THE CROWN | EPISODE #4 & FIN | Bienvenue dans notre série sur la famille royale d’Angleterre. Entrez dans les coulisses d’une saga incroyable, d’une machine à cash aussi… en livres sterling et dollars. Ce n’est pas du cinéma, vous êtes bien dans le monde réel. L’interview explosive du prince Harry et de Meghan Markle avec la célèbre présentatrice Oprah Winfrey a ébranlé la famille Windsor et leur « Firme », vieille d’un millénaire. 

Après l’interview du Prince Harry et de Meghan Markle avec Oprah Winfrey le 7 mars dernier, la « Firme » avance sur un terrain glissant. Les membres les plus influents de la maison Windsor auraient pourtant dû prédire les retombées d’une telle interview. « Je ne sais pas comment ils pourraient s’attendre à ce qu’après tout ce temps, nous puissions tout simplement garder le silence, si la “Firme” joue un rôle actif dans le fait de colporter des mensonges sur nous », confie Meghan Markle à Oprah Winfrey.

La « Firme » est le surnom menaçant attribué à la famille royale. Ce surnom remonte à plus de 80 ans, à l’époque qui a suivi l’épisode le plus controversé de l’histoire moderne de la famille royale : l’abdication d’Édouard VIII en 1936. Par la suite, le surnom a été attribué au père de la reine Élisabeth II, le roi George VI, qui a succédé à son frère aîné, et au mari d’Élisabeth II, le prince Philip. Ainsi, le surnom sinistrement juste attribué aux membres les plus influents de la famille royale est resté. Aujourd’hui, la Firme, connue également sou le nom de « Monarchy PLC », est un empire de 28 milliards de dollars qui injecte chaque année des centaines de millions de livres sterling dans l’économie du Royaume-Uni. Des mariages somptueux retransmis à la télévision (le mariage royal de Harry et Meghan a rapporté environ 1,5 milliard de dollars à l’économie britannique) aux tournées en fanfare dans les pays du Commonwealth en passant par les démonstrations publiques d’apparat, tous les évènements mettant en scène la famille royale suscitent un intérêt massif et génèrent des profits. Cette entreprise investit également dans l’immobilier et possède de ce fait des biens de premier ordre dans le centre de Londres ou encore des terres agricoles en Écosse.

Par ailleurs, les aventures de la famille royale ont été un véritable filon pour la presse britannique. Dans l’interview accordée à Oprah Winfrey, Meghan Markle revient sur le « contrat invisible » qui lie la famille royale et les tabloïds outre-Manche. La duchesse de Sussex décrit une relation à la fois symbiotique, servile et sinistre. Les ventes de journaux en kiosque et les audiences télévisées ne sont pas en reste. En 2018, le groupe Brand Finance (groupe mondial indépendant d’évaluation de marques et de conseil en stratégie de marque, NDLR) a estimé la contribution de la Firme dans l’industrie des médias à près de 70 millions de dollars. Ce chiffre peut paraître faible après que l’interview de Harry et Meghan a été diffusée dans plus de 60 pays. Pourtant, même le prince a reconnu que lui et sa femme ont regardé la série The Crown sur Netflix, série acclamée par la critique.

Qui peut entrer dans la Firme et en récolter les bénéfices ? Cette question est depuis longtemps un sujet de discorde au sein même de la famille royale. Après le départ de Harry et Meghan de leurs fonctions officielles, le nombre de membres à temps plein de la famille royale a été réduit à huit. À la tête de la Firme, la reine Élisabeth II est assistée par sept autres membres de la royauté : le prince Charles (prochain héritier de la couronne dans l’ordre de succession) et sa femme, Camilla Shand, duchesse de Cornouailles, le prince William (second héritier de la couronne dans l’ordre de succession) et sa femme, Kate Middleton, duchesse de Cambridge, la princesse Anne (la fille de la Reine), le prince Edward (le fils le plus jeune de la Reine) et sa femme, Sophie Rhys-Jones, comtesse de Wessex. Selon l’historienne et spécialiste de la famille royale, Carolyn Harris, la réduction du cercle restreint vise autant à consolider les ressources de la Firme qu’à préserver le contrôle de sa réputation.

« Ces efforts de réorganisation ont clairement pour objectif de rassurer l’opinion publique qui s’inquiète du fait que le Sovereign Grant [paiement versé annuellement à la monarchie par le gouvernement britannique pour financer les fonctions officielles du monarque, NDLR] soit versé à un trop grand nombre de personnes et que trop de fonds soient alloués aux membres mineurs de la royauté », a déclaré Carolyn Harris.


Grâce à ses investissements, ses bijoux et ses deux châteaux, la Reine possède un patrimoine personnel estimé à 500 millions de dollars.


