Les quatre minutes que le milliardaire Richard Branson a passées en apesanteur à la frontière de l’espace ce week-end constituent un exploit historique pour le secteur en plein essor du tourisme spatial. Cependant, nombreux sont ceux qui affirment que Richard Branson et d’autres milliardaires se trompent d’objectif en visant les étoiles, laissant derrière eux une planète rongée par des problèmes que de gros investissements pourraient résoudre.

 

Richard Branson, 71 ans, a voyagé à environ 80 km au-dessus de la surface de la Terre à bord de son vaisseau spatial Virgin Galactic. Ce voyage visait à « évaluer l’expérience d’astronaute privé ». Le milliardaire a ainsi devancé son collègue Jeff Bezos dans la course au voyage privé dans l’espace.

Le fondateur d’Amazon, l’homme le plus riche au monde, prévoit de se rendre dans l’espace à bord de son vaisseau Blue Origin le 20 juillet prochain. Son voyage l’emmènera encore plus haut que Richard Branson. Jeff Bezos sera accompagné d’un autre touriste de l’espace qui a déboursé 28 millions de dollars pour avoir une place dans le vol spatial.

Elon Musk n’a pas (encore) annoncé son intention de s’envoler dans l’espace, mais sa société, SpaceX, est largement considérée comme le leader de l’industrie spatiale privée et le milliardaire a fait savoir que sa principale priorité était de faire de l’Homme une « espèce interplanétaire ».
Pour de nombreux observateurs, cet accent mis sur la conquête de l’espace à grand renfort de sommes mirobolantes arrive à un moment particulièrement critique pour la Terre : la pandémie de covid-19 continue de faire de nombreuses victimes et des vagues de chaleur historiques font craindre que le réchauffement climatique n’ait atteint un niveau dangereux. Par ailleurs, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a averti à plusieurs reprises que des famines généralisées pourraient frapper les pays pauvres en raison de la pandémie. Enfin, l’ONU a publié lundi 12 juillet son rapport annuel. En 2020, 811 millions de personnes étaient sous-alimentées.

« Quelqu’un d’autre est-il préoccupé par le fait que des milliardaires se livrent à leur propre course spatiale privée alors que des vagues de chaleur record provoquent des “nuages cracheurs de feu” et cuisent les créatures marines dans leurs coquillages ? », a ainsi tweeté jeudi 8 juillet l’ancien secrétaire d’État américain au Travail, Robert Reich.

 

Toutefois, le bref voyage dans l’espace de Richard BRanson n’était pas totalement dépourvu de valeur scientifique. Sirisha Bandla, vice-présidente des affaires gouvernementales et des opérations de recherche de Virgin Galactic, faisait également partie du voyage et a mené des expériences sur l’expression des gènes végétaux. L’expérience en elle-même a également permis de tester la faisabilité de la recherche scientifique à bord des vols spatiaux Virgin Galactic.

Au cours des dernières années, le secteur privé a pris le pas sur les initiatives gouvernementales en matière de voyage spatial. Le lancement en mai 2020 par SpaceX de deux astronautes de la NASA depuis le Centre spatial Kennedy en Floride a marqué le premier lancement d’un vol habité sur le sol américain depuis 2011. SpaceX est ainsi devenue la première entreprise privée à envoyer des astronautes à bord de la Station spatiale internationale au cours de cette même mission. Depuis, la société d’Elon Musk a été choisie pour créer les vaisseaux spatiaux pour la prochaine mission Artemis de la NASA, qui vise à envoyer des astronautes sur la Lune. Cependant, le passage à la privatisation n’a pas seulement placé les entreprises de milliardaires à l’avant-garde des réalisations scientifiques, il a également accéléré la mise en place de programmes de tourisme spatial, pour l’instant réservé aux plus fortunés. On a déjà parlé d’hôtels spatiaux de luxe : la société Orbital Assembly Corp. a annoncé au début de l’année qu’elle prévoyait de construire un hôtel pouvant accueillir jusqu’à 280 personnes, baptisé Voyager Station, qui ouvrirait ses portes en 2027. La société espère travailler avec SpaceX en tant que partenaire sur ce projet.
Selon le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, David Beasley, il faudrait 6 milliards de dollars pour sauver les 41 millions de personnes qui vont mourir de faim cette année dans le monde. Le mois dernier, David Beasley a publié un tweet exhortant Elon Musk, Richard Branson et Jeff Bezos à faire équipe pour lutter contre la faim dans le monde : « Nous pouvons résoudre ce problème rapidement ! »

Une pétition largement partagée demandant que Jeff Bezos ne soit pas autorisé à revenir sur Terre a recueilli plus de 150 000 signatures. « Les milliardaires ne devraient pas exister… sur Terre ou dans l’espace, mais s’ils décident d’y aller, ils devraient y rester », a déclaré le créateur de la pétition du Change.org.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Nicholas Reimann

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