Alors que le digital s’impose en période de crise sanitaire, les Insurtechs et Fintechs sont au coeur des nouveaux usages de consommation des services financiers. Afin d’identifier les tendances qui feront l’année 2021, nous sommes allés à la rencontre de Joel Bassani, influenceur et observateur de ce secteur depuis plusieurs années.

 


Joel Bassani qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Je suis issu du monde du conseil en assurance avec une forte expertise du métier (Santé, IARD, prévoyance), complétée par de la business intelligence au service d’une direction financière industrielle. J’ai créé Jinnbee, autour d’un blog en 2017, afin de défricher et décrypter les innovations au service de l’assurance, tel que pourrait ou devrait le faire un assureur. J’ai donc une connaissance très fine des startups en France et dans le monde, à commencer par la base de données des 4 000 Insurtechs que j’analyse dans le monde. Je suis également enseignant et formateur autour de ces questions.
Mon objectif est d’une part d’aider à identifier des opportunités de développement autour de nouvelles offres ou nouveaux risques, et d’autre part, d’identifier des opportunités de transformation des processus.

Vous êtes Expert dans le domaine de l’Insurtech, arrive-t-on enfin à l’âge de la maturité de ces sociétés ?

Le marché des Insurtechs est en croissance exponentielle depuis plusieurs années avec un nombre croissant de création de structures et des levées de fonds de plus en plus importantes ! A ce titre, on peut constater que nous sommes toujours sur un marché dynamique, mais qui atteint effectivement des limites, ou une certaine maturité.
Nous pouvons constater plusieurs éléments concomitants :

  • L’absence de « sandbox » réglementaire empêche dans beaucoup de pays la véritable disruption du marché par la création de porteur de risques. Le nombre de startups de ce type est encore marginal comparé aux distributeurs ;
  • La plupart des startups (hors distributeurs) répondent à des niches de besoins, souvent identiques d’un pays à un autre. Nous allons probablement commencer à assister à une vague de rachats/fusions pour renforcer la construction du « processus idéal » ;
  •  Enfin, l’assurance reste encore fondamentalement un produit qui se vend, et seul le modèle de plateforme, d’open insurance et d’API fait apparaître des opportunités de scalabilité pour l’instant.

En bref, nous terminons clairement une première vague, place maintenant à la suivante qui sera plus ambitieuse, plus structurée et plus connectée !

 

Quelles sont pour vous les vraies success stories ? Pour quelles raisons ?

Il existe de nombreuses belles histoires en France, mais déjà bien connues, je souhaiterais parler de plusieurs exemples à l’étranger :

  • Le cas emblématique de ZhongAn est inévitablement le premier à citer avec ses 8milliards de contrats vendus en 5 ans auprès de 500millions de clients ! D’un point de vue scalabilité et profitabilité, c’est un modèle très vertueux, mais qui peine à prendre la même ampleur dans d’autres pays.
  • En Europe, le modèle Wefox, complété par l’assureur digital ONE fait figure de bon exemple de réussite autour d’un modèle de plateforme qui répond à l’intégralité des besoins d’un client.
  • De manière plus générale, la véritable success story, c’est que, grâce à ces centaines de démarches vraiment pertinentes dédiées aux assureurs ou aux assurés qui utilisent mieux les nouvelles technologies, on peut aujourd’hui dire que le secteur s’est mis en mouvement, ce qui n’était pas gagné !

Un peu de prédiction, quelles sont les tendances et sociétés à suivre en 2021 ?

Deux tendances sont très clairement à suivre et à anticiper :

  • Première tendance, tout ce qui gravite autour de l’open insurance et notamment à travers l’APIsation des systèmes d’information qui va à la fois réorienter le marché vers un jeu de distributeurs au plus près du client et permettre la construction de produits de niches avec un time-to-market optimisé ;
  • Deuxième tendance, les objets connectés et la télématique, non pas pour trouver une profitabilité à court terme dans le S/P, mais plutôt car c’est l’un des pré-requis pour être encore là d’ici quelques années, donc un investissement nécessaire pour survivre.

Concernant les sociétés à suivre, commençons par Assurly pour un 3ème agrément de porteur de risque en France autour de l’assurance emprunteur. Je suis d’assez près Ozon, dans sa perspective de devenir insurtech cyber de référence en Europe, ou les démarches menées par Akur8 sur la tarification ou Descartes Underwriting sur le paramétrique.

 


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