Quel est le point commun entre Steven Spielberg, “Les Tuches” et Renault ? Le rapprochement est à faire avec un certain Eric Nebot, homme d’affaires français cinéphile, de plus en plus incontournable dans l’industrie du placement de produits au cinéma ou sur Netflix. Des collines d’Hollywood aux tournages hexagonaux. Il est l’homme qui a placé les Renault Twizy dans « Ready Player One » de Spielberg et le jean Levis de Léa Seydoux dans « La vie d’Adèle ». Avec sa société Hill Valley — sollicitée aussi bien pour des productions de films publicitaires que pour aider des marques à gagner en visibilité à travers des blockbusters américains — l’ancien trader vit « le rêve américain ». Itinéraire d’un entrepreneur qui a fait du septième Art sa religion.

Son bureau, Eric Nebot le partage avec Steven Spielberg, Natali Portman ou Damien Chazelle, réalisateur oscarisé de « La La Land ». Les plateaux de cinéma sont son terrain de jeu d’où il officie comme négociateur en placement de produits, ou plutôt comme « story teller » : ainsi se présente cet entrepreneur français qui a fait du septième Art sa religion. A 7 ans, il connaît par coeur les répliques de « La Mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock. Depuis, sa fièvre pour le grand écran n’est jamais retombée, au point de lui faire « claquer la porte d’une salle de marché, après seulement trois jours de travail », assume ce diplômé d’un DESS de finance qui n’a pas souhaité contrarier les projets d’éducation de ses parents. Capricieux Eric Nebot ? Non, seulement « certain de sa vocation ». Il a toujours été habité par l’intime conviction qu’il saura marier business avec passion en faisant le pont avec l’industrie cinématographique.


En 1998, en plein boom de la bulle internet, l’éphémère trader co-fonde Publibook. : une société d’édition en ligne pour laquelle il réalise une levée de fonds de plusieurs millions d’euros. Cette belle success-story lui vaudra même la visite dans ses locaux d’un invité de choix : le président Jacques Chirac. « Ma grand-mère collectionnait nos coupures de presse, c’était totalement fou ! Mais loin de ce que je voulais faire… », confesse-t-il. Une frustration qui le pousse à revendre sa pépite quatre ans plus tard pour prendre le virage de sa vie. Le cinéma. Grâce à la cession de ses parts, l’homme d’affaires cinéphile se retrouve autonome financièrement et ne sera plus jamais entravé pour écrire son propre rôle. « J’ai commencé tout en bas de l’échelle, comme stagiaire régie sur le film d’Abdelatif Kechiche « L’Esquive ». C’était difficile. Je suis passé de chef d’entreprise, dirigeant des dizaines de collaborateurs, à stagiaire dont mes principales missions étaient d’ouvrir le plateau à 6 heures du matin, le fermer à 22 heures, conduire l’actrice Sara Forestier, vider les poubelles et faire le café… », se souvient Eric Nebot. Un quotidien loin de son ancien statut de PDG.

Véhiculer sens et émotions

Mais il s’accroche malgré tout. « Je n’ai cessé d’observer Abdel au travail. C’était si inspirant ! ». Lors du tournage, il prendra conscience de beaucoup de choses : « L’Esquive était un moteur d’intégration social inouï, Abdellatif Kechiche faisait travailler tous les habitants des 4000 à Saint-Denis. Des assistants mise en scène aux comédiens, tout le monde venait de la cité dans laquelle on tournait. C’était génial. J’ai profité de ce tournage pour écrire le scenario du film « La Désintégration » que Philippe Faucon réalisa en 2011. J’ai ensuite enchaîné plusieurs postes sur des tournages, pour apprendre toutes les facettes du métier. » Méthodique, discipliné et un brin stratège, Eric Nebot peaufine son CV. Il enrichit son catalogue par la réalisation de courts métrages ; son style plaît et ne manquera pas d’intéresser des décideurs de l’industrie publicitaire.

