La vodka n’est généralement pas tenue en estime autant que peuvent l’être des spiritueux comme le bourbon ou le cognac. Elle est d’ailleurs plutôt associée à des fêtes étudiantes et des lendemains difficiles. Mais aujourd’hui, la start-up Air Co. entend dépoussiérer cette image avec sa nouvelle distillerie durable installée à Brooklyn.

Là-bas, pas de vodka traditionnelle : au lieu d’utiliser le processus de fermentation, la technologie brevetée de l’entreprise permet de transformer les émissions de dioxyde de carbone en éthanol consommable. Le produit fini est une vodka de qualité dont chaque bouteille permet d’éliminer 500 g de CO2.


Gregory Constantine, PDG et cofondateur de la start-up avec Stafford Sheehan, directeur technique, explique : « Plutôt que de nous implanter sur le marché des produits de base avec l’éthanol que nous créons, nous avons réfléchi à la proposition de valeur à partir du prix où l’éthanol de qualité est le plus élevé. Et il se trouve que la vodka artisanale est un créneau très intéressant ».

Air Co. vient donc d’annoncer son premier produit après deux ans de recherche et développement. Par la suite, la start-up envisage de commercialiser des parfums et d’élargir sa gamme à d’autres produits à base d’éthanol. Grâce à son processus de production unique, Air Co. estime que sa vodka fait partie des vodkas les plus pures sur le marché.

Les deux cofondateurs sont diamétralement opposés, et pourtant ça marche. Gregory Constantine dirigeait auparavant le marketing musical et culturel de Smirnoff, il a les cheveux bouclés et a tout l’air du créateur de vodka new-age. Stafford Sheehan, lui, a passé des années dans les laboratoires pour obtenir son doctorat en physique chimie à l’Université Yale, il porte des lunettes épaisses et semble plus à l’aise pour parler de photosynthèse artificielle et de conversion du dioxyde de carbone que de marketing.

Le duo s’est en fait rencontré lors de l’événement Forbes 30 Under 30 en 2017, et ils se sont tout de suite entendus sur leur désir de monter une société axée sur un but précis. À l’époque, Stafford Sheehan était PDG de Catalytic Innovations, une entreprise inspirée de ses recherches menées à Yale qui venait de se lancer dans la vente de revêtements anticorrosion pour oléoducs.

« Bien que ce travail ait été très important, j’avais plutôt le cœur à la conversion de dioxyde de carbone. Je travaillais là-dessus en parallèle, et lorsque nous nous sommes rencontrés, je voulais m’investir plus dans la lutte contre le réchauffement climatique et pas seulement bricoler dans un laboratoire », explique-t-il. 

Gregory Constantine lui a apporté la solution parfaite grâce à son travail chez Smirnoff et l’idée naît rapidement : celle d’une vodka faite à partir de dioxyde de carbone et d’eau.

La distillerie Air Co. dispose désormais d’une chaîne d’approvisionnement organisée méticuleusement. Le processus commence par la captation du dioxyde de carbone d’un pollueur local (si le CO2 est importé, l’idée de base n’a plus aucun sens). Ils se fournissent même dans d’autres distilleries, car le dioxyde de carbone est un sous-produit de la fermentation, qui est la méthode traditionnelle de production de la plupart des alcools.

Mais tout cela ne s’arrête pas là : les appareils d’Air Co. fonctionnent entièrement à l’énergie solaire, grâce à des panneaux photovoltaïques installés sur le toit. Pour l’instant, la distribution du produit fini est uniquement locale, mais la start-up envisage d’installer des distilleries ailleurs aux États-Unis, afin de minimiser les émissions en CO2 dues à la distribution des produits. La vodka est déjà disponible chez certains commerçants et établissements à New York.

Les deux fondateurs admettent qu’il a parfois été difficile d’affirmer le sérieux de leur projet, celui-ci se situant à la limite entre l’innovation scientifique et l’incitation à la débauche. Les investisseurs en développement durable, mais aussi les investisseurs du marché de l’alcool ont tous eu du mal à saisir l’idée à ses débuts. Air Co. se contente donc pour l’instant d’un petit capital d’amorçage.


Gregory Constantine conclut : « Lorsqu’un produit est si novateur, c’est difficile. Il faut du temps pour éduquer le grand public. Mais ce que [Stafford Sheehan] a réussi à faire est vraiment, vraiment innovant : créer un liquide capable d’éliminer le carbone de l’atmosphère ».