L’organigramme même de la Firme est le reflet de cette entreprise familiale vieille d’un millénaire. Sa réussite repose sur l’opinion publique qui la soutient. Pour David Haigh, directeur général de Brand Finance, « la Firme repose sur un système formalisé calqué sur le modèle des influenceurs. » Toutefois, contrairement à la famille Kardashian, les Windsor ne récoltent pas personnellement les fruits de leur business, bien que leur contribution à l’économie britannique avant la pandémie soit estimée à 2,7 milliards de dollars par an. L’influence de la famille royale sur l’économie du Royaume-Uni est avant tout fondée sur le tourisme. Néanmoins, David Haigh observe qu’il existe d’autres avantages financiers, comme la couverture médiatique gratuite dont bénéficie la Grande-Bretagne, dont les retombées sur l’économie britannique sont estimées à 400 millions de dollars en 2017. Par ailleurs, la Firme accorde également de nombreux Royal Warrants(mandant émis aux entreprises qui fournissent des biens ou des services à la Couronne anglaise, NDLR), essentiellement pour des produits haut de gamme comme les verstes de la marque Barbour ou le whisky Johnnie Walker. Selon David Haigh, un Royal Warrant permettrait à une entreprise d’augmenter ses revenus jusqu’à 10 %. Les avantages économiques pour les entreprises et les institutions gravitant autour de la famille royale dépassent largement les 550 millions de dollars de dépenses liés au fonctionnement de la royauté.

Pour autant, faire partie de la machine monarchique n’est pas un rêve pour tout le monde. La pression énorme qui pèse sur les épaules des membres de la famille royale a poussé certains membres à se détacher de la Firme, notamment la princesse Diana et, désormais, Harry et Meghan. Tandis que la princesse Diana a connu une fin tragique, le duc et la duchesse Sussex sont soutenus par des amis puissants et célèbres aux États-Unis. Par ailleurs, grâce aux nombreux contrats qu’il a conclus avec Hollywood, le couple pourrait se retrouver bien mieux loti financièrement (et émotionnellement) que ceux qui, selon les mots du prince Harry, sont restés « piégés ».

 

En faillite

Le prince Harry et Meghan Markle. | Source : Getty Images

Ne plus faire partie de la famille royale britannique n’équivaut pas à une condamnation à mort financière. Installés dans leur maison à 14,7 millions de dollars à Santa Barbara en Californie, Harry et Meghan ont conclu de nombreux contrats avantageux qui leur assurent des revenus pour les décennies à venir. Ces revenus sont notamment nécessaires pour assurer la sécurité 24/24 du couple et de leur enfant, ce qui pourrait leur coûter jusqu’à 4 millions de dollars par an.

Les sources de revenus du duc et de la duchesse de Sussex sont multiples. En décembre 2020, le couple a lancé son premier podcast sur Spotify, intitulé Archewell Audio. Toujours en décembre, ils ont signé un contrat de podcasting sur trois ans avec la plateforme de musique. Selon les estimations de Forbes, ce contrat pourrait valoir entre 15 et 18 millions de dollars. À cela s’ajoute le contrat avec Apple TV+ (dont le montant n’a pas été divulgué) pour une série sur la santé mentale, que Harry coproduira avec Oprah Winfrey, ainsi qu’un autre contrat sur cinq ans avec Netflix d’une valeur de 100 millions de dollars. Le couple s’est engagé auprès de la plateforme à produire des documentaires, des séries documentaires, des longs métrages, des séries et des programmes pour enfants. Les revenus perçus grâce à ce partenariat devraient largement dépasser le montant de l’allocation que le prince recevait auparavant du duché de Cornouailles.

En choisissant Oprah Winfrey pour leur première interview après avoir quitté la Firme, le couple a réalisé un choix judicieux en adéquation avec ses projets. Ainsi, lorsque Meghan Markle évoque au début de l’interview les pensées suicidaires qui l’animaient quand elle résidait à Frogmore Cottage et l’absence de soutien de la part de la Firme, Oprah Winfrey mentionne son partenariat avec le prince Harry : « Personne ne devrait avoir à vivre ça. Vous savez, Harry et moi travaillons sur cette série pour Apple qui parle de la santé mentale, donc nous entendons beaucoup d’histoires sur ce sujet ».

Libres des contraintes de la Firme, Harry et Meghan ne risquent pas de rencontrer les mêmes difficultés financières que le grand-oncle du prince, le roi Édouard VIII, qui a abdiqué pour épouser une Américaine divorcée, Wallis Simpson, dans les années 1930. Selon le directeur général de Brand Finance, David Haigh, si le couple développe encore plus ses activités et se lance dans la joaillerie ou la mode, alors « Harry et Meghan pourraient devenir une marque à un milliard de dollars. »

Article traduit de Forbes US – Auteures : Ariel Shapiro et Deniz Çam

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