Consumer Reports, un magazine américain publié par l’association de consommateurs Consumers Union, demande des régulateurs américains en matière de sécurité qu’ils fournissent plus d’informations au public concernant les enquêtes relatives aux accidents impliquant le système Autopilot de Tesla. Le magazine exige également un examen plus approfondi des allégations de sécurité à la suite de la révélation des communications entre les responsables fédéraux et le constructeur de voitures électriques sur ces questions.

L’association à but non lucratif, connue pour son magazine et ses évaluations de produits, s’est manifestée au lendemain de la publication par PlainSite (site internet de transparence juridique autoproclamé) de 79 pages d’emails et d’autres échanges entre Tesla et la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), l’agence fédérale américaine chargée de la sécurité routière. Ces échanges ont été obtenus par une demande officielle d’accès à l’information. Ces communications non divulguées initialement comprenaient une lettre de cessation et d’abstention envoyée au PDG Elon Musk par la NHTSA en octobre 2018, dans laquelle elle s’opposait à la manière dont Tesla avait caractérisé les résultats des tests de collision fédéraux pour sa berline Model 3 dans un blog d’entreprise. La décharge de documents a également révélé une citation à comparaître de la NHTSA dans le but d’obtenir des informations sur les accidents de Tesla, notamment un accident mortel survenu le 1er mars en Floride impliquant une Model 3 de 2018, survenu pendant l’utilisation de la fonction d’assistance au conducteur Autopilot.

 « Nous avons appelé à la mise en place d’une enquête concernant les défauts potentiels du système Autopilot de Tesla après la survenue de multiples accidents », nous indique David Friedman, vice-président des plaidoyers de Consumer Reports. « Les consommateurs devraient être mis au courant lorsqu’une enquête est ouverte. Les enquêtes pour défauts de sécurité sont cruciales. »

Sans répondre directement à la pression de Consumer Reports pour une meilleure transparence, Tesla a indiqué dans un communiqué que l’entreprise échange régulièrement avec la NHTSA et partage des informations, « dont les performances de sécurité d’Autopilot, [qu’elle publie] également sur [son] site Internet ». Les documents et la citation à comparaître publiés par PlainSite seraient « routiniers et reflètent une relation transparente et collaborative entre Tesla et la NHTSA », selon l’entreprise.

 « Nous partageons souvent des informations avec l’agence tout en gardant l’équilibre avec le besoin de protéger la vie privée de nos clients. Tesla a exigé des assignations à comparaître lorsque des informations sur les clients sont demandées afin de protéger leur vie privée. »

Les documents récemment dévoilés montrent également que la NHTSA avait demandé à la Commission Fédérale du Commerce de se pencher sur les allégations de Tesla en termes de sécurité à propos de la Model 3 et de déterminer si celles-ci consistaient en des « actes déloyaux ou trompeurs ». Le constructeur automobile de la Silicon Valley avait vanté les performances de sécurité de la Model 3 lors d’un article de blog le 7 octobre 2018, alléguant que le véhicule avait obtenu « la plus basse probabilité de blessure comparé à n’importe quel véhicule jamais testé par la NHTSA ».

 

La polémique survient alors que Tesla augmente les ventes de ses puissants et élégant véhicules à batterie, dont le PDG Elon Musk fait constamment l’éloge, arguant qu’ils seraient à la fois les plus adaptés à l’environnement et les plus sûrs du marché. En plus de la Model 3, la berline Model S et l’hybride X de Tesla ont également reçu une notation de 5 étoiles aux crash tests de la NHTSA, ce qui est actuellement la note la plus élevée.

Pourtant, la NHTSA avait alerté sur le fait qu’il était « impossible de savoir, en se basant sur des résultats de chocs frontaux ou sur les Évaluations Générales du Véhicule, si oui ou non la Model 3 est plus sûre que d’autres véhicules ayant reçu 5 étoiles ». Dans une réponse à la NHTSA le 31 octobre 2018, le directeur juridique adjoint de Tesla, Al Prescott, avait signifié que l’entreprise ne « partageait pas la position de l’agence », et que les déclarations publiées sur son blog n’étaient « ni fausses, ni mensongères », comme le rapportent les documents de PlainSite.

Mercredi, la société s’était référée aux précédentes réponses de Prescott sur le sujet.

 « Les déclarations faites sur le blog de Tesla sont entièrement basées sur de véritables résultats de tests et les propres calculs de la NHTSA dans la détermination du risque relatif de blessures et la probabilité de celles-ci », avait-elle indiqué, citant le test effectué par la version avec roues arrières motrices de sa Model 3 Long Range. Selon les écrits de Prescott en octobre dernier, l’entreprise ne « voit pas de raison à cesser les publications de [son] blog sur la sécurité ou à stopper ces déclarations aussi longtemps qu’aucun autre véhicule ne surpasse le score de sécurité du véhicule Model 3 Long Range et le risque général de blessure ».

Tesla est le premier vendeur américain de voitures électriques, mais pour sa dixième année en tant qu’entreprise cotée en bourse, elle peine à atteindre une rentabilité durable ainsi que les objectifs ambitieux d’Elon Musk – incluant un volume de production toujours plus élevé, ainsi que de devenir le premier vendeur de véhicules personnels entièrement autonomes. Musk avait suggéré en avril que ce dernier objectif pourrait être atteint dès 2020, dépendamment de l’approbation réglementaire.

Friedman, qui occupait auparavant les fonctions d’administrateur suppléant et intérimaire de la NHTSA, a déclaré que si les documents FOIA n’avaient pas été publiés, le public n’aurait eu aucune connaissance de la citation à comparaître. Actuellement, le site web de la NHTSA, où les consommateurs peuvent trouver des rappels et des informations sur la sécurité des véhicules par modèle, marque et numéro VIN (numéro de série), ne fait pas état d’une enquête en cours concernant la Model 3s produite en 2017, 2018 ou 2019.