La théorie selon laquelle le virus du Covid-19 aurait été créé dans un laboratoire à Wuhan a fait surface et divisé la communauté scientifique qui reste assez sceptique, contrairement à l’administration Trump qui profite de cette théorie pour détourner l’attention sur son échec de la gestion de l’épidémie et rejette la faute sur la Chine. Voici une chronologie qui suit la propagation de cette théorie. 

Chronologie 


  • 26 janvier

Le Washington Times a publié un rapport avec un titre accusateur : « Le Coronavirus a peut-être été créé dans un laboratoire dans le cadre du programme de guerre biologique de la Chine », qui a défrayé la chronique.

  • 16 février 

Le sénateur Tom Cotton est devenu le premier politicien à soulever la possibilité que la crise ait pu être créée dans un laboratoire de Wuhan, tout en admettant cependant qu’aucune preuve ne puisse le certifier. 
Le Washington Post a trouvé des experts qui démentent la suggestion du sénateur, comme Richard Ebright, un professeur de biologie à l’Université Rutgers qui a déclaré : « La possibilité que ce soit une arme biologique relâchée avec préméditation est exclue. »
Le sénateur Cotton a clarifié sa déclaration précédente dans une série de tweets, et décrit plusieurs scénarios possibles allant du virus créé par l’homme à un accident de labo. Toutefois il concède que la cause du virus d’origine naturelle reste « la plus probable. »

  • 18 février 

Un groupe de 27 scientifiques étrangers a publié une déclaration dans The Lancet pour « condamner les théories de conspiration suggérant que COVID-19 n’est pas d’origine naturelle » et a souligné que les recherches portent majoritairement à croire que le « coronavirus est originaire de la faune sauvage. »

  • 17 mars

Cinq éminents scientifiques ont déclaré dans un rapport publié par Nature Medicine : « Nous ne pensons pas que le scénario d’un virus créé en laboratoire est plausible. »

  • 25 mars

Le Washington Times a ajouté une mise à jour à son article original, notant que « des scientifiques en dehors de la Chine ont pu étudier le virus SARS-CoV-2 » et ont « conclu qu’il ne montre pas de signes de fabrication ou de manipulation intentionnelle dans un laboratoire ».

  • 16 avril

CNN et Fox News ont rapporté que des responsables au sein du gouvernement américain enquêtaient sur la possibilité que le virus ait été relâché accidentellement du laboratoire pendant que les scientifiques étudiaient des maladies infectieuses (les rapports indiquent que les responsables du renseignement ne croient pas que le virus soit fabriqué par l’homme ou développé comme une arme biologique). 

  • 18 avril

Au cours d’un interview sur la chaîne Global Television Network, le directeur du laboratoire de Wuhan a nié tout lien entre le laboratoire et le virus.
Le président Trump a déclaré lors d’un briefing à la Maison-Blanche que le gouvernement américain examinait la possibilité selon laquelle le virus s’était propagé suite à un accident de laboratoire et que cette théorie était « logique », sans citer aucune preuve. Au cours du même briefing, le Dr Anthony Fauci a contre attaqué cette allégation en citant une étude qui a révélé que les mutations du virus sont plus probablement dues à « un saut d’une espèce d’un animal à un humain ».

  • 21 avril

La théorie a pris de l’ampleur chez d’autres législateurs du gouvernement et le sénateur Cotton a rédigé un article dans le Wall Street Journal dans lequel il déclare : « Alors que le gouvernement chinois nie la possibilité d’une fuite du laboratoire, ses actions contredisent ses paroles. »

  • 30 avril

Le New York Times a rapporté que des responsables de l’administration Trump, dirigés par le secrétaire d’État Mike Pompeo, ont poussé des agences d’espionnage américaines à déterrer des preuves reliant le laboratoire à l’origine de l’épidémie, même si la plupart des agences de renseignement restent sceptiques quant à la possibilité de trouver des preuves permettant d’établir un lien quelconque avec le laboratoire.

