Economistes, philosophes, historiennes, juristes, etc. Ces femmes bousculent les idées établies, influencent le monde par leurs idées. Sélection effectuée avec le comité des femmes pour Forbes.  

ELISABETH BADINTER,PHILOSOPHE Née en 1944, Elisabeth Badinter est la fille de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de la société Publicis, dont elle est aujourd’hui présidente du conseil de surveillance. Agrégée de philosophie, elle étudie essentiellement les femmes et le féminisme, se tenant à l’écart dans les années 1970 des collectifs de femmes. Elle met l’accent sur ce qu’elle nomme la« ressemblance des sexes», théorie selon laquelle établir la ressemblance permettrait d’aboutir à l’égalité tandis que la différenciation serait porteuse de discrimination. Elle était par exemple contre la loi sur la parité de 2000. En début d’année, elle réclamait, aux côtés de 110 autres personnalités, une « réforme urgente de la gestation pour autrui », pour que les enfants nés de GPA ne soient plus des « fantômes ». Elisabeth Badinter est de tous les combats féministes et de sociétés, quitte à susciter le débat, voire la polémique, sur des sujets tels que le port du voile qu’elle considère comme « un étendard politique et communautaire ».

ESTHER DUFLO, ÉCONOMISTE Pressentie pour le prix Nobel d’économie en 2017, l’économiste Esther Duflo, née en 1972 à Paris, détient la chaire sur la réduction de la pauvreté et l’économie du développement au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Une carrière internationale débutée en 1999 avec une thèse au MIT sur l’économie du développement, après de brillantes études : classe prépa au lycée Henri-IV, Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, maîtrises d’histoire et d’économie, puis un DEA à l’EHESS et l’agrégation de sciences économiques et sociales. Professeur titulaire au MIT depuis 2004, elle conseille Barack Obama pour sa campagne de 2012 sur les thématiques du développement. Elle est pionnière de l’essai contrôlé randomisé (ECR), une méthode inspirée de la médecine qui cherche à mesurer l’impact des soins pour évaluer le traitement.

CYNTHIA FLEURY,PHILOSOPHE ET PSYCHANALYSTE Quand la philosophie s’installe à l’hôpital, au musée, aux Mines. Née en 1974, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury enseigne la philosophie politique à l’American University of Paris et plus original, au Muséum national d’histoire naturelle, à l’Ecole nationale supérieure des Mines-Paris Tech et dirige la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu. Spécialiste de la démocratie, elle est notamment auteure de l’ouvrage Les Pathologies de la démocratie (Fayard, 2005). Pour elle, la démocratie doit être interrogée comme état de droit, mais aussi comme état social. Ainsi, elle s’attarde sur les expériences vécues par chaque citoyen pour étudier notre modèle politique. Ancrée dans les questions sociétales, elle fait partie du Comité Consultatif National d’Ethique. Elle interroge également notre rapport à la nature et à la biodiversité.

MIREILLE DELMAS-MARTY, JURISTE « Travailler sur ce qui n’existe pas, ou pas encore », disait en juillet dernier MireilleDelmas-Marty au quotidien Libération. Si elle écrit sur le droit pénal et le droit de la famille, la juriste se plonge,en précurseur, dans des thèmes encore méconnus au début des années 1970 : la criminalité économique, le crime contre l’humanité, le droit européen et l’internationalisation du droit. Née en 1941 à Paris, cette juriste débute sa carrière en 1967 comme assistante de cours à la faculté de droit de Paris. En 1969, sa thèse porte sur Les sociétés de construction devant la loi pénale. Elle obtient en 1970 une agrégation en droit privé et en sciences criminelles. Elle est titulaire de la chaire d’études juridiques comparatives et internationalisation du droit au Collège de France où elle est encore aujourd’hui professeure honoraire. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages, sur le droit pénal des affaires, la criminalité.

JULIA KRISTEVA, PHILOLOGUE ET PSYCHANALYSTE En 2008, elle crée le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes. Dix ans plus tard, Julia Kristeva réagissait dans Les Inrockuptibles aux mots dièse #MeToo et #BalanceTonPorc, consécutifs de l’affaire Harvey Weinstein en octobre dernier : «c’est une nouvelle étape de l’histoire de l’émancipation féminine. » Née en Bulgarie en 1941, Julia Kristeva fait carrière au sein de l’université Paris-Diderot. Fondatrice du centre Roland Barthes, elle enseigne la sémiologie, discipline à laquelle elle consacre son premier ouvrage, Sèméiôtikè. Recherches pour une sémanalyse, en 1969. Outre la sémiologie et la psychanalyse, Julia Kristeva s’attaque donc à la thématique du féminin en publiant la trilogie Le Génie féminin : la vie, la folie, les mots, consacrée à Hannah Arendt, Melanie Klein et Colette.

