au sens propre du terme – par la surenchère des stimulations qui émanent de lui. Nous assistons ainsi à une inversion radicale du projet attentionnel dont le sujet est dessaisi au profit des technologies audiovisuelles et numériques qui s’imposent à lui.

Il s’agit maintenant d’apprendre à ne pas séparer, compartimenter, isoler mais relier les connaissances car l’ensemble constitue un puzzle intelligible. Les apprentissages deviennent intentionnels, incidents ou implicites, conscients ou inconscients, ils font partie intégrante des savoirs professionnels à mettre en œuvre pour se maintenir en emploi ou diversifier ses activités.

Une société du savoir qui suppose de nouvelles capacités d’apprentissage et de compréhension

La société des années 2000 est devenue celle de la connaissance, de l’information ; elle est  apprenante,  cognitive. Ainsi, les transitions professionnelles et les  passerelles  sont devenues inévitables sur les marchés du travail actuels et doivent de toute manière fonctionner avec des salariés à réadapter sans cesse. La figure du « travailleur du savoir », forgée par et dans l’entreprise, s’est trouvée ensuite relayée et décuplée, à travers les images de l’individu « gestionnaire de ses compétences », voire « entrepreneur de soi-même ».

L’autonomie dans la prise en charge du développement de ses compétences devient alors un élément-clé de la qualification sociale, voire de l’« employabilité ». La capacité d’apprendre, compétence stratégique dans le quotidien du travail, devient le pivot du développement vocationnel, sur un double registre préventif (développement de l’employabilité) et offensif (gestion de sa carrière).

L’accès à de nombreuses données  contraint  l’individu à trier, valoriser, archiver, récupérer. Il lui faut apprendre à mobiliser des capacités pour gérer tout un ensemble de ressources organisationnelles. Les nouvelles compétences sont : savoir sélectionner, agréger, synthétiser, enrichir des informations hétérogènes provenant de plusieurs bases de données.

Continuer à apprendre comme nous le faisons aujourd’hui dans un environnement professionnel est devenu contre-performant car ce que nous retenons se transforme à chaque instant. A peine appropriées, les connaissances sont déjà, sinon périmées, du moins dépassées par la diffusion de nouvelles données. Au sein des entreprises , cette accélération des savoirs va exiger des capacités à faire face à ce flux de données, d’informations et de connaissances nécessaires à l’exercice de sa fonction. On devra apprendre à faire la part des choses pour agir. Savoir apprendre dans le cadre de son activité professionnelle va être de l’ordre de l’usage c’est-à-dire apprendre en faisant.

Quelle intelligibilité pour bien penser les carrières ?

Du fait des discontinuités des carrières, elles confrontent en permanence les salariés à la relecture de leurs diverses expériences passées et à la construction d’une intelligibilité de ce passé sur laquelle ils doivent s’appuyer pour faire advenir des opportunités. Plus les situations, techniques, savoirs apparaissent comme évolutifs, plus la nécessité de les mettre en débat est essentielle. Cette confrontation peut s’organiser au sein des entreprises ou s’incarner dans des échanges directs. L’apprentissage de la compréhension des situations permettra de saisir les relations mutuelles et influences réciproques entre parties.

Répondre à des questions comme : où, quand, comment, combien de temps, permet de situer les événements, comprendre l’échelle du temps. Ce diagnostic introduit la notion de durée, d’enchaînement de causalité, de visualiser les impacts des événements. Ainsi commence l’apprentissage des liens à faire entre différentes informations pour leur donner du sens.Il s’agit enfin d’intégrer les notions de temps et d’espace pour en faire un ensemble de points de repère mobilisés lors du traitement d’informations nouvelles pour une carrière hybride.

Les perspectives d’apprentissages informels contribueront à la réalisation de tâches variées, ou la résolution de problèmes imprévus. Ils permettront des échanges et de confrontation des savoir-faire et des pratiques professionnelles. Travailler en équipe, être en contact avec des fournisseurs ou des clients, se rendre à des salons, des conférences, participer à des réunions feront  partie des nouvelles opportunités d’apprentissage qui faciliteront la transmission des compétences, les perspectives d’évolution, le décloisonnement du travail, la réflexion sur la pratique.