OnlyOne est une start-up créée il y a quatre ans qui propose un compte courant et une épargne à impact positif. Soucieux de rendre son offre bancaire la plus transparente et vertueuse possible, Kamel Naït-Outaleb, cofondateur et CEO de la fintech, a accepté de nous en dire plus sur son projet.


 

Quand est née OnlyOne et dans quel but ? Comment est venue l’idée ?

Kamel Naït-Outaleb : Après 17 ans passés dans le secteur bancaire, j’ai décidé de fonder OnlyOne en 2018 – à un moment où les questions environnementales se posaient de plus en plus. Comment est-il possible encore aujourd’hui qu’une banque aille dans le sens inverse de ces enjeux ? J’ai donc quitté mon poste à quarante ans afin de créer une fintech pour offrir aux épargnants une alternative et les aider à y voir plus clair.

Il n’y a que quelques alternatives possibles à ce jour, face à des banques traditionnelles en nombre et qui n’ont pour la plupart pas fini leur transformation. De notre côté, nous nous sommes rapprochés de l’Ademe et l’Association Bilan Carbone pour voir comment notre offre de compte courant pouvait devenir un moyen d’action responsable.

Un Français émet, en moyenne, 11,9 tonnes d’équivalent CO2 par an et nous devons essayer de diviser par 6 ces émissions pour passer à 2 tonnes. En tant que citoyen, ce chiffre m’alerte et en même temps, je ne vois pas comment réduire cette empreinte ou du moins y contribuer. Il manque cruellement d’informations plus précises sur la consommation carbone pour aider les épargnants à en prendre conscience.

Chez OnlyOne, nous avons en ce sens développé un « éco-coach » assez précis sur la consommation carbone, qui compare par exemple la pollution émise en termes de transport face aux usages numériques. Des défis et des challenges sont ensuite proposés pour travailler individuellement sur son empreinte carbone.

 

En quoi consiste votre offre de compte courant ? Dans quelle mesure répond-elle à des enjeux éthiques ?

Kamel Naït-Outaleb : Comme tous les comptes courants, le nôtre est utilisé pour les dépenses du quotidien. En revanche, lorsque vous faites vos courses mensuelles par exemple, notre application offre de la visibilité sur l’impact de ce type de consommation. Sur le volet de l’épargne, nous utilisons aussi nos outils technologiques pour offrir plus de transparence, notamment sur l’épargne détenue par les Français qui financent sans qu’ils ne le sachent des projets polluants ou liés à l’extraction d’énergies fossiles.

Nous ne proposons pas un produit financier plutôt qu’un autre – car cela dépend vraiment des profils et horizons de placement – mais bien une marketplace totalement transparente pour l’épargnant. Par ailleurs, tous les frais que nous percevons à chaque paiement par les commerçants (les commissions d’interchange) sont reversés à pour financer des projets de protection de la biodiversité comme EcoTree. Depuis le lancement de l’application en avril 2021, chaque ouverture de compte ou paiement réalisés avec la carte OnlyOne donnent lieu à la plantation d’arbres, de haies ou bien l’installation de ruches.

 

Comment devenir rentable avec ce modèle ?

Kamel Naït-Outaleb : Les banques ont pendant longtemps surfacturé leurs clients et c’est pour cela que nous avons décidé de fonder une offre « abordable ». Nous ne pouvions tout simplement pas être totalement gratuits car nous devons tout de même financer notre modèle d’affaires et payer nos fournisseurs. Nous proposons donc un abonnement de six euros par mois et 0,1 % des transactions faites par les commerçants nous sont reversées. Le deuxième levier se trouve chez nos partenaires qui nous versent aussi une commission à chaque fois qu’une souscription à notre offre est opérée chez eux.

 

Les banques traditionnelles proposent-elles vos produits ?

Kamel Naït-Outaleb : Nous avons choisi de proposer notre offre uniquement aux fintech, ne serait-ce parce qu’elles demeurent bien plus agiles. Nous ne donnons de leçons à personne mais il est vrai que les grands groupes sont touchés par une lourdeur administrative qui ralentit leur transformation. Nous sommes tout de même en discussion avec les grandes assurances pour voir comment nous pouvons collaborer.

 

Pourquoi ce retard des grandes banques sur les enjeux de transformation numérique ?

Kamel Naït-Outaleb : Depuis la crise de 2007/2008, les régulateurs n’ont eu de cesse de renforcer les réglementations et les contrôles dans le secteur financier. Les conséquences de cette crise ayant eu des répercussions considérables sur l’économie mondiale. Pour les institutions financières se mettre en conformité devient une priorité absolue mais reste cependant difficile à mettre en œuvre. Des amendes records ont donc été prononcées à l’encontre de banques.

Pendant ce temps de nouveaux acteurs sont apparus, profitant à contrario d’une réglementation qui s’est assouplie avec la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2) qui a facilité l’entrée de nouvelles fintech dans le secteur bancaire. Les grandes banques, majoritairement concentrées sur leur devoir de conformité, ont été dépassées par les start-up en matière d’innovation. Et c’est donc pour cela qu’aujourd’hui ces banques sont plus enclines à s’ouvrir aux fintech, voire à tenter d’en racheter.

 

Avez-vous remarqué un engouement plus marqué pour l’épargne responsable?

