De plus en plus d’entrepreneurs s’engagent, apportent un soutien financier, voire créent des associations pour des causes qui leur tiennent à cœur. Conséquence : les fondations et associations s’approprient les pratiques de l’entrepreneuriat et gagnent en efficacité et impact.

Si vous demandez autour de vous de citer le nom d’un entrepreneur français philanthrope, beaucoup parleront d’Alexandre Mars, de sa fondation EPIC lancé en 2014 et de son livre La révolution du partage paru en 2018[1]. Car aujourd’hui encore, la plupart des personnalités emblématiques du sujet restent encore largement américaines.


En France, les freins culturels et réglementaires demeurent. Pour autant, le paysage de la philanthropie est en train de vivre un profond bouleversement dont les entrepreneurs sont les principaux moteurs. Et la crise de la Covid19 pourrait accentuer encore cette tendance.

De quoi parle-t-on ?

La philanthropie consiste en un « soutien matériel apporté sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, à une œuvre ou à une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général ». On parle plus souvent de mécénat quand on évoque la générosité des entreprises, le terme philanthropie étant davantage lié à la générosité de grand donateurs particuliers. Mais sur le plan juridique et fiscal, il n’y a pas de différence entre les deux. Et contrairement à ce que l’on peut penser, la démarche est loin d’être l’apanage des seules grandes fortunes.

Un besoin personnel des entrepreneurs de plus en fort

La nouvelle génération d’entrepreneurs est en train de faire passer un cap à la philanthropie et au mécénat. Convaincus que l’argent seul ne les rendra pas heureux face à un monde qui change et est incertain, outre donner une raison d’être et un sens à l’activité de leur entreprise, ils veulent avoir un impact positif pour la société et marquer leur époque. C’est ce qui guident l’action de beaucoup actuellement.

Alors, dans la lignée de grands entrepreneurs qui ont lancé des fondations comme la famille Mulliez avec la fondation Entreprendre ou François-Henri Pinault avec la fondation Kering de lutte contre les violences faites aux femmes créée par en 2008, de plus de chefs d’entreprise créent des associations ou des fondations en parallèle de leur société. C’est par exemple le cas des 14 entrepreneurs philanthropes qui ont lancé la fondation Entreprendre&+[2], il y a 10 ans pour mettre leur expérience réussie et soutenir financièrement des entrepreneur(e)s sociaux. Pour ma part, agacée par le regard porté en France sur les entrepreneurs qui échouent, j’ai co-créé l’association des Rebondisseurs Français pour lutter contre cette stigmatisation en promouvant le rebond des entrepreneurs à succès.

D’autres soutiennent financièrement des causes qui leur tiennent à cœur par le biais de leur entreprise comme les deux jeunes fondateurs de la start-up agroalimentaire Papa Outang qui reversent un pourcentage des ventes à une association environnementale luttant contre la déforestation.

Leur point commun : aucun n’a attendu pas d’avoir vendu sa société et d’avoir fait fortune pour s’engager et financer des projets. Tous sont portés par le besoin de partager leurs petits succès et de faire à la fois des affaires et du collectif.

Une évolution bénéfique pour les associations et fondations

Les associations et fondations sont les premières auxquelles cet engagement philanthropique est bénéfique, non pas uniquement en termes d’argent mais aussi en termes d’impact. En s’y investissant, les entrepreneurs n’hésitent plus à les appliquer à leur démarche de générosité les recettes qui font leur succès dans le monde professionnel.

Leur moteur : ils veulent que leurs actions aient un véritable impact concret, mesurable, avec un retour sur investissement évident et tangible. Conséquence : la philanthropie épouse les codes de l’entrepreneuriat et gagne en efficacité.

Encore des efforts à faire

Malgré tout, le chemin à parcourir pour atteindre les niveaux observés dans les pays anglo-saxons est encore long. Un chiffre suffit à illustrer cette différence : le total des donations privées aux États-Unis dépasse les 1,5 % du PIB, contre 0,2 % en France.

Les raisons à invoquer sont multiples et en grande partie culturelles. En France, on compte sur l’État pour qu’il finance les actions d’intérêt général ; la culture de la subvention demeure très forte.

Ensuite, le niveau d’imposition reste élevé, malgré les dégrèvements fiscaux. Les récentes réformes (suppression de l’ISF, prélèvement à la source, hausse de la CGS, mouvements sociaux, abaissement du taux de 60% à 40% de déductibilité pour les grandes entreprises, etc.) ont aussi freiné les dons.

Enfin la discrétion prime dans la culture française, ce qui fait que les entrepreneurs donateurs restent souvent secrets. Qui sait quels entrepreneurs sont investis en tant qu’ambassadeurs auprès de la fondation Apprentis d’Auteuil par exemple ?

 

Quoi qu’il en soit la dynamique est lancée. Depuis 2014 et l’amendement Hamon qui donne un cadre juridique pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire, la maturité sur ces sujets a grandi. Les chiffres du panorama 2020 EY/Entreprises pour la Cité des structures de mécénat[3] paru le 1er octobre 2020 en atteste : aujourd’hui on compte en France près de 5700 fondations et fonds de dotation au 30 juin 2020 contre 5115 en 2018.

Alors entrepreneurs, ensemble, allons-y !

 

[1] La révolution du partage, Alexandre Mars, Flammarion, 2018

[2] https://www.entreprendreetplus.org/

[3] A retrouver sur https://www.ey.com/fr_fr/economie-sociale-et-solidaire/panorama-des-fondations-et-fonds-de-dotation

 

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