Hier nous avions été frappés par la grippe espagnole, en réalité une autre grippe d’origine chinoise, et avant-hier en 1832, on a la mémoire courte, le choléra avait fait déjà plus de cent mille morts. Aujourd’hui comme avant-hier ou hier, le Français n’a pas anticipé et n’a pas eu peur du mal tant qu’il n’a pas vu le virus à sa porte. Pas anticipé car il a imaginé que ce virus reculerait devant le meilleur système de santé du monde. Ce ne fut pas le cas, alors à quoi s’attendre demain ?  

L’Histoire se répète


Durant cette épidémie de choléra, il faut savoir que, chaque soir comme aujourd’hui, les autorités communiquaient le nombre de morts, et que le journal d’alors, l’Universel, énonçait déjà l’activité morbide de chaque hôpital. En 1832 comme en 2020, les quartiers les plus défavorisés furent les plus touchés. Hier, les complotistes, déjà présents, affirmaient que ce virus avait été inventé par les bourgeois, et aujourd’hui, ils affirment qu’il fut créé volontairement dans un laboratoire de Wuhan.

Un virus microscopique qui devint planétaire en quelques semaines

Nous qui étions devenus habitués aux virus d’ordinateurs avions oublié que les virus infectieux pouvaient aussi envahir nos cellules et nos vies. Et cette mondialisation qui avait fait exploser la multiplication des virus informatiques nous amena aussi la multiplication de ce virus létal.  

Aujourd’hui, on doit bien admettre qu’on n’avait pas envisagé cette vengeance de la nature, et qu’on a été sidéré par cette mise à l’arrêt du monde. Ce saut nous a fait entrer brutalement dans un Nouveau Monde pas du tout anticipé. Un virus qui prit le relais du mouvement Gilets jaunes et des grèves de l’hiver dernier a fini d’anesthésier notre libéralisme à la française. Et aujourd’hui, nous nous retrouvons tous confinés et, pour un certain nombre de défavorisés, dans des appartements « cages ». Nous nous retrouvons aussi face à un effondrement économique, social et peut-être politique. Seul point positif, une vraie révolution hygiénique.

Une épidémie qui va faire évoluer nos choix

Après quelques semaines de confinement, nombre d’entre nous ont commencé à se poser des questions sur la pertinence de leurs choix de vie aussi bien collectifs qu’individuels. Avons-nous vraiment besoin de consommer autant, ces voyages éloignés nous rendent-ils plus heureux, notre obsession de réussite nous apporte-t-elle le bonheur ? Étions-nous hier vraiment plus heureux avec notre téléphone vissé en permanence à l’oreille et bousculant des passants dans la rue ? Plus heureux hier dans ce monde bruyant qu’aujourd’hui dans un monde plus apaisé, plus silencieux ? Ou en deux mots, la vie était-elle plus agréable dans ce monde effréné et extraordinaire d’hier que dans notre monde ordinaire et de quasi-pénurie d’aujourd’hui ?

On peut espérer que cette courte période de pénurie de certains biens et services, qui nous a tous concernés, nous rende créatifs et fasse donc évoluer nos choix, dont nos choix de consommation et, qu’elle nous ramène à la quête de l’essentiel.

Allons-nous perdre des libertés ?

Personne n’aurait imaginé en janvier que nombre d’entre nous qui voyagions régulièrement partout dans le monde auraient besoin deux mois plus tard d’une attestation du ministère de l’Intérieur pour aller chez l’épicier du coin. Comme nul ne pourrait imaginer l’éventuelle mise en place d’une stratégie numérique d’identification permettant un score de contagiosité basé sur notre température ou sur notre taux d’oxygène dans le sang. Perdre des libertés certainement, la seule question étant est-ce pour longtemps ou pour toujours ?  

Quels secteurs d’activités vont s’en sortir ?

D’abord les sociétés de services qui proposent aux entreprises des solutions mondiales de prévention médicale de sécurité, et de rapatriements en cas d’urgence à l’international. Car plutôt tôt que tard, les activités internationales, constructions, pétrole, matières premières repartiront. Aujourd’hui, les sociétés biotechnologiques faisant de la recherche sur les traitements et vaccins permettant de lutter contre le coronavirus et autres virus à venir. Ces deux secteurs d’activités ainsi que celui de la filtration, de l’Air Liquide, des consommables et équipements protégeant des pandémies devraient avoir de belles années devant eux. 
Aujourd’hui enfin, bien sûr, les opérateurs, dont les réseaux ont montré leurs capacités à faire face à la forte hausse du trafic.  Réseaux utilisés pour acheter chez les acteurs du e-commerce qui pour la plupart ont vu le volume de leurs ventes exploser. Réseaux utilisés aussi par les géants des jeux vidéo et de vidéos à la demande qui, eux aussi, ont vu le nombre d’abonnés progresser fortement. Réseaux enfin facilitant le télétravail et le télé-enseignement. Et ne pas oublier qu’on a aussi assisté à un transfert de budget des ménages vers l’alimentaire ; les gens devraient demain consacrer un budget plus important pour une alimentation plus qualitative.

Pour ces opérateurs et sociétés utilisatrices des réseaux, comme pour l’alimentaire, on peut prévoir d’abord une stabilité suivie ensuite d’une baisse de chiffre d’affaires liée à l’entrée en récession qui occasionnera tôt une tard une baisse globale et assez significative de pouvoir d’achat.

Et quels sont les secteurs d’avenir ?

Enfin, si on est un peu optimiste, on devrait assister à la fin de la fameuse stratégie « fabless » et se retrouver face à une réindustrialisation de la France. Une réindustrialisation qui devrait être plus régionale et plus éloignée des grandes métropoles. Cela afin que les populations qui se sentaient déclassées et entravées et qui ont constitué le gros des troupes des gilets jaunes retrouvent des emplois de proximité correctement payés. L’industrie payant toujours mieux que les services. Une réindustrialisation régionale qui généra aussi la ré-ouverture de services publics locaux. Et si cette pandémie était une chance pour le pays de demain ?