Kamel Naït-Outaleb : Le dernier sondage de l’Ifop sur « les Français et la finance responsable » est assez frappant : 6 Français sur 10 accordent de l’importance aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placements et seulement 37% des sondés ont déjà entendu parler de l’ISR… Le fait est que les grandes banques n’en parlent que très peu mais cela devrait être amené à changer car la crise Covid a accéléré le débat sur le changement climatique et la manière dont notre argent est utilisé. De nombreuses associations et ONG comme Oxfam ont aussi largement travaillé à rendre visible l’implication des grandes banques françaises dans le financement des énergies fossiles.

 

Les salariés souhaitent remettre du sens dans leur épargne mais ont-ils pour autant la connaissance nécessaire des mécanismes financiers en jeu ?

Kamel Naït-Outaleb : Il y a une vraie opacité quant aux produits bancaires proposés aujourd’hui. Notre travail de pédagogie sur ces enjeux consiste à expliquer ce qu’est la création monétaire par exemple ou encore comment fonctionne un produit d’épargne. Il faut expliquer que l’argent ne dort pas simplement sur un compte et contribue à financer des entreprises plus ou moins vertueuses.

Mais la plus grande frustration demeure le fait de faire des éco-gestes sans en voir les réels impacts positifs.  Et pour cela, il faut mieux mesurer. C’est assez facile pour les biens de consommation ou des projets simples et concrets. Ça l’est beaucoup moins pour ce qui est de l’épargne car certains produits financiers sont constitués d’une multitude d’entreprises cotées en bourse. Des outils sont tout de même assez pertinents sur le sujet comme l’application Rift, qui permet de mesurer l’impact carbone de fonds en fonction de leur conformité aux Scop 1, 2 et 3.

 

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Dans un récent entretien, Benjamin Pedrini, fondateur d’Epsor constatait un manque de transparence autour du label ISR et une situation de monopole dans le monde des fonds d’investissement…

Kamel Naït-Outaleb : Tout à fait. C’est aujourd’hui la logique du « best in class » qui prime et des acteurs comme Total ou Shell remontent naturellement dans la liste des plus gros investissements en matière d’environnement ou de social. Il faut s’assurer que les supports financiers proposés soient complètement alignés avec les accords de Paris et des labels comme le Greenfin par exemple peuvent y aider. Le greenwashing des grands acteurs derrière les principaux gérants de portefeuilles consiste notamment à effacer les activités polluantes avec des actions de compensation carbone. Mais cela n’est bien évidemment pas suffisant.

Chez OnlyOne, nous avons choisi de nous concentrer sur des projets concrets comme EcoTree, Villyz ou GoodVest et ne pas nous perdre dans des bilans carbones de centaines de pages. L’intérêt est aussi de faire bénéficier son épargne directement à l’économie réelle en contribuant à la naissance de sociétés vertueuses – comme les commerces qui valorisent des produits locaux ou bio par exemple.

Nous avons par exemple en ce sens signé un partenariat avec le spécialiste du financement en royalties WeDoGood pour faire fructifier son argent tout en ayant un impact positif aux côtés d’entrepreneurs engagés. À noter également qu’à chaque fois que nos clients parrainent un proche, 5 actions sont offertes par l’association Time for the Planet.

 

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Comment justifiez-vous votre choix de la Société Générale comme établissement de crédit ?

Kamel Naït-Outaleb : C’est assez difficile d’obtenir un agrément d’établissement de crédit… Si nous pouvions assouplir les règles en la matière – sans compromettre la sécurité de nos clients – ce serait une bonne chose pour poser les premières briques de la banque de demain.

En tant que fintech, nous avons des contraintes de sécurité assez strictes. Une fintech avait par exemple commencé à puiser dans les économies de ses clients pour se financer et l’ACPR avait réagi pour interdire ce type de pratiques. Il est donc obligatoire aujourd’hui de se munir d’un établissement de crédit agréé pour assurer la continuité des services et la sécurité de l’argent des particuliers. Ainsi, tant que tant que nous n’aurons pas cet agrément, nous resterons dépendants de la Société Générale.

 

Comment rendre les actes bancaires plus propres ?

Kamel Naït-Outaleb : Il faut déjà avoir conscience que les fonds sur un compte courant sont assez volatiles comparés à ceux placés sur une épargne. Il est évident qu’un consommateur peut décider de boycotter des produits polluants pour contribuer à une économie plus vertueuse. Mais il ne faut pas non plus oublier l’épargne car notre manière de consommer est totalement liée au financement des banques. Nous ne pouvons pas faire de miracles car le système financier est opaque et ancien mais je suis convaincu que nous pouvons y arriver car de plus en plus de gens deviennent alertes sur ces sujets. Encore faut-il avoir les bons outils à disposition.

 

Quels conseils donner aux personnes qui souhaitent trouver l’offre responsable qui leur convient ?

Kamel Naït-Outaleb : Il faut se renseigner, poser la question à son conseiller et regarder les alternatives comme la nôtre. Il faut aussi se poser la question de sa consommation car c’est à travers notre argent que nous finançons l’économie réelle. L’idée n’est pas de culpabiliser mais il est tout de même nécessaire de se demander individuellement si j’ai réellement besoin du Black Friday ou bien de voyager à l’autre bout du monde trois fois dans l’année.  

 

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