La Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) fait le point sur son année 2018. Une année record sur le plan du financement avec 19 milliards de crédits et d’aides mobilisés pour les entreprises. Le directeur Nicolas Dufourcq a annoncé que sa structure ne dépasserait pas le cap symbolique des 20 milliards en raison de la disparition du CICE. En revanche, Bpi mise sur l’innovation en investissant dans de futures licornes, comme Doctolib ou Agricool.

C’est une structure bien connue des entrepreneurs qui passent par elle pour obtenir une bourse, une avance récupérable, différents types de prêts et d’accompagnement. Autant de coups de pouce, que nous énumérions récemment, à solliciter selon les besoins et l’évolution de l’entreprise, de la start-up au grand groupe. La Banque Publique d’Investissement, Bpifrance, présentait ce matin à la presse son bilan 2018. Une année qualifiée de « record en financement » avec un total de 19 milliards de crédits et d’aides mobilisés pour les entreprises. « Nous ne franchiront pas le cap des 20 milliards en 2019 », a cependant prévenu Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, « parce que le CICE disparaît ».

19 milliards de crédits et d’aides aux entreprises

Dans le détail, sur les 19 milliards de crédits et d’aides aux entreprises, il faut compter 17,8 milliards de crédits (+11%), dont 7,5 milliards (+8,1%) de prêts avec ou sans garantie. A noter que les prêts sans garantie sont stables à 2,5 milliards, Nicolas Dufourcq soulignant « qu’il manque de dotation publique pour couvrir le risque », et les prêts avec garantie bondissent de 13% à 5 milliards « dans un marché pourtant très bancarisé ». S’ajoutent 10,4 milliards de financement à court terme (8,7 milliards d’avances classiques (+13%) et 1,6 d’avance du CICE (+11%)), « ce qui prouve que les entreprises ont des besoins de financement à court terme, en lien avec leur croissance », indique Bpifrance.

Reste 1,2 milliard de financement à l’innovation, « en légère baisse » sur les aides et subventions, mais en hausse sur le nombre de projets financés, passant de 5 421 en 2017 à 5 652 en 2018. Nicolas Dufourcq a ainsi indiqué que ces entreprises financées l’ont été sur différentes formes de prêts à l’innovation. « Une avance remboursable est remboursée une fois sur deux, un prêt à l’innovation a un taux de défaut de 3%, un prêt à l’amorçage a un taux de défaut de 5% », a précisé le directeur général comme pour souligner le pari sur l’avenir effectué par Bpifrance.

Au total, ce sont 442 millions de prêts aux entreprises innovantes (+35%) en 2018, « uniquement possibles grâce au plan Juncker ». Lancé en 2015, ce plan européen compte relancer l’investissement et l’industrie en Europe. Il a permis de mobiliser en Europe 315 milliards d’euros d’investissement entre 2015 et 2018. Ce plan arrivé à son terme, est-ce à dire que les prêts aux entreprises innovantes vont s’écrouler cette année ?  

Futures licornes

Bpifrance parie sur l’avenir avec 2 milliards de fonds propres mobilisés : la structure a investi ainsi directement au capital de 247 entreprises en 2018, contre 213 en 2017. Dans le détail, 328 millions ont été investis en capital innovation dans 104 entreprises (+20%) ; 732 millions dans les PME, ETI et grands groupes ; et 962 millions souscrits dans des fonds. « Nous enregistrons une forte hausse du capital innovation avec notamment le fonds Large Venture qui a réinvesti dans des entreprises telles que ManoMano, DBV, Doctolib, CybelAngel… » Nicolas Dufourcq pariant sur les futures licornes DBV, Doctolib, Openclassroom, et potentiellement ManoMano.

En 2018, des fonds sectoriels ont également été créés avec Definvest pour le compte du ministère des armées et Patient Autonome qui soutient notamment Doctoconsult.   

Côté PME, Bpifrance n’est pas en reste avec un bond de 59% des investissements en PME à 196 millions d’euros. Au total, 200 opérations ont été effectuées, dont 69 nouveaux investissements au ticket moyen de 2,5 millions d’euros. 

A noter toutefois une baisse des opérations sur les ETI passant de 692 à 536 millions, mais 20 cessions « pour faire tourner le portefeuille ».

Sur l’activité « fonds de fonds », Bpifrance enregistre une baisse de 7% du passant de 1 040 millions souscrits en 2017 à 962 en 2018. L’an passé, 50 fonds ont ainsi été financés et au total 4 000 entreprises sont regroupées dans les portefeuille de 400 fonds partenaires. « Le fonds de fonds est en train de devenir un enjeu majeur car les distributions, à savoir les retours par fonds privés avec plus-values, sont profitables, notamment dans la biotech. »

Bpifrance pour tous

Enfin, Bpifrance, c’est aussi de la garantie. « Grâce à des fonds de garantie, nous couvrons le risque que prennent les banques françaises », ajoute Nicolas Dufourcq. En 2018, les prêts bancaires privés garantis (les crédits aux TPE garantis par les fonds de Bpifrance) représentaient ainsi un montant de 8,7 milliards d’euros (-1,8%). « C’est plutôt positif que cela baisse car cela pèse sur les finances publiques. »

En 2019, Bpifrance va lancer un nouveau produit à destination des TPE : de petits crédits directs, à 10 000 euros maximum, et sans garantie, à souscrire sur internet grâce à une plate-forme en ligne en construction.

Enfin, étant une banque de proximité, Bpifrance se lance en 2019 dans une tournée des quartiers ciblés par les politiques de la ville afin d’aller dans ces territoires dits sensibles pour présenter les possibilités de financement et d’accompagnement.