Créée en septembre 2020 Comptalib propose une solution web et mobile pour aider les entrepreneurs à devenir autonome dans la gestion comptable de leur activité. Deux des cofondateurs William Boiché et Maximilen Saint Dizier ont accepté dans un entretien pour Forbes France de nous en dire plus sur cette solution déployée depuis mars 2021 à la suite d’un tour de table d’1,5 million d’euros.


 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse et le but de votre projet ?

L’idée nous est venue en 2020 lors du confinement en constatant la difficulté des entreprises à gérer leur comptabilité. Avec Comptalib, nous voulons démocratiser la tenue comptable dématérialisée. Nous avons pour cela développé une application en ligne et via mobile en mars 2021, à la suite d’une levée de fonds de 1,5 millions d’euros.

 

Pourquoi êtes-vous implantés à Laxou, dans le Grand Est ?

Nous sommes tous deux originaires du Grand-Est et donc naturellement nous avons divisé nos équipes entre Paris et Laxou. Cette implantation régionale est importante pour nous car elle permet de toucher des publics assez différents : d’un côté les entrepreneurs à Paris ont des profils plus tech et marketing tandis que dans le Grand Est, il est question d’activités plus opérationnelles ou bien en lien avec la relation client.

 

Créer une fintech à l’aube d’une crise, ce n’est pas un peu risqué ?

C’est risqué mais en l’occurrence dans notre cas, la crise a généré plus d’opportunités de développement car il y a eu un changement de consommation chez les entreprises. À l’image par exemple de la généralisation de la visioconférence.

En tant que membres du cabinet Clémentine, qui regroupe des experts comptables et qui édite ses propres solutions, nous avons voulu créer Comptalib pour diffuser la comptabilité à notre façon. Ce sont bien deux entités différentes, avec leurs logiciels et structures juridiques propres, mais nous adressons d’autant plus les publics qui expriment une grande volonté d’autonomie sur la gestion de leurs comptes.

 

Vous souhaitez devenir le Doctolib de la comptabilité… Que signifiez-vous par là ?

Par “Doctolib de la comptabilité”, nous voulons signifier “plateforme d’échanges simplifiés entre praticiens et patients”, mais appliqué à la comptabilité : autrement dit permettre aux comptables et entrepreneurs de mieux collaborer. Traditionnellement les échanges se font par documents papier et nous voulons tout dématérialiser. Ainsi nos clients entrepreneurs et comptables disposent des mêmes outils.

Nos outils sont à 100% proposés en API, ce qui permet de s’adapter à tous types de structures. Notons par exemple la signature de partenariats avec des sociétés comme Payfit, Swile ou Qonto. Nous sommes complètement ouverts à ce que notre plateforme devienne un hub des différents outils nécessaires à la comptabilité des entreprises.

Si nous avons pour ambition de changer le marché de la comptabilité, c’est parce que nous estimons que l’écosystème est globalement vieillissant. Les acteurs traditionnels n’ont pas su s’adapter complètement au tournant du numérique.

En revanche, nous sommes tout de même connectés avec les banques traditionnelles, tout simplement parce que nous avons besoin d’accéder à tout un tas d’informations – comme les relevés de banque – pour être efficace.

Il est vrai que les start-up sont plus enclines à signer des partenariats et la collaboration avec elles va plus vite car leur fonctionnement est très agile. Mais nous restons aussi ouverts aux grands groupes car nous dépendons d’eux en termes de collecte d’informations.

 

L’IA peut permettre d’automatiser des tâches rébarbatives et interpréter des relevés de banque

 

Vous avez bouclé un tour de table en mars 2021. À quoi vont servir les fonds ? 

Nous avons levé 1,6 million d’euros en mars 2021 notamment pour perfectionner notre technologie et accélérer sur l’acquisition clients en renforçant par exemple nos équipes marketing. Depuis notre lancement sur le marché en février 2021, nous continuons d’étoffer nos métiers avec des profils de développeurs, de data scientists, de cluster managers mais aussi d’experts en sales, communication et ressources humaines. Nous étions une trentaine au tout début et nous comptons doubler nos effectifs dans les prochains mois.

 

Quelles sont les limites de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la saisie comptable ?

Il y a peu de limites : notre IA peut faire de la reconnaissance de factures, détecter les dépenses, les classer et dire à quoi elles correspondent. L’intelligence artificielle se plie assez bien au domaine de la comptabilité car celle-ci correspond à plusieurs règles relatives à la classification d’éléments bancaires et à l’allocation de dépenses en fonction du budget. L’IA peut en ce sens remplacer toutes les tâches trop rébarbatives.

 

Quand vous dites que Comptalib “renforce l’expérience client en ajoutant un côté humain rafraîchissant à son offre”… À quel moment l’humain doit nécessairement intervenir ?

Comme nous le disions, l’IA peut permettre d’automatiser des tâches rébarbatives et interpréter des relevés de banque. En revanche, nous n’avons pas vocation à remplacer l’intelligence humaine et nous proposons donc l’accès à notre annuaire d’experts comptables pour permettre de se renseigner davantage si nécessaire. De la même manière, nous ne pouvons pas mettre en route notre solution sans prévoir de support client par téléphone ou en personne. 

 

Faut-il davantage faire des efforts de pédagogie autour de la comptabilité ?

Nous rencontrons chaque jour un grand nombre d’entrepreneurs qui sont très bons dans leur métier mais qui ne sont pas de bons gestionnaires. Ces personnes ne sont pas très habituées aux bonnes pratiques et c’est en ce sens que Comptalib a vocation à les rendre autonomes dans la gestion de leur entreprise.

Notre plateforme est tout d’abord conçue pour rendre visible toutes les informations nécessaires de manière intelligible. Cela ne sert à rien de donner à l’entrepreneur 50 courbes différentes pour visualiser ses statistiques, seulement 5 ou 6 suffisent. Ce dernier pourra ensuite voir comment évoluent ses indicateurs en fonction de ses futures dépenses.

L’objectif est de le voir s’impliquer au quotidien dans la gestion administrative. Il était coutume d’envoyer ses factures par courrier ou email à un expert-comptable, puis d’attendre la fin de l’année pour avoir son bilan. Mais cette époque est révolue avec le numérique qui remonte les informations en temps réel.

La crise a permis une prise de conscience générale de ces enjeux, avec notamment la nécessité de chiffres en permanence pour mieux piloter son activité. Nous voulons redonner à la comptabilité son vrai rôle, intervenir dans le conseil afin que l’administratif ne soit plus perçu comme une nuisance.

 

Avez-vous des nouveaux développements de votre offre en cours ?

En 2022, nous proposons d’inscrire la comptabilité dans la blockchain. C’est primordial aujourd’hui pour certifier le travail d’un expert-comptable qui craint souvent que sa signature soit copiée. À l’aide de jetons NFT, nous pouvons donc inscrire dans un bilan comptable la signature de son auteur. Cela permet de donner une valeur supplémentaire au bilan, de garantir son authenticité et ainsi instaurer la confiance entre les tiers. Le numérique est trop souvent présenté sous l’angle de la praticité mais il devrait garantir cette confiance.

 

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