À San Francisco, le géant Facebook emboîte le pas à d’autres géants de la tech et a annoncé investir 1 milliard de dollars pour améliorer le marché de l’immobilier en Californie et proposer de nouvelles options plus abordables.

L’entreprise a enregistré plus de 180 milliards de dollars de chiffre d’affaires depuis 2016 et attire souvent l’attention pour sa préférence vers les profits privés plutôt que vers l’intérêt général. Le plus grand réseau social est-il prêt à résoudre le problème du logement auquel il a contribué ?


Selon CultureBanx, Facebook investit en fait moins de 1 % de son chiffre d’affaires des trois dernières années dans la résolution de la crise du logement, ce qui n’illustre pas vraiment un engagement financier ferme. Dans le cadre de la promesse de don à hauteur d’un milliard de dollars, le réseau social s’est engagé à investir 150 millions de dollars pour le développement et la construction de logements abordables, y compris des habitations pour les sans-abri, dont la Californie a désespérément besoin. En 2017, l’enquête San Francisco Homeless Count Survey a révélé que les différences entre la population logée et les sans-abri de la ville de San Francisco étaient notables. Les Afro-Américains représentaient notamment 34 % des sans-abri de la ville, alors qu’ils ne représentent que 6 % de sa population générale. Le projet de Facebook, composé à la fois de subventions, de prêts et de dons de terrains, vise à aider les enseignants, les infirmiers et les secouristes à vivre au plus près de leur lieu de travail.

La crise du logement en Californie est sévère, et les grandes entreprises de tech ne font que l’aggraver, gonflant les revenus de leurs employés au-delà de ce que le marché du logement local peut supporter. À titre d’exemple et selon les derniers chiffres du département du Logement et du Développement urbain des États-Unis, un ménage composé de quatre personnes, qui gagne 117 400 dollars par an (environ 105 800 euros) ou moins, est considéré comme un revenu faible dans la région de la baie de San Francisco. Ce chiffre place la ville bien au-delà de Los Angeles et New York, où la tranche des revenus faibles commence respectivement à 77 500 dollars annuels (environ 69 800 euros) et 83 450 dollars annuels (environ 75 200 euros). À San Francisco, la tranche des revenus très faibles se situe entre 44 000 et 73 300 dollars pour une famille de quatre, et c’est cette catégorie de personnes que Facebook vise avec son projet, notamment les instituteurs.

Facebook imite ce que Google, l’un des plus gros employeurs de la région de San Francisco, a déjà fait l’été dernier. Le géant des moteurs de recherche avait décidé d’investir un milliard de dollars supplémentaires dans le logement de la région. Dans le cadre de son engagement, Google avait créé un fonds d’investissement à hauteur de 250 millions de dollars, visant à inciter les promoteurs à construire au moins 5 000 logements abordables.

Mais pour Facebook, faire des dons à l’aveuglette ne suffira probablement pas. Les coûts de construction élevés dans la région entravent en effet les efforts visant à accélérer la fabrication de logements abordables à San Francisco. Selon le Government Accountability Office, la construction d’un logement typique pour une famille à faible revenu coûte environ 400 000 dollars dans la région de la baie. Ce montant n’est pas compatible avec l’objectif de Facebook, qui souhaite construire jusqu’à 20 000 logements, alors que pour ce faire il faudrait investir au moins 8 milliards de dollars.

Les promoteurs ne sont pas nécessairement intéressés par ce type de projets, car en 2016, les électeurs de San Francisco ont adopté une proposition visant à faire passer de 20 % à 30 % la part des immeubles abordables de la ville. Cela signifie que les promoteurs paient environ 200 dollars le pied carré (soit environ 0,09 mètre carré) pour cette partie du projet. Par exemple, un ensemble de 100 000 pieds carrés de logements locatifs (environ 9290 mètres carrés) rapporterait environ 6 millions de dollars.

Les géants de la tech Microsoft et Amazon ont également fait des tentatives pour endiguer la crise du logement dans la région de Seattle, mais elles sont restées superficielles. Microsoft essaie d’aider la ville à être plus inclusive, et a injecté 500 millions de dollars dans des projets de logements abordables à Seattle. Parmi cette somme, ils prévoient d’affecter 25 millions de dollars sous forme de subventions, afin de venir en aide aux résidents à faible revenu et aux sans-abri de Seattle. Mais ce montant n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Dans les détails, le projet de l’entreprise ne représente que 2,7 % de son chiffre d’affaires net annuel, et ce, sans parler du fait qu’au cours des dix dernières années, Microsoft a réalisé un chiffre d’affaires net de 184 milliards de dollars.

Et maintenant ? Au sujet de l’investissement de Facebook, il vaut mieux tard que jamais certes, mais seul le temps nous dira si ce projet aura véritablement aidé les résidents de San Francisco. Entre temps, l’entreprise sera bien occupée avec les questions de réglementation gouvernementale qui font l’actualité. Le PDG, Mark Zuckerberg, a notamment été entendu la semaine dernière par le Comité des services financiers des États-Unis au sujet de sa cryptomonnaie Libra.