JULIA CAGÉ, ÉCONOMISTE En 2015, Julia Cagé publie Sauver les médias, capitalisme, financement participatif et démocratie. Un ouvrage dans lequel l’économiste propose un modèle d’organisation des médias presque débarrassé des gros actionnaires. Lecteurs et journalistes, tous financeurs, pourraient faire leur entrée au capital permettant un renouvellement démocratique du pouvoir et des financements. Un modèle de près ou de loin récemment adopté par de nouveaux médias. Née en 1984 à Metz, Julia Cagé intègre, la même année que sa sœur jumelle Agathe, l’Ecole Normale Supérieure. Tandis que Agathe devient énarque, Julia obtient un doctorat d’économie à l’EHESS, puis un Ph.D à Harvard avec sa thèse Essais en économie politique de l’information et de la taxation. Avec son époux l’économiste Thomas Piketty et une dizaine d’autres économistes, elle signe en 2016 une tribune « pour un revenu universel crédible et audacieux»et devient responsable économie de la campagne présidentielle de Benoît Hamon. A Sciences Po Paris, elle donne un cours en anglais sur l’avenir des médias.

MONA OZOUF, PHILOSOPHE ET HISTORIENNE Parce qu’elle s’intéresse à la Révolution française, Mona Ozouf est peutêtre l’historienne par excellence. Philosophe formée à l’Ecole Normale Supérieure, agrégée de philosophie en 1955, cette bretonne rencontre François Furet, spécialiste de la Révolution française, avec lequel elle écrit de nombreux ouvrages sur le sujet, notamment plusieurs tomes du Dictionnaire critique de la Révolution Française. Née en 1931, Mona Ozouf s’intéresse particulièrement à l’école et à l’Eglise, écrivant sur Jules Ferry, l’école, l’Eglise et la République ou encore l’Ecole de la France. Dans Les mots des femmes : essai sur la singularité française, Mona Ozouf rejette le féminisme égalitaire à l’américaine et met en avant les mœurs françaises. Une parole controversée.

MONIQUE CANTO-SPERBER, PHILOSOPHE Spécialiste de philosophie antique, de philosophie politique et de philosophie morale, Monique Canto-Sperber est aujourd’hui directrice de recherche au CNRS, après avoir dirigé l’Ecole Normale Supérieure. Ces derniers temps, elle s’exprime régulièrement sur la réforme de l’université. Partant du principe que la démocratisation du supérieur a fait baisser le niveau, la philosophe propose plusieurs solutions, dont la convergence des universités et des grandes écoles et la réorientation de certains étudiants jugés plus faibles vers des années dites « propédeutiques », des années qui leur permettraient de se remettre à niveau avant de s’orienter vers l’université. Son dernier ouvrage, L’oligarchie de l’excellence : les meilleures études pour le plus grand nombre, paru en 2017, aborde cette thématique.

DOMINIQUE MEDA, PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE Quelle place donnons-nous au travail dans la société?Passée par l’Ecole Normale Supérieure et l’Ecole Nationale d’Administration avant de devenir Inspectrice des affaires sociales (IGAS), la philosophe et sociologue Dominique Meda s’intéresse à la place du travail dans nos sociétés,aux politiques sociales et à l’écologie. En 1995, elle publie Le Travail, une valeur en voie de disparition, dans lequel elle déclare que le travail, moyen de réalisation et de lien social, devrait être réduit et partagé. Elle s’intéresse également à la place des femmes au travail et dans la société avec en 2001 Le Temps des femmes, pour un nouveau partage des rôles. Considérant que le PIB n’est plus adapté à un monde qui doit raisonner au-delà de la croissance, la philosophe et sociologue pousse pour l’élaboration de nouveaux indicateurs.

RÉJANE SÉNAC, DIRECTRICE DE RECHERCHE CNRS AU CEVIPOF La« galanterie » ou « la drague à la française » revendiquées dans une tribune par Catherine Deneuve, entre autres ? Un moyen, une excuse pour faire perdurer un modèle complémentaire et asymétrique entre les hommes et les femmes. Réjane Sénac ne transige pas. Elle réclame l’égalité sans condition. Sans condition de résultat, sans excuse et sans raison. L’égalité est un droit. Née en 1975, Réjane Sénac est docteure en sciences politiques, directrice de recherches CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po(CEvipof), elle est présidente de la commission parité du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle travaille principalement sur les thèmes de la parité et de la diversité en mettant au centre de sa réflexion le droit pur et simple. Elle est notamment l’auteure de Les non-frères au pays de l’égalité, L’égalité sous condition, La Parité et L’invention de la diversité.