DRONES ET TAXIS AÉRIENS | Au-delà de l’exploitation en vue directe, l’intégration holistique des anciens et nouveaux systèmes de trafic aérien est le problème le plus difficile à résoudre pour permettre l’utilisation généralisée de taxis aériens et de drones autonomes. Dans le cadre du Système européen de nouvelle génération pour la gestion du trafic aérien (SESAR), l’Europe a lancé le projet Gulf of Finland (GOF) 2.0, le 2 septembre dernier.


 

L’interconnectivité et les échanges de données sont la solution pour harmoniser les opérations des aéronefs pilotés, des drones et des taxis aériens dans l’espace aérien urbain partagé à basse altitude. La réglementation U-Space de l’Union européenne (UE) a permis de mettre en place un cadre normatif fondé sur les risques et les performances, tandis que l’entreprise commune SESAR, un partenariat public-privé regroupant plus de 3000 experts internationaux, a fourni des données concrètes.

Selon Thomas Neubauer, l’architecte de la norme européenne en matière de gestion du trafic des véhicules aériens sans pilote (UTM), « nous établissons un large éventail de cas d’application de bout en bout de manière entièrement automatisée, et nous les intégrons dans le modèle existant des systèmes et des règles de gestion du trafic aérien. » Thomas Neubauer est le vice-président des innovations chez TEOCO et le cofondateur de Dimetor, l’entreprise derrière AirborneRF, un logiciel de gestion de la connectivité de bout en bout. Ce logiciel permet de connecter les drones aux systèmes de contrôle du trafic en utilisant les réseaux cellulaires.

Cette phase de recherche et de développement, dont le but était d’intégrer U-Space dans des scénarios réalistes, s’appuie sur le succès du projet GOF U-Space de 2019. Ce dernier a validé l’utilisation d’une architecture UTM commune centrée sur le réseau. Parmi les 19 membres d’origine du consortium de ce projet, l’on retrouvait des leaders mondiaux de la technologie UTM, comme l’entreprise autrichienne Frequentis.

La start-up allemande Volocopter, qui cherche à commercialiser un taxi aérien à décollage et atterrissage verticaux, a utilisé les solutions de communication et d’information de Frequentis pour démontrer la sécurité et l’efficacité des opérations de taxi aérien lors d’un essai à l’aéroport international d’Helsinki.

Le consortium d’origine du projet comprenait également des fournisseurs de services de navigation aérienne finlandais et estoniens, des opérateurs de drones et des pilotes de vols avec équipage. Tous ces acteurs ont permis l’utilisation avec succès d’un système UTM commun lors de six autres essais en vol à travers l’Europe, dont des livraisons de colis par drones en milieu urbain, des opérations de police, des inspections de forêts et des recherches ainsi que des sauvetages en mer.

L’UE a décidé de mettre en place le projet GOF afin d’utiliser les drones comme un outil stratégique pour soutenir l’économie. Une étude estimait que les drones et les taxis aériens autonomes créeraient des milliards de nouvelles opportunités commerciales en Europe, dont 10 000 nouveaux emplois dans les secteurs des transports, de la livraison, de l’énergie, de la sécurité publique et de l’agriculteur entre autres. Cette étude prévoyait également des retombées économiques annuelles dépassant les 10 milliards d’euros d’ici 2035 et les 15 milliards d’euros d’ici 2050.

Plusieurs autres estimations soutiennent l’idée d’un boom économique grâce aux drones. Selon une étude réalisée en 2019 par l’Association allemande de l’aviation sans pilote (une initiative conjointe de l’Association allemande de l’aviation et de l’Association allemande des industries aérospatiales), le marché allemand des drones commerciaux devrait atteindre les 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires au cours des huit prochaines années. En décembre 2020, Levitate Capital prévoyait que le marché européen des drones atteindrait les 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.

Compte tenu de ces estimations, il n’est pas surprenant que de grands acteurs comme Airbus et de jeunes pousses de l’aérospatiale comme la société chinoise EHang, un fabricant de véhicules aériens autonomes, se soient associés au projet GOF 2.0.

Dès sa création, la start-up EHang a fait voler avec succès son eADAV (avion à décollage et atterrissage verticaux) EHang 216 pour le transport de passagers depuis l’aéroport de Tartu au musée de l’aviation estonien. « Ce qui a rendu cet évènement vraiment spécial pour EHang, c’est que nous avons réussi à faire décoller le tout premier vol à exploitation hors vue eADAV en Europe », affirme Andreas Perotti, directeur du markéting pour l’Europe chez EHang. « Nous n’avons rencontré aucun défaut, aucun problème. »

« Tout aussi important, nous avons prouvé que ces systèmes disparates peuvent fonctionner ensemble et que les exigences réglementaires peuvent réellement être respectées aujourd’hui », ajoute Andreas Perotti.

À mesure que la date fatidique d’entrée en vigueur de l’U-Space se rapproche (en 2023), l’objectif est de permettre aux régulateurs de disposer des informations de sécurité nécessaire pour autoriser l’exploitation sûre et rentable de drones et de taxis aériens autonomes et semi-autonomes dans l’espace aérien européen. Selon Thomas Neubauer, « l’intégration sûre dans l’espace aérien nécessite la mise en place de la connectivité du réseau. Ces essais sont la dernière étape avant l’arrivée d’opérations fiables, évolutives et conformes de l’exploitation en vue directe ainsi que d’opérations complexes. »

Les essais vont se poursuivre jusqu’en octobre en Estonie, en Finlance, en Pologne et en Autriche, avant de se déployer en Lettonie, en Suède et au Danemark tout au long de 2022.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Dawn Zoldi

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