Parmi les multiples enseignements que l’on peut d’ores et déjà tirer de la crise sanitaire dans laquelle est plongée notre pays, il en est un qui pourrait transformer notre monde, en tout cas je le souhaite grandement : la redécouverte de la noblesse et de l’indispensabilité des métiers de services, et en particulier ceux du quotidien. Par Jean-Jacques Gressier, leader au service de l’équipe de l’Académie du Service.

 


Que deviendrions-nous sans tous ceux qui, souvent dans l’ombre, font profession d’être au service des autres : les soignants, les chauffeurs routiers, les livreurs, les personnels de la grande distribution, les commerçants, les salariés des services à la collectivité, sans oublier les enseignants qui œuvrent à distance, les policiers, gendarmes et militaires. Ils ont construit, dans leurs spécialités respectives, une chaîne d’expertise et de solidarité active qui permet à tous les Français de supporter le confinement auquel ils sont assignés. Le plus singulier est que ces activités, avant la crise du coronavirus, n’étaient pas situées au sommet de la chaîne de valeur des activités économiques, et encore moins s’agissant de la rémunération de leurs salariés.

La notion de service est vitale pour notre société

Tous ceux qui exercent ces métiers nous font pourtant découvrir, de façon spectaculaire, l’importance vitale dans notre société, de la notion de service. Ils font preuve d’un engagement, d’un désintéressement, d’une prise de risque, parfois au péril de leur santé et de leur vie, qui laisseront des traces profondes dans la perception que nous devrons avoir dorénavant de leur apport à la communauté. Pour nous qui travaillons depuis toujours sur la notion de service et le rapport entre l’entreprise, ses collaborateurs et les clients, c’est une réelle satisfaction que de constater cette revalorisation des métiers de services dans un pays où le mot « servir » a pris trop souvent dans le passé une connotation négative.

 

Dans une société où les nouvelles technologies bouleversent les modes de vie et de travail, où une partie des activités économiques et sociales se déroule « à distance » (et plus encore dans le moment présent), nous redécouvrons les bienfaits de la notion de proximité. Nous prenons conscience tout à coup de la valeur ajoutée qu’elle porte. Dans les rares interactions sociales que l’on peut avoir en cette période de « distanciation », par exemple avec les commerçants de proximité, nous nous rendons compte de la nécessité de la « relation », nous osons même la relation, alors que nous n’y pensions pas toujours avant la crise. Les applaudissements pour saluer les personnels soignants, les petits mots de remerciement posés sur les poubelles, le sourire échangé avec le postier, sont l’expression d’une prise de conscience collective : le rôle crucial que revêt, dans la vie sociale et économique, le fait de se mettre au service des autres. Soudain, le geste de servir a pris une valeur réelle, concrète, lorsque la caissière de supermarché, le chauffeur de poids-lourd, s’engagent au service des autres. Leur geste a un prix pour la collectivité, il ennoblit le métier qu’ils font aux yeux des autres mais aussi à leurs propres yeux.

Les mots « servir et « soin » sont issus de la même racine

Les entreprises devront tirer profit de cette expérience. Jamais la « Symétrie des Attentions », un concept sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années, n’aura pris autant de sens. Prendre soin de ses collaborateurs c’est aussi prendre soin de ses clients. Le regard nouveau que cette crise nous engage à porter sur ceux qui nous servent nous conduit aussi à porter un regard nouveau sur « l’autre », mais aussi sur tout ce qui nous entoure, sur le « vivant » en général. N’oublions pas que les mots « servir et « soin » sont issus de la même racine. Observons avec joie toutes les initiatives citoyennes pour aider ceux que le confinement met plus à l’épreuve, voir en danger. La pratique de ces attentions laissera des traces positives. Je formule le vœu qu’elles se poursuivent après la crise et conduisent un grand nombre d’entreprises à définir leur mission vis-à-vis de la société. J’espère que cet élan collectif influencera aussi les dirigeants de certains pays à essayer solidairement de bâtir un monde plus juste.

 

Ces initiatives, ces expériences doivent constituer le terreau sur lequel s’épanouira demain une relation renouvelée, riche, bienveillante entre les entreprises, leurs collaborateurs et leurs clients, dans le respect de l’humanité doit toujours primer sur tout autre objectif. Car depuis quelques semaines, les femmes, les hommes, les entreprises et les gouvernants se rendent compte qu’au cours de cette période difficile, c’est le lien humain qui s’est avéré déterminant. Il est donc plus indispensable que jamais de le valoriser.