Deux des plus grandes maisons de disques cherchent à tirer profit de la nouvelle industrie musicale, stimulée par des plateformes de streaming comme Spotify ou Apple Music.

Début février, Warner Music Group a laissé entendre une vente d’actions au grand public. Vivendi a fait la même chose, envisageant un appel public à l’épargne pour sa filiale Universal Music Group, quelques mois après avoir vendu 10 % de ses parts au géant chinois de la tech Tencent, pour plus de 30 milliards de dollars.


Voilà le genre de chiffres qui pourraient faire réfléchir à deux fois les investisseurs. La dernière fois que le public a eu la possibilité de miser sur l’industrie de la musique, les choses ne se sont pas bien passées : Warner Music Group, après s’être séparée de sa société mère Time Warner, est entrée en bourse en 2004 avec une action à 17 dollars. Lorsque le milliardaire Len Blavatnik a privatisé l’entreprise par le biais de sa société d’investissement Access Industries en 2011, il a payé 8,25 dollars par action ainsi qu’une dette, pour une transaction totale de 3,3 milliards de dollars.

Mais les temps ont changé. Les maisons de disques ne se sont pas laissées abattre par le piratage musical et ont vu leurs ventes revenir à des niveaux jamais vus depuis le pic du secteur de la musique en 2000. L’an dernier, 785 millions d’albums ont été enregistrés, soit autant qu’en 2000, contre 443 millions en 2010. Il y a 20 ans, les recettes mondiales avaient établi un record de 23,9 milliards de dollars, et selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique, les chiffres de l’an passé n’étaient pas loin d’égaler ce montant. Goldman Sachs a publié un rapport de recherche prévoyant que le marché mondial de la musique enregistrée atteindrait 45 milliards de dollars d’ici 2030, puisque 1,5 milliard d’utilisateurs payent un abonnement musical. Il va sans dire que ce contexte est extrêmement favorable aux introductions en bourse.

Robb McDaniels, PDG de Beatport (une société de vente en ligne de musique électronique soutenue par Universal), estime : « La réalité, c’est que les gens obtiennent plus de primes sur les marchés publics et plus de liquidités. Dans le secteur de la musique, on ne savait jamais si un artiste allait avoir du succès ou non. Aujourd’hui, nous avons un flux de trésorerie régulier grâce au streaming, et même s’il ralentit, la croissance est prévisible. C’est ce qu’aime Wall Street ».

Universal, qui est aujourd’hui le plus grand groupe de musique, avec une part de marché mondial de 31 %, a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 8 milliards d’euros au cours des trois premiers trimestres 2019, soit 14 % de plus qu’en 2018. Pour sa part, Warner a enregistré des revenus de 4,5 milliards de dollars en 2019. Les deux sociétés qui avaient récupéré les actifs d’entreprises ayant fait faillite pendant la récession ont aujourd’hui un chiffre d’affaires plus élevé qu’à l’âge d’or de l’industrie musicale.

Quelques jours à peine après l’annonce des plans de Warner Music Group, Vivendi, la société mère d’Universal, a déclaré aux investisseurs vouloir négocier la vente de 10 % du capital de sa filiale, avec une introduction en bourse d’ici 2023. Il y a cinq ans, Vivendi avait décliné la proposition du fonds spéculatif américain P. Schoenfeld Asset Management, qui lui proposait de vendre la société de musique et d’utiliser les recettes pour augmenter les rendements en espèces. Vinvendi avait également refusé une offre à hauteur de 8,5 milliards de dollars de la part de SoftBank en 2013.

En un demi-siècle, Warner a découvert des artistes tels que Led Zeppelin et Aretha Franklin, mais encore Ed Sheeran, Bruno Mars et Lizzo. Elle est aujourd’hui la troisième plus grande société de l’industrie musicale (derrière Sony) et a connu une croissance annuelle de 12 % depuis 2017. L’an dernier, Warner Music Group a déclaré un bénéfice net de 258 millions de dollars, alors qu’en 2010, les chiffres étaient négatifs. En comparaison, Spotify, la première plateforme de streaming musical, a terminé son quatrième trimestre 2019 avec une baisse de 77 millions de dollars, malgré un pic d’abonnés.

Mais alors, quelle valorisation Universal et Warner peuvent-elles espérer sur les marchés publics ?

Bernie Resnick, avocat spécialisé dans le domaine du divertissement, déclare : « Malheureusement, je n’ai pas de boule de cristal. Il me semble que le marché actuel valorise le potentiel autant, voire plus, que les recettes. Cela explique les introductions en bourse réussies, mais surestimées, de certaines sociétés de la tech. Par ailleurs, les grandes maisons de disques ont des bénéfices historiques et faciles à vérifier… [ainsi que] des méthodes toujours plus variées pour monétiser leurs actifs numériques ».

 

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