Washington souhaite dominer les négociations commerciales avec la Chine, reproduisant ainsi le schéma adopté avec le Japon dans les années 1980. Cette position transparaît depuis le début des discussions entre les deux pays, mais s’affirme depuis l’interruption temporaire des négociations au mois de mai.

Pékin a démontré à plusieurs reprises sa volonté de diminuer les droits de douane sur certains produits américains, mais aussi d’augmenter les objectifs d’importation pour d’autres produits. Le problème ne concerne donc pas les objectifs de négociation, mais plutôt la manière dont l’accord commercial entre les deux pays devrait être appliqué, afin que la Chine fasse des efforts tangibles.


La question était similaire avec le Japon dans les années 1980, et les États-Unis avaient trouvé la solution : l’Omnibus Foreign Trade and Competitiveness Act. En voici le résumé.

En novembre 1983, le gouvernement de Ronald Reagan a commencé les négociations avec le Japon concernant l’ouverture de ses marchés financiers et l’appréciation du yen. Ces discussions ont abouti à la signature des accords du Plaza en septembre 1985. Parallèlement à ces démarches, les deux pays ont entamé début 1985 une discussion tout autre, à propos des négociations commerciales sur les secteurs sensibles du marché. La discussion portait sur quatre facteurs de tensions commerciales : l’électronique, le matériel médical, les télécommunications et les produits pharmaceutiques. Un an plus tard, en 1986, les deux pays se sont mis d’accord pour mettre en place un dialogue économique et structurel, permettant de traiter tous les 6 mois de questions commerciales spécifiques. En 1988, le Congrès des États-Unis a promulgué l’Omnibus Trade and Competitiveness Act, qui permettait en somme à Washington de contrôler les échanges entre le Japon et les États-Unis.

Finalement, le Japon n’a pas eu d’autre choix que de se plier à la volonté américaine. Pourtant, la Chine ne semble pas si docile que son voisin lorsqu’il s’agit de céder aux pressions extérieures, comme elle a pu le démontrer au cours de son histoire.

C’est la raison pour laquelle Pékin ne semble pas vouloir se laisser marcher sur les pieds comme le Japon, alors que les négociations commerciales sont sur le point de reprendre. C’est en tout cas ce qu’affirment les autorités chinoises depuis le sommet du G20. L’agence de presse officielle du pays a d’ailleurs rapporté les propos du président Xi Jinping après la rencontre officielle avec les autres chefs d’État : « Les négociations devraient avoir pour principes l’égalité et le respect mutuel », une réitération évidente de l’opposition chinoise à la volonté américaine d’instaurer des droits de douane punitifs contre la Chine. Le pays serait en effet incapable de riposter face à ces mesures, explique Bill Adams, économiste principale pour l’établissement bancaire PNC Financial Services.

La Chine rejette également la volonté des États-Unis qui consiste à codifier l’accord commercial. « La Chine rejette la volonté américaine de codification de l’accord commercial en droit chinois sans qu’une loi américaine correspondante établisse la fin définitive des droits de douane », poursuit Bill Adams. « Le gouvernement Trump a proposé que la face américaine de l’accord n’engage que le pouvoir exécutif, conférant ainsi au président actuel et aux futurs présidents le pouvoir discrétionnaire de rétablir les droits de douane sur les importations chinoises ».

Il semblerait que les négociateurs doivent trouver une solution permettant à Pékin de garder la face, aussi longtemps que cela puisse prendre.