Lentement mais sûrement, l’entrepreneur – touche à tout – chemine vers son futur métier de négociateur en placement de produits. « Anthony Spinasse, qui travaillait à l’époque au sein du groupe Full Six, me donne alors ma chance. Je mets en scène une première série de pubs virales, pour le lancement de la nouvelle FIAT 500. S’en suit près d’une quinzaine que je réalise pour le groupe Full Six. D’Orange en passant par les shampoing Pantène ou le commerce équitable, Maax Havelaar. Je participe aux réunions avec les clients. J’apporte ma créativité, j’écris et réalise. Je trouve cela passionnant ! ». L’heure est à au brand content : le palabre « contenu » est sur toutes les lèvres. « Comment communiquer avec du sens et avec de l’émotion ? », Eric Nebot se pose ainsi la question. La réponse fuse comme une évidence : le placement de produit a la faculté de résoudre l’équation, selon l’apprenti cinéaste. Hill Valley est lancé en 2012 avec l’envie de s’attaquer tout de go au marché américain. 

Eric Nebot, fondateur de la société Hill Valley

« Lorsque vous êtes sur le plateau du film de Steven Spielberg, et que votre challenge est d’expliquer à votre réalisateur préféré qu’il serait pertinent d’utiliser la marque Renault Twizzy dans son long-métrage, alors que la Twizzy n’est même pas distribuée en Amérique du Nord au moment où vous lui parlez — et qu’il n’en a même peut être jamais entendu parlé — c’est un sacré défi ! Imaginez un peu, dans le futur pensé par Steven Spielberg, la seule marque de voiture reconnaissable, c’est Renault. Quelle satisfaction immense ! », s’enthousiasme le négociateur. Et d’ajouter : « On apporte une pierre supplémentaire à l’histoire du fleuron de l’automobile français en recourant à la créativité du plus grand réalisateur de tous les temps. Ainsi, Renault Twizzy passe dans l’inconscient collectif du monde entier grâce à notre travail ». 

Néanmoins, avant d’avoir atteint le graal, Eric Nebot n’a pas ménagé ses efforts, l’entrepreneur fait « les 3 huit » entre Los Angeles, où il réside, et son bureau parisien. Car la Mère patrie reste une de ses priorités : « Nous venons de terminer le tournage de ‘Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu 2’ ». Le cinéma français demeure le media le plus puissant pour toute marque en recherche d’une forte exposition à l’échelon hexagonal. L’ingénieux quadragénaire aux boucles poivre et sel a d’ailleurs placé dans la fiction « Tout le monde debout », la start-up toulousaine I-Run dans laquelle « travaille » le héros principal interprété par Franck Dubosc. Ou l’art de faire de son placement de produit un personnage à part entière. L’instigateur se félicite de cette  « belle visibilité ».

Un marché florissant de plusieurs milliards de dollars

Avec l’omniprésence de Netflix, Eric Nebot n’aura en rien été chahuté. Au contraire, il n’a fait qu’étendre son « terrain de jeu » : « Nous travaillons sur de nombreuses séries Netflix pour nos clients. Un placement dans ‘House of Cards’ n’a clairement pas les mêmes objectifs pour un annonceur. » Quant aux majors hollywoodiennes ou françaises, elles ont vite compris les enjeux : « leurs activités se sont recentrées sur les franchises pour les Américains et les comédies populaires pour les Français. De ‘Jurassic World’ en passant par ‘Avengers’ ou ‘Wonder Woman’. et de ‘Mama Mia’ à ‘Ocean 8’. Chaque studio a sa franchise. Et en France c’est pareil ! Des ‘Tuches’ au ‘Bon Dieu’, des films de Philippe Lacheau à ‘Asterix’, chaque entité a sa cible. », expose ce-dernier.

De Netflix aux Gafa qui ont également commencé à investir la production fictionnelle via leurs plateformes dédiées, le cinéma a encore de beaux jours devant lui, et « le placement de produits de belles perspectives d’avenir », se réjouit Eric Nebot. Sur les sept premier mois de l’année 2018, sa société Hill Valley a déjà piloté 250 projets tout azimut. Eric Nebot peut continuer à flirter avec les étoiles.

Les Renault Nissan Twizzy en vedette dans le dernier Spielberg