L’inspecteur général de la communauté du renseignement américain a publié une déclaration disant « être d’accord avec le consensus scientifique selon lequel le virus COVID-19 n’a pas été fabriqué par l’homme ou génétiquement modifié », mais il a ajouté que les fonctionnaires continueraient à « examiner rigoureusement les informations émergentes » pour déterminer si « l’épidémie a commencé par un contact avec des animaux infectés ou si elle était le résultat d’un accident dans un laboratoire de Wuhan ».

Lors d’un événement à la Maison-Blanche, le président Trump a déclaré, sans fournir de preuves, qu’il était « sûr » que le virus provenait d’un laboratoire à Wuhan.

  • 3 mai

Le secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré sur ABC News « This Week » qu’il existe « beaucoup de preuves » pour soutenir la théorie selon laquelle le COVID-19 provient du laboratoire, bien qu’il soit d’accord avec l’inspecteur général pour dire que le virus ne semble pas « fabriqué par l’homme ou génétiquement modifié », et qu’il ne peut pas spécifier qu’il a été relâché intentionnellement, car « le Parti communiste chinois a refusé de coopérer avec les experts mondiaux de la santé ».

  • 4 mai

Un journal chinois contrôlé par le gouvernement s’est prononcé avec force contre les affirmations de Mike Pompeo dans un rapport, écrivant qu’il avait « stupéfié le monde avec des accusations sans fondement ».

Dans une interview accordé au National Geographic, M. Fauci a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve que le virus ait été « artificiellement ou délibérément manipulé », que tous les signes indiquent que le virus « a évolué dans la nature et a ensuite sauté d’une espèce à une autre », et il doute qu’il ait pu échapper au laboratoire de Wuhan.

  • 5 mai

Lors d’un briefing avec la presse au Pentagone, le président de l’état-major, le général Mark Milley a déclaré ne pas savoir si la crise prend ses origines dans un laboratoire à Wuhan ou dans un marché et a ajouté que « les preuves poussent à croire que ses origines sont naturelles. »

  • 6 mai

Pompeo semble revenir sur ses déclarations, et a déclaré : « nous n’avons pas de certitude, que le virus s’est échappé du laboratoire, même s’il y a des preuves significatives. » 

Contexte général

La Chine est devenue la cible des républicains en tant que coupable de la crise. L’administration Trump ayant été lourdement critiquée par rapport à sa réaction tardive face au virus, c’est l’occasion rêvée de détourner l’attention. Mais le président Trump, Mike Pompeo et d’autres représentants du gouvernement soutenant cette théorie doivent encore fournir des preuves. Des scientifiques de plusieurs pays ont démontré avec renfort de preuves que le virus provient d’animaux sauvages et non d’un laboratoire, et la plupart des agences de renseignement restent sceptiques quant à la possibilité de trouver des preuves pour étayer toute affirmation contraire. Quelques scientifiques ont suggéré qu’il est possible que le virus ait accidentellement infecté un des chercheurs du laboratoire, mais de nombreux scientifiques ont rejeté cette théorie.

Le New York Times a rapporté le 30 avril que les services de renseignement américains craignent que la pression exercée par l’administration Trump ne vienne brouiller toute évaluation sur les origines du virus et ne serve de bouc émissaire dans une bataille politique avec la Chine. Un rapport des services de renseignement américains reliant l’origine de l’épidémie au laboratoire de Wuhan aurait des conséquences dévastatrices sur les relations américano-chinoises.

Citation principale

Le journal chinois contrôlé par l’État, le Global Times, a déclaré que Mike Pompeo devrait fournir des preuves : « Puisque M. Pompeo a déclaré que ses affirmations sont étayées par beaucoup de preuves, il devrait présenter ces soi-disant preuves au monde entier, et en particulier au public américain qu’il essaie continuellement de tromper. »

Fait surprenant

Les scientifiques expliquent que, jusque-là, les sept différents types de coronavirus provenaient de chauves souris, de souris, et d’autres animaux domestiques.

Tangente

Le 25 avril, Politico a rapporté qu’un mémo de la commission sénatoriale nationale républicaine a chargé les campagnes gouvernementales de dire que la Chine a causé le virus « en le dissimulant » et que les démocrates sont « trop gentils avec la Chine.»

 

Traduit de Forbes US – Auteur : Jack Brewster 

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