Lancée par deux bricoleurs, la place de marché Mon Echelle – renommée en cours de route ManoMano – fête ses cinq ans d’existence. Avec 2,9 millions de produits référencés sur le site, une présence dans six pays et un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros en 2017, qu’elle compte quasiment doubler en 2018, la start-up espère rapidement faire sa mue et se transformer, à l’horizon 2020, en licorne.  

 « Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer et du Dunlopillo… » Se rendre sur ManoMano, c’est se retrouver en immersion dans La Complainte du progrès de Boris Vian, version bricolage. Ici, pas de « tourniquette pour faire la vinaigrette », mais une tondeuse thermique poussée, un cric, une cabine de douche, une perceuse à percussion, un pot de peinture…

Le concept de la jeune pousse a germé d’un constat simple : « Nous étions frustrés de notre pratique du bricolage. » Ce « nous », c’est le duo fondateur de Mon Echelle, devenu ManoMano, Philippe de Chanville et Christian Raisson. Deux « bricolos » du dimanche, anciens capital-risqueurs, qui rencontraient quelques difficultés à dénicher les bons outils pour retaper leur appartement ou leur maison de vacances. En 2012, ils se lancent avec pour idée de créer la place de marché du bricolage. 

Cinq ans après, le site internet comptabilise 2,9 millions de produits référencés, « là où les magasins spécialisés n’en présentent que 60 000 ». Le credo de ManoMano : la variété. « Nous ne venons pas de la vente, nous sommes d’anciens clients. Nous voulions qu’il y ait le plus grand choix possible sur le site », souligne Philippe de Chanville.

250 millions d’euros de chiffre d’affaires

Les deux anciens cadres de la finance ont fait le pari du web sur un secteur traditionnel. Une « disruption » payante puisque les ventes ne cessent de croître. L’entreprise a vu son chiffre d’affaires passer d’un million d’euros, réalisé durant les six premiers mois, à 250 millions en 2017 et 400 millions envisagés à la fin de  l’année 2018.

« En 2020, nous espérons atteindre le milliard de chiffre d’affaires. » ManoMano, la prochaine « licorne » française ? Pour l’instant, seules Blablacar, Criteo et Vente-privée peuvent se ranger sous la définition licorne, à savoir une entreprise créée après l’an 2000 et valorisée plus d’un milliard de dollars.

« C’est un pure player, la croissance est liée à l’évolution des modes de consommation », constatent les entrepreneurs qui ont eu le flair de se lancer sur un secteur à fort potentiel. En France, le bricolage est un marché de 30 milliards d’euros qui représente pour eux 85% du business. Et après s’être déployé dans l’Hexagone, ManoMano est parti à la conquête du marché européen avec la Belgique, l’Allemagne et le Royaume Uni en 2017 et l’Espagne et l’Italie cette année. « En Allemagne, le marché est évalué à 60 milliards », savourent les cofondateurs.

60 millions d’euros levés

Une croissance poussée par du financement. Après un premier tour de table de 13 millions d’euros réalisé auprès de Partech Ventures, Piton Capital, et bpifrance, en décembre dernier, l’entreprise a réalisé une nouvelle levée auprès de General Atlantic, un fonds d’investissement américain, pour un montant de 60 millions d’euros. Objectif : muscler les équipes de développeurs, data-scientists et marketing, notamment dans les nouveaux pays d’implantation. 

ManoMano, une boîte tech qui a su convaincre des recrues de choix : Christine de Wendel, ancienne directrice de Zalando pour s’occuper des opérations, et Olivier Vaury, ancien DAF d’Amazon France et Casino pour prendre en charge les finances.

« Notre principale réussite est d’avoir su cultiver notre ambition en misant sur la croissance et l’international, sans jamais oublier la dimension humaine de l’entreprise », indiquent les fondateurs qui emploient aujourd’hui 255 salariés de 13 nationalités différentes. Pourtant, ils avouent avoir commencé par de belles erreurs, comme engager des profils trop juniors à des postes clés ou ne pas anticiper la croissance des équipes et devoir déménager au rythme de la croissance frénétique de l’entreprise.

Côté produits, la start-up ne lésine pas sur la qualité, malgré la quantité. « Nous avons embauché des personnes spécialisées qui trient les outils pour avoir les meilleurs aux meilleurs prix. » Une communauté gravite aujourd’hui autour des clients pour leur proposer des conseils sur les outils et les techniques. Des professionnels du secteurs leur rédigent des guides et des influenceurs parlent d’eux sur les réseaux sociaux. « Mon frigidaire, mon armoire à cuillères, mon évier en fer, et mon poêle à mazout… »

Article publié dans le 4ème numéro du magazine Forbes France, en kiosque depuis septembre 2018