Quiconque (re)lira l’excellent album signé Goscinny et Uderzo remarquera les similitudes entre ces personnages de fiction et ceux qui animent la vie politique française de ces dernières semaines.

César en a assez. Le petit village résiste toujours et encore à l’envahisseur romain. Et toute attaque frontale se solde par de cuisants échecs. Mais César connait le modèle RGOM mieux que nous. Il sait que l’invulnérabilité du village gaulois repose sur la capacité à formuler la stratégie (G, le Guide, Astérix) puis à la mettre en œuvre (R, le réalisateur, Obélix). César sait que R et G sont indispensables l’un à l’autre précisément parce que leurs différences les rendent complémentaires. A condition, toutefois, que ces différences ne les amènent pas à ne plus se supporter ! La clé de voûte du système est donc la coordination des deux. C’est le rôle de l’organisateur (O, le chef de village, Abraracourcix debout sur son bouclier) et son boulot n’est pas facile : « Fluctuat » le bouclier ! Et bien souvent « mergitur ».

Tullius Detritus

Alors César se dit « cette fois je les tiens », je vais détruire le maillon faible en m’attaquant à la clé de voûte Abraracourcix. Pour ce faire, César recrute le plus fascinant fauteur de troubles qu’on puisse imaginer : Tullius Detritus.

Neutraliser la clé de voûte (O) va être, pour lui, un jeu d’enfant. Il arrive devant la sentinelle d’une des portes du village, lui dit que la potiche qu’il transporte est un cadeau qu’il souhaiterait faire à « l’homme le plus important du village ». Et alors :

Pour la sentinelle, « l’homme le plus important de village » ne peut être que le chef. D’autant plus que c’est précisément le jour de son anniversaire. Elle prévient donc le chef de village qui sort de sa hutte, en tenue d’apparat, debout sur son bouclier. Tout le village est là pour assister à la cérémonie.

Tullius Detritus passe devant le chef sans même le regarder et va offrir le cadeau à Astérix lui-même. Astérix chef ? Ce n’est tout simplement pas son rôle. Il en est lui-même surpris et Tullius Detritus n’a plus qu’à repartir en repassant devant le chef abasourdi et effondré.

Cette scène va déclencher une série de doutes, d’interrogation, de remises en cause, chez tous nos gaulois Et il va en résulter une dynamique les conduisant très rapidement à une fabuleuse zizanie. Cette zizanie n’est rien d’autre que l’expression d’une colère d’un peuple ; colère plus ou moins rentrée, en tout en cas toute prête à jaillir au grand jour. Ce qu’elle va faire ici.

Le rôle primordial du « Druide »

Très tôt, le candidat Emmanuel Macron avait déclaré (le monde 7 Avril 2017) [si je suis élu] « je serai un président qui préside et j’aurai un gouvernement qui gouverne ». En clair, au Président la formulation de la stratégie, au Gouvernement sa mise en œuvre. Dès ce moment-là, l’identification de tous les pouvoirs de notre modèle est claire dans son esprit :

« G » : le Président

« R » : le Gouvernement

Et, pour articuler « G » et « R » :

« O » le Premier Ministre

Bref, le candidat Macron ne veut en aucun cas monter sur le bouclier toujours très instable du chef du village.

Nous montrerons comment le village gaulois va se sortir d’une zizanie qui l’aura mis au bord du gouffre : on se doute que le Druide (et sa potion magique) va jouer un rôle déterminant. Druide que nous avions assimilé au pouvoir du Mobilisateur (M). Rappelons que, dans ce modèle, le Druide n’est là que lorsque « O » n’arrive plus à faire le lien entre « G » et « R » (que leurs différences ont trop éloignés l’un de l’autre, amenant le chef à avoir des bras trop courts pour faire le lien). Le druide « M » calmera le jeu, remettra le chef debout sur le bouclier, faisant ainsi redémarrer la machine gagnante et repartira dans sa hutte jusqu’à l’incident suivant.

Ayons cela en tête au moment où le candidat Macron va entamer l’entre-deux tours.

Alors qui est Tullius Detritus dans ce contexte d’entre-deux tours ? Traduisons : où se trouve la colère (rentrée ?) du peuple et comment s’exprime-t-elle ?

Tullius Detritus alias « Lepenanchon »

Le rapprochement des insoumis de Jean Luc Mélenchon d’avec les frontistes de Marine Le Pen est frappant.

Ils sont unis dans une logique de « dos au mur » d’un « perdu pour perdu essayons autre chose ». Ils partagent déception, désespoir, détresse. Ils ont la même colère.

Il y a maintenant beaucoup plus de points communs entre la droite libérale et la gauche libérale, qu’entre la gauche libérale et la gauche libertaire, ou qu’entre la droite libérale et la droite antilibérale.

