Ou une rupture socio-économique que nous n’avons pas voulu voir venir. Avant-hier en 2008, on a vu le monde financier s’effondrer. Et hier, un groupe terroriste créait un Etat, une armée et nous menaçait de guerre sale ou bactériologique. Puis en décembre apparut loin de nous cette épidémie de coronavirus. Une épidémie qui a contaminé l’économie mondiale et généré une forte décélération à peine remarquée. Et nous, nous avons continué à cultiver notre obsession de réussite. Mais depuis deux semaines, c’est la rupture brutale et totale, une rupture plutôt mal anticipée.

Les moteurs de l’économie se sont s’éteints les uns après les autres en France. Les économistes prédisent tous une grave récession pour l’année 2020, voire 2021. 
Bien évidement avec ce confinement, les prestataires de services ont été les premiers touchés, le secteur manufacturier tourne, lui, au quart de ses capacité. 


Cette rupture qu’on n’a ni anticipée ni décidée est la nôtre maintenant, et il va bien falloir la subir

Tout d’abord, il va bien falloir admettre que si la Chine est grippée, l’Occident, Europe et États-Unis, a une pneumonie. Comme on le sait tous, il est beaucoup plus difficile de se remettre d’une pneumonie dans une démocratie que d’une grippe dans une démocrature.

Si on est optimiste, on pourra dire que les ruptures construisent plus encore que les continuations molles. Mais avant d’en arriver là, beaucoup vont devoir faire face à une profonde désorientation existentielle qui va peut être d’abord scarifier la génération des « millennials ».

Les jeunes Millennials qui arrivent sur le marché vont être déstabilisés

« Millennials » à qui les parents ont transmis des valeurs de solidarité, de respect, et d’ouverture sur le monde. Parents qui ont surtout incité ces enfants à l’expression de leurs personnalités. Résultats, cela s’est traduit par une obsession de réussite, par un certain narcissisme. Mais, ces parents ont aussi oublié qu’un enfant trop protégé, à qui on donne tout ce qu’il veut, développe « une mentalité de droit » et ignore les sacrifices qu’il a fallu faire pour en arriver là. Maintenant il risque de leur falloir faire des sacrifices sur les RTT et autres longs congés, les fréquents voyages et ce confort assuré par un salaire gratifiant, sacrifices auxquels ils ne sont pas préparés.  

Car ce familier cadre économique et social d’avant le coronavirus va se craqueler. Certains avantages vont s’effondrer. Il est probable que petit à petit nous allons entrer pour plusieurs années dans un inconnu précaire qui va nous déstabiliser. Il va falloir s’adapter à ce changement radical du milieu économique et social et, pour beaucoup, accepter de passer du confort certain à un inconfort incertain.

Point positif, si on accepte ces dépossessions, il faut savoir que les bifurcations et épreuves qui terrassent redéfinissent aussi, et permettent surtout d’évoluer dans ses priorités.  

Réjouissons nous car demain on peut s’attendre à des changements très positifs. Tout d’abord la relocalisation ou re-régionalisation des chaînes de productions. Les mouvements gilets jaunes en partie générés par la lente désindustrialisation régionale, gilets jaunes qui se plaignaient de la baisse constante de PMI manufacturières dans les départements, leurs vœux pourraient donc aujourd’hui être exaucés.

Si on prend l’exemple flagrant de délocalisations d’Apple, le nombre de ses fournisseurs américains a baissé de 32% en 8 ans, et le nombre de ses sous-traitants chinois a lui été multiplié par trois durant la même période. La France, championne de l’innovation dans un pays sans usine, avait, elle, pris ce tournant lors du passage aux 35 heures.

Cette crise servira-t-elle de leçon à ces pays occidentaux qui se retrouvent aujourd’hui tétanisés face aux défaillances de leurs milliers de sous-traitants participant à ces fameuses chaînes de valeur, des chaînes aujourd’hui cassées ? Sous-traitants pour la plupart situés en Chine, un pays dont les deux tiers des exportations étaient des sous-ensembles, des produits semi-finis, des composants ou matières premières ayant eu une première transformation. Cela concerne aussi bien sûr le secteur automobile, dont 85% de la valeur provient de sous-traitants.

Diriger c’est anticiper imaginer

Auriez-vous pu imaginer il y a un mois un Paris solidifié vidé d’une partie de ses habitants, l’aéroport d’Orly fermé et celui de Roissy CDG déserté, les transports en commun, dont la SNCF, quasi à arrêt, et tous les rouages économiques grippés ? Certainement non !  Une France faisant face à une triple urgence sanitaire économique et bientôt politique, et bien non, vous n’auriez pas pu l’imaginer.

Comme on a de la peine à imaginer demain une France, une Europe ré-industrialisées avec la renaissance de milliers de PMI dans les départements même les plus reculés. Impossible à imaginer. Une usine de bus électriques et des tanneries à Annonay dans l’Ardèche, une usine de luminaires à Lamotte Beuvron dans le Loir-et-Cher, ou une usine de mécanique industrielle dédiée à l’automobile à Périgueux en Dordogne.

Ces usines existaient il y a vingt ans, trente ans, il est fort probable qu’après l’électrochoc coronavirus on voie renaître un certain nombre de ces PMI sous-traitantes industrielles en France. Un pays qui pourra alors retrouver ses désirs simples que certains avaient voulu faire taire, désirs de proximité, de services publics dont des écoles, ou autres centres de soins qui avaient été fermés.  

Conclusion:  Tout cela incitera peut être tout un chacun, dont les “millennials”, à revenir à l’affabilité ou l’urbanité (usage du monde) et, grâce à cela nous pourrons alors assister à la naissance de cette nouvelle France qui inclura alors harmonieusement les périphériques qui étaient jusqu’alors assez entravés, déclassés, pour ne pas dire délaissés.