Le F.N. n’est plus (si tant est qu’il ait jamais été) l’héritier de la droite légitimiste « contre-révolutionnaire ». Il est un avatar construit sur deux composantes, populisme et nationalisme.

Les « Insoumis » sont, à leur façon, attirés par ces deux mêmes composantes.

Pour preuve : leur position commune sur de multiples thèmes de première importance : les traités européens, la monnaie commune, le dumping social et même l’écologie.

D’ailleurs, les relents nationalistes de Jean Luc Mélenchon sont soulignés par les médias. Idem pour le populisme. Tout cela fait que M. Le Pen et J-L Mélenchon : même combat. Tullius Detritus est bel et bien présent dans notre village sous les traits mélangés de Marine Le Pen et de Jean Luc Mélenchon. Tullius Detritus c’est la colère de la chimère « Lepenanchon ».

Il est donc inexact de dire que, pour le deuxième tour, le candidat Macron a 2,7 points d’avance sur son adversaire. Il serait plus proche de la vérité de dire que le candidat Macron a 16 points de retard sur Tullius Detritus alias Lepenanchon.

Et ceci est inquiétant à plus d’un titre car ce Detritus là est bel et bien celui de l’alliance « nationale-populiste » avec le socialisme : n’oublions pas en effet que J.L Mélenchon n’a jamais cessé d’être socialiste et même socialiste d’extrême-gauche (voir la VIe république qui se rapproche bien, dans sa conception, d’une république de soviets).

Alors, quand nationalisme et socialisme s’allient sous fond de populisme, on ne peut pas ne pas avoir de frissons (à moins de souffrir d’amnésie), en repensant aux années 30. Et ce qui est particulièrement inquiétant, c’est la forte probabilité pour que cette « chimère » arrive au pouvoir sur l’une de ses deux têtes : voici une conséquence directe de ce nouveau clivage « peuple- élite de ce peuple ».

Ceci semble par ailleurs bien correspondre à la répartition des voix entre « Lepenanchon » (peuple), Macron (élite de ce peuple).

Dans ce cas, arithmétiquement Emmanuel Macron ne passe pas. Il faudrait donc qu’Emmanuel Macron se mette en colère à son tour, pour montrer et faire sentir qu’il est également en colère contre tous ceux qui ont amené le peuple à ce désarroi… Sinon, non seulement il perd, mais il laisse les  « nationaux-socialistes » prendre le pouvoir.

Un espoir quand même, J.L Mélenchon ne semble pas devoir appeler à « voter Le Pen ». On peut d’ailleurs le comprendre. Si nous nous rappelons qui est J.L Mélenchon on comprend qu’il soit gêné pour nous dire lequel des deux candidats il faut rejeter, donc lequel il faut appuyer. Comment lui, l’ancien trotskyste, pourrait ne pas rejeter tout ce qui, de près ou de loin, peut avoir des relents de Fascisme ???

Mais l’oligarchie lui donne tout autant, voire plus, d’urticaire. « Entre Macron et Le Pen choisissez votre voix préférée pour aller en Enfer » pourrait-il penser-et dire.

Il faut souhaiter bon courage et bonne chance à Monsieur Macron et lui rappeler que son adversaire n’est pas à deux ou trois points derrière lui, mais à 16 points devant !!!

Car son adversaire, c’est celui qui va montrer au peuple français qu’il partage sa colère. C’est un peu la version 2017 du « je vous ai compris » du général de Gaulle et Dieu sait si Jean-Luc Mélenchon excelle dans l’usage de l’empathie électorale.

A contrario, comment faire ressentir au peuple de France que vous aussi vous ressentez cette même colère, même si on se rend « dans une grande brasserie du quartier Montparnasse » (sic) dîner avec ses proches soutiens et collaborateurs pour fêter son succès.

La réalité est autre, c’est :

19,58% (Jean-Luc Mélenchon)

+

21,30% (Marine Le Pen)

_______________________________

  40,88% (Lepenanchon) à comparer aux 24%

C’est là que se trouve la réalité à impérativement maîtriser dans le très court entre deux tours, faute de quoi Tullius Detritus alias Le Penanchon sera bien installé dans le village. Car, même si Emmanuel Macron est élu, les 40% s’exprimeront dans une opposition farouche, au besoin dans la rue, faute d’autre tribune.

Cette terrible addition menant à ces 40,88 % montre bien que, à ce jour, seul Tullius Detritus , alias Lepenanchon, a su faire miroir de la colère du peuple. Et il suffit de que la Chimère soit présente avec une seule de ses deux têtes pour que cette dynamique fonctionne. Mme Le Pen peut très bien récupérer une bonne partie de l’électorat de Jean Luc Mélenchon car les lignes de fracture ont bougé. Ce n’est plus nécessairement « droite-gauche », mais plus vraisemblablement « peuple-élite du peuple » : Le peuple (Lepenanchon) versus l’élite de peuple (Emmanuel Macron).

 

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